Winter -014-015 - Pear, Spark & Lastie
 
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 Disturb the sound of silence.

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Sacha McCandless
Surveillante
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MessageSujet: Disturb the sound of silence.   Mar 14 Mai - 19:28

Sacha avait fini tôt cet après-midi là. Il faisait soleil. Un léger sourire se dessinait sur ses lèvres rouges, cela lui suffisait pour apprécier sa journée. De simples rayons pouvaient lui faire un bien fou. Elle aimait la lumière, elle aimait la chaleur. Et cette étoile qui brillait le jour était une promesse, la promesse d'un été proche arrivant à grands pas. Il faisait encore un peu frais, certes, mais pas assez pour garder son manteau. La jeune femme se baladait donc gaiement dans la ville, bien plantée sur son skateboard, vêtue d'un simple T-shirt et d'un mini short. Elle était pieds nus, à son habitude. Elle n'avait pas froid, son corps résistait aux températures extrêmes ; en effet, à travers ses voyages, elle avait connu pire, alors une température avoisinant les quinze degrés lui convenait largement. L'air picotant du moment ne lui faisait rien, excepté lui procurer une sensation de vie, lui rappelant qu'elle était une créature fragile, bien plus délicate que le reste du règne animal. La vitesse faisait onduler ses cheveux, les lui emmêlant encore plus qu'ils ne l'étaient déjà. La brunette voulait dessiner un peu chez elle avant de ressortir admirer le coucher de soleil. D'autant plus qu'elle devait rentrer à l'Académie en fin d'après-midi car c'était elle qui était de garde ce soir. Elle devrait surveiller les élèves, leurs allées et venues dans les couloirs, les éventuels faiseurs de murs pour aller voir les filles et tout le tralala habituel. Personne ne lui avait encore échappé, et personne sans doute ne réussirait jamais à lui échapper. Elle laissait parfois volontairement les adolescents faire leurs conneries, car après tout, la jeunesse est faite pour ça. Tant que ce n'est pas grave. Alors se pensant les rois du monde, les plus malins, ils croyaient avoir échappé à la gardienne. Mais ils se trompaient, elle avait des yeux et des oreilles partout, elle repérait tous les mouvements faits dans l'enceinte de l'académie. La jeune femme adorait guetter, les sens en éveil. Cela lui permettait de garder des facultés sensorielles au dessus de la norme, de se tester, de se rappeler. Elle était le prédateur, ils devenaient les proies. Ce petit jeu l'amusait.
Sacha arriva bientôt chez elle. Elle s'engouffra dans son semblant de maison, qui avait plus l'allure d'un squat qu'autre chose et se jeta sur sa table à dessin. Elle avait trois heures devant elle, mais ce n'était pas assez pour épuiser son imagination.

Il était environ vingt heures, Sacha était à nouveau à l'Académie. Les élèves avaient fini de manger, ou du moins ne tarderaient pas, et chacun devait regagner son dortoir. Elle était entre le bâtiment des garçons et celui des filles, s'assurant que chacun allait bien là où il devait aller. Un jeune homme tenta de feinter la surveillante. Tentative ratée, elle le repéra aussitôt et le renvoya de son côté, endossant le rôle de la méchante. Bien entendu, si cela n'avait tenu qu'à elle, elle l'aurait laissé passer. Elle attendait cependant des élèves qu'ils deviennent inventifs pour détourner son attention, déjouer ses plans. Le jeu n'en serait que plus palpitant. La cantine finit par se vider entièrement. La jeune femme alla donc faire un tour dans les couloirs des filles, puis dans la salle commune. Tout se passait bien, tout était calme. Certaines jouaient de leur instrument, d'autres chantaient, et d'autres encore dansaient. L'ambiance était agréable, toutes prenaient plaisir à montrer leur talent. La brunette se dirigea alors vers le bâtiment des garçons. C'était souvent une autre histoire. Ils avaient ce besoin irrépressible de montrer leur virilité, de prouver leur force. Ils faisaient preuve de violence, quand ils ne faisaient pas de connerie collective. La surveillante poussa la porte et commença son tour des couloirs. Elle déambulait silencieusement derrière les portes, s'assurant qu'aucun accident n'était survenu dans aucune chambre. Elle savait que certains fumaient dans la douche, puisque c'était la seule pièce de chaque chambre qui n'avait pas de détecteur de fumée. Et par fumer elle entendait aussi bien les clopes que les joins. Mais cela ne la regardait pas, elle n'était elle-même pas contre un petit bédot de temps en temps. Ils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient. La jeunesse a besoin de se former, de dépasser les limites pour se sentir bien parfois. La drogue faisait partie de ces limites imposées, tout aussi bien par la loi que par la morale collective. "La drogue, c'est mal." C'est mal quand on ne sait pas la consommer, autrement elle peut être bénéfique. Quoi qu'il en soit, les chambres semblaient calmes, mis à part certains rires éclatants émanant de certaines d'entre elles. Ah, les garçons. Ils aiment rire. Ils aiment beaucoup. La brunette arriva finalement dans la salle commune. Avant même de passer la porte, elle savait qu'il se passait quelque chose à l'intérieur. L'air semblait ... tendu. Elle ouvrit alors la porte en grand, dans un mouvement brusque, et se mit à hurler de sa voix la plus menaçante, agressive, féroce et violente qui soit. Ce n'était presque même pas des paroles, mais une mise en garde qu'il valait mieux ne pas ignorer :

    Vous vous calmez tout de suite ou c'est moi qui vous calme !

Elle se précipita sur les deux jeunes hommes qui se faisaient face quelques secondes auparavant, front contre front, le regard planté dans celui de l'autre. Une dizaine d'autres gars étaient autour, appréciant le spectacle, euphorisés par la tension montante. Ils aimaient ça, la violence, ils en jubilaient. Après son entrée fracassante, tous avaient tourné la tête vers elle, surpris de la voir débarquer aussi soudainement. Elle entendit une remarque dans son dos de la part de l'un des spectateurs, soulevant cette capacité à être toujours là quand quelque chose se passait. Et oui, elle était chiante. Mais eux aussi l'agaçaient à apprécier ce genre de spectacle. Elle poussa ceux qui la gênaient sur son passage et empoigna chacun des deux débiles par le col de leur chemise. L'assemblée se tut, l'atmosphère était électrique. Tous la connaissaient. Elle était gentille, très gentille même, souriante et sympathique, mais mieux valait ne pas la chercher sous peine de s'exposer à de graves sanctions. Ils étaient au courant, alors elle renvoya chacun de ceux qui étaient présents dans leur chambre, annonçant que le show était fini. La salle se vida, tandis qu'elle tenait toujours les deux rebelles par le col, mais d'une force bien moindre. Elles les lâcha finalement et croisa les bras sur sa poitrine.

    Si vous voulez vous mettre sur la gueule, faites-le au moins quand c'est pas moi qui surveille. Maintenant, retournez aussi dans vos chambres. Effleurez-vous et je le saurai, vous réglerez vos comptes demain.

D'un signe de tête, elle leur indiqua la sortie. Ils s'y engagèrent, se lançant des regards noirs sans toutefois se toucher. Elle attendit encore quelques secondes, le temps que les bruits de pas disparaissent. Elle s'étira alors et reprit son air joyeux habituel. Elle n'aimait pas jouer les méchantes, mais c'était son rôle et surtout, ils l'avaient bien mérité. La sauvageonne ouvrit l'une des fenêtres de la salle et disparut dehors. L'air frais l'enveloppa de sa douceur bienfaitrice. Il faisait plus chaud que cet après-midi, le léger vent qui avait soufflé était tombé. Elle marcha quelques minutes, le temps d'aller au coin du bâtiment. Là, une gouttière faisait l'angle, gouttière qu'elle empoigna pour monter sur le toit. Non, elle n'aimait pas la facilité. Oui, elle adorait se mettre en danger inutilement. Le boyau métallique bougeait dangereusement, mais il était assez solide pour que la femme à la crinière d'ébène puisse atteindre les tuiles du dortoir. L’ascension avait été légère et rapide, à l'image de la femme. Elle se déplaça gracieusement sur le toit en prenant garde de ne pas glisser et finit par s'asseoir face au soleil, les pieds dans le vide, savourant le coucher de l'étoile qui se profilait à l'horizon. Le ciel était teinté de rose, d'un camaïeu orangé et de rouge. C'était beau, c'était magnifique. Les couchers de soleil avaient beau tous se ressembler, Sacha n'en perdait jamais son émerveillement. Elle les trouvait toujours magnifiques, absolument sublimes. Elle aimait sa Nature, elle aimait son Soleil. Et elle attendait l'arrivée délicate de ses étoiles tant aimées avec impatience.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Ven 17 Mai - 18:22

C’était une journée comme une autre. Seuls les rayons du soleil qui s’étaient montrés relativement rares ces derniers temps, se frayant tant bien que mal un chemin à travers les nuages, en trompait la monotonie. Les cours avaient repris après notre retour de la classe de neige à Tignes, tout avait retrouvé sa place comme si nous n’étions jamais partis. Rien n’a changé, en fin de compte. La neige a définitivement été chassée du paysage, remplacée par une herbe grasse et verte qui repousse un peu partout. Bien que les températures ne soient pas encore assez clémentes pour permettre aux élèves de l’Académie de sortir les tenues plus légères, on peut tout de même se rendre compte que le printemps est de retour. Ça fait du bien.

Je suis assis sur un banc dans le parc de l'Académie, la jambe gauche repliée contre mon buste, la musique dans les oreilles et une cigarette dans la bouche. J'ai l'impression d'être seul, dans mon monde ou personne d'autre que moi ne peut avoir accès. Tranquille, loin de la misère et guéri de la noirceur qui rongeait mon cœur, autrefois. Même si ça ne fait pas si longtemps, j'ai cette impression que mon passé ne compte plus tant que ça; je l'ai laissé derrière moi, et j'ai recommencer à vivre. Tout devient si simple, alors. Même si j'ai l'impression qu'il va me falloir du temps pour rattraper le temps que j'ai perdu à me morfondre.

Je trace une nouvelle note de musique sur la partition vierge sur laquelle je compose. La musique. Le piano. Qui aurait put deviner que je forgerais ma vie autour de ça ? Gamin des rues, gamin artiste ? Un sourire étire mes lèvres, alors que les notes dansent dans mon esprit, formant doucement une mélodie calme et nostalgique. Un visage, des boucles brunes. Elena, ce sera son titre. Ce n'est pas parce que je ne souffre plus de mon passé que je peux me permettre de l'oublier. C'est ce qui m'a construit, ce qui a fait de moi ce que je suis à présent. Ni un garçon parfait, ni un garçon foncièrement mauvais. Je ferme les yeux, appréciant les dernières caresses du Soleil avant qu'il ne s'écroule derrière les collines, au loin. Le vent souffle tranquillement dans mes cheveux, le petit ruisseau qui traverse le parc coule sans bruit. Tout est paisible, rassurant.

Après avoir travailler quelques heures, assis sur ce banc, je finis par redresser la tête vers le ciel qui s'assombrit toujours plus au fur et à mesure que les minutes s'écoulent. Les premières étoiles commencent à faire leur apparition, les derniers nuages sont chassés par le vent. Je me relève, tire sur la clope et m'apprête à partir lorsqu'une voix puissante et rauque retentit derrière moi :

- Ethan Collins !

Surpris, je me retourne, les yeux plissés. Un professeur avance vers moi à grands pas, une colère non feinte tordant son visage tandis que ses lèvres de travers s'agitent d'un tic nerveux. Pas un professeur. L'un de mes professeurs.
Merde.

- Combien de temps faudra-t-il continuer à te rabâcher qu'il est formellement interdit de fumer dans l'enceinte de cet établissement ? Combien d'heure faudra-t-il te coller pour que ça te rentre dans le crâne ?

Je ne cherche même pas à m'enfuir. Pas que ce soit impossible, non - il me serait très aisé de distancer ce pauvre homme- mais je sais que ça ne m'attirerai que plus d'ennuis. Ce gars-là, il me connait suffisamment pour savoir que ce n'est pas la première fois que je désobéi au règlement. Il sait aussi ce que je risque si je me fais expulser. Cependant, je sais qu'il m'aime bien parce qu'il reste persuadé de pouvoir faire quelque chose de moi, que mon avenir est ailleurs que là où j'ai commencé ma vie. Il secoue la tête comme si la tâche s'avérait trop ardue pour qu'il puisse la mener à bien.
J'écrase ma clope contre le rebord d'une poubelle et l'y jette avant d'adresser un petit sourire à mon prof qui arrive finalement à ma hauteur, les yeux plissés.

- Alors, Ethan. Quel jour tu préfères ? Demain, peut-être ?

Je hausse nonchalamment les épaules. Je passe rageusement ma main dans mes cheveux de jais alors qu'il m'ordonne de rester à la fin du cours le lendemain, puis il continue son chemin, un soupir franchissant ses lèvres. A mon tour, je repars en direction de l'Académie, traversant le parc qui finit de se vider de toute population humaine. Je dépose mes affaires dans ma chambre puis, peu désireux d'aller me coucher tout de suite, laisse mes pas me guider dans les couloirs. Ils me mènent au dernier étage du bâtiment Beethoven, devant... la porte -interdite aux élèves- qui s'ouvre directement sur les toits. Je souris. J'aime cet endroit, c'est probablement l'un des seuls où les professeurs ignorent que les élèves s'y rendent et n'osent même pas s'y risquer. J'ouvre doucement la porte en prenant garde de la refermer derrière moi, et m'aventure sur les tuiles, tandis que la lune commence à monter lentement dans le ciel tâché de sombre.
Devant moi, une silhouette dont la chevelure s'agite doucement au gré du vent.
Une silhouette connue.
Nouveau sourire.

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Sacha McCandless
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Mer 29 Mai - 8:44

La première de toutes commençait à scintiller haut dans le ciel. Inaccessible, intangible. Elle était belle, cette étoile. L'étoile de toutes les destinations. Celle qui, après son entrée en scène, laisse le flot lumineux apparaître à son tour. Celle-là même qui, lorsqu'on est perdu, est la première à éclairer notre chemin, comme pour nous rassurer. C'est l'étoile de l'Espoir. Sacha sentait ses joues soulever un léger sourire. Elle se sentait bien, elle commençait à entrer en communion avec les lueurs qui se faisaient peu à peu une place tout là haut. L'osmose parfaite. La plénitude pure. Comment les aveugles faisaient-ils pour ne pas voir une telle beauté, parvenir à vivre sans ? Comment leur décrire le spectacle qu'ils rataient ? Elle n'aurait pu trouver les mots, car aucun ne suffisait pour décrire cette vision sublime. Les astres ôtaient leur cape d'invisibilité, se dévoilant au monde comme s'ils s'éveillaient doucement d'un profond sommeil. Les oiseaux chantaient encore, tandis que le Soleil avait déjà sombré dans un océan de couleurs, laissant la voûte céleste s'assombrir dans son sillage. Sacha entendit un cliquetis derrière elle, une porte qu'on ouvrait. Elle se mit à gronder, comme le font les félins, en signe de menace. Qui osait la déranger en cet instant si crucial ? La porte se referma comme elle s'était ouverte, et des bruits de pas légers sur la tuile résonnèrent dans le creux de ses oreilles. Elle allait se retourner quand l'odeur de la personne non désirée vint titiller le bout de son nez, lui arrachant un sourire rayonnant. Elle arrêta de feuler comprenant qu'il n'était absolument pas une menace, se contentant de plier les jambes pour les mettre contre elle et de les enlacer avec ses bras. Elle posa alors sa tête sur ses genoux et observa l'horizon. Les lampadaires, au loin, commençaient à s'allumer par quartiers, ajoutant une touche de clarté au paysage. Ce n'était pas aussi beau que la voie lactée, mais c'était tout de même la plus belle façon de voir la ville : illuminée dans la nuit.

Sacha n'avait toujours pas posé ses iris sur la silhouette d'Ethan, elle voulait attendre un peu avant de se régaler de son image, tout comme elle se délectait de ce qu'elle avait sous les yeux. Chaque chose en son temps, rien ne pressait. Elle repensait à cette après-midi là où ils avaient dévalé la pente tous les deux, s'offrant corps et âme au monde, jouissant de cette sensation incroyable de liberté que leur procurait la descente. Elle l'en remerciait toujours, d'ailleurs. Et elle le remercierait intérieurement sûrement toute sa vie pour ces instants indescriptibles. Elle n'oublierait pas, elle n'oublierait jamais. Il y avait cependant quelque chose qui la tracassait. Sa plume ? L'avait-il finalement récupérée ou était-elle perdue à jamais ? La brunette se mit alors à réfléchir à toute vitesse et en vint à une conclusion : si Ethan avait sa plume, elle restait encore quelques temps à l'Académie. S'il ne l'avait pas, elle plierait bagages dès le lendemain pour retourner vivre l'aventure et arpenter les routes, jusqu'à ce qu'elle retrouve une plume similaire à celle qu'elle avait perdue. Ce choix semblait radical, mais la jeune femme était prise de doutes et d'incertitudes depuis quelques temps, il fallait qu'elle mette certaines choses au clair dans sa tête, qu'elle trie, classe et range ses pensées et idées. En effet, elle semblait attirée par la sédentarité et ses rêves de voyages semblaient s'estomper doucement. Où étaient passées son envie, sa rage de vivre, sa foi ? Pourquoi n'avait-elle toujours pas retrouvé cette vie sauvage et libre ? Qu'est-ce qui la retenait ici, en fin de compte ? Cette dernière question, elle l'avait tournée, retournée et re-retournée des milliards de fois dans sa tête, sans y trouver de réponse. Cela la frustrait au plus haut point. Elle savait qu'elle était totalement irrationnelle et illogique, mais c'était dans cette interrogation que résidait ce qui lui torturait le plus l'esprit pour le moment. La brunette baissa les yeux, observant le bout de ses pieds, l'air frustré collé au visage. Elle n'avait toujours pas regardé le jeune homme. Elle n'osait pas, ou du moins pas tant qu'il n'avait pas répondu à sa question.

    Pitié, dis-moi que tu l'as ...

Sa voix se brisa sur la fin de sa courte, si minuscule phrase. Elle était sur le point de pleurer : trop sensible, cette fille. Alors penser à tout ce que représentait ce qu'elle avait bêtement laissé s'échapper de sa crinière la faisait se laisser submerger par les émotions. Celles qui dominaient étaient l'appréhension, et la rage. Elle se détestait d'avoir perdu ce précieux trésor aussi bêtement, et elle redoutait le "non" fatal. Elle priait intérieurement. Elle espérait de tout son être, de tout ce qu'elle pouvait. Sacha pensait qu'il comprendrait qu'elle parlait de sa plume. C'était si évident pour elle qu'elle en oubliait qu'il risquait de ne pas la comprendre. Elle ferma les yeux, se concentrant sur son ouïe. Son cerveau désirait tellement le "oui" qu'elle aurait presque pu croire l'entendre, à l'image d'un mirage. Les chances restaient cependant très minces. Elle sentait qu'elle allait devoir partir dès demain.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Ven 31 Mai - 17:05

Je vois la silhouette de Sacha bouger, mouvement si imperceptible que je crois l’avoir inventé. Ses cheveux ondulent dans la légère brise nocturne, alors que je souris toujours. Elle ne se retourne pas, ne cherche pas à connaître mon identité. J’entends un grondement sourd et sauvage qui monte dans sa gorge alors que je fais quelques pas vers elle. Le vent souffle contre moi ; le grondement s’étouffe et disparait. Elle sait qui je suis, inutile pour cela que ses yeux se posent sur moi. Ses sens sont bien plus développés que la norme.

Je m’approche encore, alors que les images de notre première rencontre dévalent dans mon esprit. A ce moment-là, j’ignorais si j’allais la revoir. En fait, je ne savais pas qu’elle était l’une des membres du personnel de l’Académie. Mais la plume qui s’était décrochée de sa tignasse brune et que j’avais conservée sonnait comme une promesse de retrouvailles. Je ne m’étais pas trompé. A notre retour de voyage scolaire, j’avais appris facilement que Sacha était en fait une surveillante, et je l’avais croisée plusieurs fois, bien que je ne pense pas qu’elle m’ai vu. J’avais cherché à la croiser, au détour d’un couloir, dans la cour, en vain. Les choses arrivent les jours où l’on s’y attend le moins, comme toujours. J’avais donc arrêté de tenter de tourner le destin en ma faveur pour discuter à nouveau avec elle, mais j’avais gardé la plume avec moi pour pouvoir la lui rendre le moment venu.
C’est maintenant.

- Pitié, dis-moi que tu l’as…

Je n’ai pas de doute sur la chose dont elle parle, bien que ça aurait put sembler assez illogique. La fameuse plume. Est-elle donc si importante pour la jeune femme, au point que je sente sa voix se briser en mille morceaux à la fin de sa phrase ? Sans aucun doute. Cette plume représente peut-être le souvenir de ses nombreux voyages qu’elle m’avait dit avoir fait durant ces dernières années. J’ai la sensation que Sacha va se mettre à pleurer. Mon sourire s’élargit sur mon visage caché par l’obscurité naissante qui dépose sur l’Académie un voile réconfortant et mystérieux.
Au fond, je me dis que Sacha à de la chance. Je sais que son enfance a été difficile, tout comme la mienne. Mais elle a réussi à s’en sortir. Elle est partit. Je me demande pourquoi elle a abandonné ce qui semble la rendre heureuse.

Je ne réponds pas à sa question, trop content de pouvoir lui faire plaisir en lui rendant ce qui semble être la chose la plus cher à son cœur. J’avance encore et m’assois près d’elle, observant à mon tour les étoiles dans le ciel tâché d’indigo. Enfin, je sors délicatement l’objet tant attendu de la poche de mon sweat et la lisse entre mes doigts. Je me tourne vers Sacha, sans cesser de sourire, et caresse doucement sa joue à l’aide de la plume rouge et bleu, avant de la replacer délicatement dans ses cheveux.

- Tiens, je dis.

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Sacha McCandless
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Ven 31 Mai - 19:00

Ethan marcha en direction de Sacha et finit par s'asseoir juste à côté d'elle. Elle n'osait toujours pas le regarder dans les yeux, de peur qu'il ne détienne pas l'objet tant désiré. Elle le voyait pourtant du coin de l'oeil, observant le ciel dont la couleur virait à la noirceur de l'océan. Il exécuta un mouvement qu'elle ne saisit pas totalement, et lui brandit fièrement ... Non, pas possible. Il y avait une chance sur un million environ. Est-ce qu'une force mystique avait déposé dans le creux de sa main la plume tant recherchée ? C'était incroyable, elle avait une chance indescriptible. Il souriait, comme un enfant devant une glace au chocolat, ou une flaque de boue qui ne demande qu'à ce qu'on saute dedans. Cela toucha la jeune femme. Il était heureux de la rendre heureuse, visiblement. Une seule larme perla le long de sa joue, unique. C'était une larme de remerciement. Il lissa la plume entre ses doigts et caressa les joues de la brunette avec, jouant avec son visage quelques secondes. Elle n'aimait pas du tout qu'un lui touche le visage. D'ordinaire. Là, c'était différent. Les seuls rapports que sa face avait eue avec les mains était d'une violence extrême, ce qui expliquait qu'elle ait fait un minuscule mouvement de recul lorsqu'il approcha la tracée rouge et bleue de son menton. Elle prit cependant sur elle et laissa les caresses la chatouiller. Le jeune homme replaça alors soigneusement la plume couleur de flamme dans la crinière épaisse et désordonnée de Sacha. Elle savait que ce n'était pas très glamour, mais cela faisait partie intégrante d'elle, de ce qu'elle dégageait, alors elle ne se serait peignée pour rien au monde. Sauf peut-être une plume pleine de promesses. Elle ne savait que faire pour le remercier. Il n'imaginait sans doute pas ce que cela représentait à ses yeux. Qui aurait pu imaginer ? La valeur d'un voyage vaut parfois beaucoup plus que sa propre vie. On accorde de l'importance à des événements plutôt qu'à des personnes. C'est comme ça, ce sont ces moments là qui nous rendent le plus heureux, plus que certaines personnes ne pourraient le faire, plus que n'importe quoi d'autre. Plus que le plus gros des confort pour la plus importantes de toutes les sociétés de consommation. Et plus, bien plus que tout l'or du monde, bien entendu. Cette plume représentait l'un de ces moments. Le souvenir d'une paix intérieure totale. Et ce garçon, était-il en paix ? L'avait-il trouvée un jour ? Dans ses yeux on pouvait lire toute la violence d'un ouragan, le déchaînement des océans, les débris d'un garçon. Elle se devait de lui apporter la lumière. Elle se devait d'être une lumière dans toute cette obscurité. Parce qu'il le valait largement. C'est pourquoi elle passa ses mains derrière son cou, y attrapa une corde du bout des doigts et retira un collier. Au bout pendait une dent d'alligator. Mais pas n'importe lequel d'entre eux, une bête énorme, agressive et sublime, presque entièrement blanche. Blanche comme la neige de cette montagne. Blanche comme la lumière des étoiles. Sacha fit passer la cordelette autour du cou d'Ethan, laissant ses doigts parcourir la grosse dent lisse.

    Alligator albinos, il y a deux ans, mon premier reptile attrapé. J'étais terrorisée, mais dans un élan de folie sûrement, je lui ai sauté sur le dos et j'ai appuyé sur sa gueule, pour pas qu'il me mange. Il a perdu sa dent quelques jours après et on me l'a donnée ; je l'avais attrapé, elle me revenait de droit. C'est ... la dent du courage.

Elle ne put s'empêcher de lâcher un petit rire en repensant à cette aventure. Elle avait travaillé quelques temps avec ce que les occidentaux appellent les "Gator Boys", des gens qui attrapent des crocodiles à mains nues et protègent les populations des attaques. Cela dit, contrairement à eux, elle n'avait pas encore tenté l'expérience de mettre sa tête dans la gueule béante de l'animal. C'est dangereux, ces petites bêtes. Sa main vint se placer sur la nuque du brun, laissant ses doigts se perdre dans sa tignasse d'ébène, tandis que l'autre s'était stabilisée sur le croc luisant. Elle ferma les yeux et, toujours en souriant, approcha son visage de celui d'Ethan, pour finalement aller lui déposer un baiser fébrile sur les lèvres. Selon elle, la vie était comparable à cette histoire. Il s'agissait de sauter en permanence sur le dos d'un crocodile, si on en avait les tripes, avec toujours le risque de se faire bouffer. Mais sans ce danger permanent que représentent certaines décisions, on en oublie qu'on est vivant.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Sam 8 Juin - 21:54

Une légère brise balaie le toit, parcourant nos visages et agitant nos cheveux avec la douceur d’une caresse. La lune, maintenant bien visible dans le ciel d'encre, est semblable à une virgule qui déchire l'obscurité. Je souris, parce que je suis heureux de voir Sacha heureuse grâce à moi. Aussi simple que cela. Je ne demande rien de plus, ce soir, parce que je sais qu'elle n'a pas besoin de plus. Une simple plume, qui représente bien plus de souvenirs qui sont restés encrés dans son esprit. Je n’ai parlé à Sacha qu’une fois, à Tignes, et pourtant, j’ai l’impression d’être aussi proche d’elle que je le suis de Nathanaël. Pas de la même manière, mais avec la même confiance réciproque. C’est en parti grâce à elle si j’ai réussi à surmonter mon passé, à moins le… dramatiser. Je sais que rien n'est gagné, que le mal-être reviendra me hanter les jours et les nuits où je m'y attendrais le moins, mais j'ai au moins la satisfaction d'avoir sorti la tête hors de l'eau au moins une fois. J'ai respiré après des années passées étouffé dans une haine et une tristesse profondément enracinées dans mon cœur noirci. J'ai la sensation que Sacha me comprend parce qu'elle a vécue les mêmes choses que moi. Elle me l'avait dit : j'ai les mêmes yeux que ses frères. Les yeux de ceux qui ont souffert et qui méprisent les autres. La lueur qui brille dans les miens devait briller dans les siens, mais elle a disparue parce qu'elle a su faire ce que je me refusais de faire moi-même en enterrant mon passé.

Sacha passe ses doigts fins contre sa nuque et attrape un collier qu'elle retire de son cou. Au bout de ce bijou en corde pend ce qui me semble ressembler à une grosse dent, une canine peut-être. Blanche comme les astres qui étincellent au-dessus de nos têtes. Je ne sais pas de quel animal elle provient, mais je me doute que ce doit être un prédateur particulièrement féroce et sauvage. C'est un collier simple, mais qui doit représenter beaucoup, comme tous les objets que Sacha doit transporter avec elle, accumulés au court de ses nombreux voyages. Je souris alors que la jeune femme passe la cordelette autour de ma tête, laissant retomber la dent contre ma poitrine, contre mon cœur. Je m'apprête à ouvrir la bouche pour la remercier, dire quelque chose, mais elle me devance.

Une dent d’alligator, alors ? Et albinos. C'est stupide, mais je suppose que l'éclat de la dent de la bête n'est que le reflet de ses écailles immaculées. Elle rit. Et moi, je me contente de sourire. La dent du courage. Elle a raison, car il a dû lui en falloir pour se jeter sur cette créature. C'est... incroyable. Je me dis qu'elle a de la chance d'avoir pu vivre pareille aventure. Si j'avais pu, je serais partis aussi. Mais c'était ce qu'il me manquait, alors, du courage ? Peut-être pas. Je ne pouvais pas quitter ma vie, aussi pénible soit-elle. J'y étais attaché, j'étais trop jeune pour imaginer autre chose de plus beau que les murs gris de mon quartier. J'étais trop naïf, ou trop fier pour admettre que ma situation n'était pas normale. Mais il y avait des personnes auxquelles je tenais, malgré tout. Une personne. Une femme. Une mère. Une mère qui m'avait aimé, elle. Qui m'avait préservé. Qui n'est plus là. Si elle était morte plus tôt, je serais parti. Si elle ne m'avait pas aimé de tout son être, je serais parti, parce que personne n'aurait voulu que je reste.

Sacha laisse échapper un petit rire, probablement parce qu'elle se remémore ses souvenirs. Je souris toujours alors que je sens ses doigts contre la peau de mon cou, remonter et s'égarer dans mes cheveux bruns. Je souris toujours lorsque je la vois fermer les yeux, et approcher son visage du mien. Nos lèvres s'effleurent délicatement, et je passe ma main dans ses boucles de jais. Puis, je dépose un baiser sur son front, comme elle l'avait fait lors de notre première rencontre. Mais aujourd'hui, ce n'est pas un baiser d'adieu.

-Merci, je chuchote doucement.

Je m'écarte un peu et plonge mon regard vert dans le sien. Au-dessus de nous, le ciel semble infini; les étoiles semblent briller avec plus d'ardeur qu'à l'accoutumé comme pour rivaliser avec la lune; à moins que je n'ai jamais été assez attentif à leur éclat pour me rendre compte qu'il n'a jamais vraiment changé. Peu importe. J'observe un instant la voûte céleste, avec la sensation d'être aussi insignifiant qu'un grain de poussière comparé à l'univers qui s'étend bien plus loin que ce que mes yeux puissent voir. Ça non plus, ça n'a pas tant d'importance. Je me tourne vers Sacha, et curieux, je demande :

- Pourquoi as-tu cessé de voyager ?

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Sacha McCandless
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Mer 26 Juin - 19:31

Elle sent la main d'Ethan s'emmêler dans sa crinière. Ah, il lui en faudra du temps pour trouver la sortie s'il s'y enfonce trop profondément. Sacha le voit approcher son visage du sien et savoure le contact de ses lèvres sur son front. Comme la dernière fois qu'ils se sont rencontrés, sauf que les rôles sont inversés. Simplement ce coup-ci, ce baiser n'est pas un baiser d'adieu, mais il représente une promesse, une sorte de pacte invisible, intangible, secret et pourtant tellement évident. Un mot s'échappe de sa mâchoire, léger.

Merci.

Que peut-elle répondre à cela ? "De rien" ? Non, non, il n'y a rien à redire. C'est parfait comme ça. Le jeune homme s'écarte légèrement de la brunette et plonge l'étincelle verdoyante qui émane ses iris dans ceux de la fille. C'est tout à coup comme si elle plongeait dans sa Nature, comme si elle retournait à l'état sauvage. Ces yeux-là ne la laissent pas indifférente, loin de là. Ils lui rappellent ses plus belles années, loin de toute civilisation, loin de toutes règles, de tous codes, de tous ces imbéciles, égoïstes, malhonnêtes, avares, racistes, connards, enfoirés en tous genres. Loin de l'Homme. Ethan détourne les yeux, arrachant Sacha de sa contemplation, comme fascinée par ce qui se dégage de son regard. Bien des filles les auront connus, ces yeux d'émeraude. Bien des lèvres se seront déposées sur les siennes. Tant pis, elle aura été, une fois de plus, confondue dans la masse. Il regarde le ciel.
Contemple-les, mon âme.
Elles sont vraiment gracieuses, ces lumières grésillant dans le ciel nocturne. Et la lune, qu'elle est belle, trônant sur la planète. Les astres se battent pour éclairer la voûte. C'est à celle qui brillera le plus intensément, mais toutes, unies, sont un enchantement. Elles parlent de voyages et chantent la beauté de ce qui se passe là haut, au royaume des anges.
Sacha est aspirée par le spectacle, comme à son habitude. Son esprit quitte le sol et s'envole, léger, rejoindre ses soeurs étoilées. C'est vertigineux.

Pourquoi as-tu cessé de voyager ?

Dure réalité, pourquoi maintenant ? Pourquoi frappes-tu si fort, aussi violemment ? Elle ferme les yeux et se souvient. La sauvage soulève son T-shirt. Ce n'est pas sexuel, bien entendu. Sa cicatrice est presque entièrement guérie, mais elle fait encore mal. Un mal à devenir fou. Un mal moral. Une blessure psychique. La chute.


    J'ai fait une erreur.

Tout en relâchant son haut, elle réfléchit quelques instants, pour trouver des mots. Elle en cherche de beaux, pour contourner la phrase qui germe dans sa tête. Mais non. Il n'y a pas à trancher. Il faut dire les choses telles qu'elles sont, aussi dures soient-elles.


    Et tu sais ... L'erreur est humaine.

Ces dernières paroles lui écorchent la gorge, lui tailladent la bouche, lui arrachent la langue. Elle se relève, elle a besoin d'air. De bouger, d'oublier. De passer à autre chose. Son corps se suspend presque au dessus du vide, funambule improvisé. Un fil infime la sépare de la chute. Elle perd l'équilibre.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Mer 10 Juil - 22:29

Pourquoi as-tu cessé de voyager ? Pourquoi as-tu cessé de voyager, Sacha, si c’est cela qui te rendait heureuse ? Pourquoi avoir préféré rejoindre le royaume des Humains, coulé dans l’or et le béton,  alors que tu sembles tellement le haïr pour le mal qu’il t’as fait ? Ce royaume que tu as cherché à fuir par tous les moyens par le passé ? Soudain, je commence à regretter de l’avoir arrachée à sa contemplation des étoiles. Elle avait raison de s’évader dans les nuages ; le ciel est magnifique, paré  de ces lumières qu’on ne voit que la nuit. Mais j’ai besoin de comprendre.
Sacha ferme les yeux, comme si elle se remémorait la raison pour laquelle elle a quitté ce qui semblait lui être si cher. Je fronce les sourcils, étonné de la voir commencer à soulever son haut sans aucune pudeur. Une cicatrice, presque guérie, coure le long de son ventre plat, passant sous son nombril. Une blessure énorme. Affreuse par son ampleur. Pour ce qu’elle a coûté à Sacha. Elle l’a privée de sa liberté, de sa sauvagerie. A ce stade de guérison, elle ne doit plus causer aucune douleur à la jeune femme. En tout cas, aucune douleur physique.
Mais je me doute qu’elle en souffre. Cela me faisait pareil. Je ne peux détacher mon regard du ventre de Sacha. Une cicatrice, longue à guérir, qui a dû l’empêcher de profiter pleinement de ses voyages. Une cicatrice qui a réduit à néant ses envies d’aventures, je suppose. Retour à la civilisation.

- J'ai fait une erreur.

Elle lâche son T-shirt, qui retombe contre sa peau. Je lève la tête vers elle, plissant les lèvres. Je suis désolé pour elle. Je voudrais l’aider à supporter la douleur, comme ma mère l’avait fait avec moi. Je voudrais la comprendre aussi bien qu’elle m’a cerné, le jour de notre rencontre. Je suis en train de me rendre compte que je partage bien plus de points communs avec la brunette que ce que je pensais. Elle a fait une erreur, probablement celle de déranger la créature qui lui a infligé tel blessure. « L’erreur est humaine. » Elle prononce cette phrase comme si elle regrettait de faire partie de cette catégorie. Humaine. Pourtant, tout dans sa démarche, son allure, son attitude ; tout dans sa manière de vivre cri le contraire. Tout son être cri félin.
Sacha se redresse et s’approche du rebord du toit. Près. Très près. Trop près. Je la suis du regard, désolé d’avoir éveillé en elle des blessures profondes. Je me lève à mon tour, m’apprêtant à la rejoindre.
Elle tombe.
Je me jette en avant, ma vivacité poussée à l’extrême. Je tends le bras droit et parviens à saisir fermement le poignet de Sacha, lui évitant de finir sa chute sur les dalles de pierres grises, quelques mètres plus bas. J’attrape son autre poignet de la main gauche et use de toute ma force pour la hisser sur le toit. Mes mains moites glissent sur sa peau.
Ne pas lâcher.
Finalement, je parviens à la ramener près de moi, à bout de souffle.

- Sacha… ça va ? je demande. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

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Sacha McCandless
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Mer 10 Juil - 23:39

Tout se passe à la fois trop vite et trop lentement. Elle sent son corps se délecter de cette gravité horrible qui l'attire inéluctablement vers le sol, prête à réduire le corps de la jeune femme en charpies. Elle voit ses mains brasser l'air inutilement à une allure réduite, comme si elle regardait un film au ralenti. Oui mais voilà : elle ne parvient pas à retourner la situation, à faire le mouvement qui lui sauvera la vie. Pauvre petite humaine complètement paumée qu'elle est. Oui, c'est ça : elle est perdue. Complètement, totalement, indéniablement. Elle va s'écraser en bas, sur le goudron sale et râpeux qu'ont fait les Hommes, sur cette détestable matière omniprésente et laide. Elle va peut-être se briser le cou et en finir avec cette vie à la fois si atroce et si merveilleuse. Ou bien elle se fracturera simplement les jambes et la colonne vertébrale, devenant un légume en fauteuil roulant, et donc un exemple parfait de la faiblesse de la condition humaine. Elle ne sait pas. Elle se contente de fermer les yeux et de penser. Penser à la vie.
Une main l'attrape par le poignet et la retient, suspendue dans le vide, comme le dernier fil qui retient la dent avant qu'elle ne tombe. Un espoir. Un miracle. Sacha rouvre les yeux et les lève vers le ciel, ne comprenant pas réellement ce qui se passe. Elle met quelques micro-secondes à comprendre qu'Ethan vient de lui sauver la vie. Il lui attrape la seconde main et la hisse sur le toit. Près de lui. Elle se sent protégée, à nouveau. En sécurité. Cette sensation ne la laisse pas indifférente, elle y prend goût, la savoure. Elle a compris. Enfin.

Sacha ... ça va ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

La clé était là, juste sous ses yeux ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant ? Pourquoi n'avait-elle pas approfondi cette piste ? Tant pis, ce n'est pas grave. Maintenant elle sait ce qu'elle veut.

    Oui ... Oui, ça va. J'ai eu un vertige je crois.

La brune passe sa main dans ses cheveux, non pas pour attiser le désir du jeune homme mais pour vérifier si sa plume est toujours liée à sa crinière d'ébène. Oui. Sauvée. Bien, il est maintenant temps de décortiquer ce qui se passe dans la tête de la surveillante. Elle regarde ses jambes, n'osant croiser le regard d'Ethan de peur de ... de peur de quoi au juste ? Elle ne sait pas, mais elle a peur. Ce n'est pas une peur phobique, mais plutôt une crainte, une appréhension. Il faut se lancer, c'est maintenant ou jamais.

    Si ... si je reste et que je ne repars pas, c'est parce que ... C'est pour ...

Sacha lève ses pupilles pour les planter dans celles d'Ethan. Toujours aussi électrisantes, aussi impressionnantes, aussi puissantes. Et, d'une voix et d'un regard pleins de conviction, cette même conviction qui l'avait habitée lors de leur première rencontre alors qu'elle répondait à sa question "Comment fais-tu ?", elle lui dit :

    Si j'ai décidé de rester, c'est pour une personne qui en vaut la peine.

Le temps se suspend. Les étoiles retiennent leur souffle. La lune se tait. Le vent les écoute. Autour d'eux, pourtant, la Terre continue de tourner. Ils ne le sentent pas, ils ne le voient pas. Ils n'en ont même pas conscience. Et pourtant, c'est comme s'ils ne faisaient plus partie de ce monde pendant quelques instants. La fille devenue animal redevient femme. Elle offre son coeur. Elle ne sait même pas pourquoi lui. Ah, si, elle sait. Parce que c'est un soleil dans la nuit.

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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Mar 6 Aoû - 16:14

Spoiler:
 

Sacha passe une main dans son indomptable crinière couleur de jais, effleurant du bout des doigts la plume que je lui avais rendue - probablement pour vérifier qu'elle est encore présente, accrochée quelque part dans ses mèches sauvages. Je n'arrive toujours pas à me faire à l'idée qu'elle aurait put finir sa vie trois étages plus bas : j'imagine malgré moi son corps disloqué tel une poupée de porcelaine qu'un geste trop brusque aurait jeté au sol, ses membres tordus en des angles improbables. Pire, j'imagine son visage, plus pâle qu'à l'accoutumé, ses lèvres tâchées de sang, et ses yeux, si vivants d'habitude, me regarder sans me voir. Cette pensée m'arrache un frisson horrifié.
Non, non, elle n'est pas morte. Je suis parvenu à la ramener près de moi, saine et sauve.

J'ai l'impression qu'elle fuit mon regard, fixant ses jambes avec insistance. J'imagine qu'elle doit être ébranlée par ce qu'il vient de se passer. Hésitant sur la conduite à tenir, je reste immobile près d'elle, ne sachant que dire ou que faire. Partir ? L'emmener à l'intérieur, pour lui permettre de se remettre de ses émotions sans risquer sa vie une fois de plus ? Resté planté là comme un abruti en attendant que le soleil se lève ? J'opte malgré moi pour la dernière solution, en espérant une réaction de la surveillante. Cette situation éveille en moi un étrange malaise. Je passe ma langue sur ma lèvre inférieure, alors qu'elle commence :

- Si... si je reste et que je ne repars pas, c'est parce que... C'est pour...

Silencieux et immobile, j'observe la jeune femme qui semble encore plus embarrassée que moi. Elle finit par plonger son regard dans le mien, et je m'y noie; comme d'habitude. Sa voix est chargée d'une telle conviction que je ne peux que la croire :

- Si j'ai décidé de rester, c'est pour une personne qui en vaut la peine.

Je reste impassible, les yeux figé dans les siens. Un petit sourire étire ma lèvre sur le côté, mais une lueur un peu triste danse dans mes prunelles émeraude. Sacha reste... pour moi ?
Non. Elle ne doit pas faire ça, surtout pas.
Elle ne doit pas se priver de sa liberté pour moi. Elle ne doit pas s'empêcher de vivre pour moi. Elle ne doit pas rester ici, dans ce trou perdu, à bosser dans cette Académie pour moi.
Pour un gamin paumé qui s'est ruiné pour intégrer une école prestigieuse, et qui n'est même pas capable de faire honneur aux sacrifices financiers qu'il a fait. Un gamin fêtard qui passe son temps à boire et à fumer, à sécher les cours et à passer les pauvres heures de sa vie dans une salle d'étude à copier et recopier le règlement intérieur qu'il viole en toute impunité parce qu'être rebelle c'est cool. C'est surtout très con. Pas capable d'entrer dans les rangs et de se tenir à carreaux, juste histoire de passer une scolarité sereine. Non, c'est pas drôle, sinon.
Ouais. Un gars sans histoire qui ne jure que sur sa gueule d'ange mais qui manipule ceux qu'il aime parce qu'on lui a toujours appris à ne faire confiance à personne, et qu'est pas foutu de faire autre chose de bien que de jouer du piano.
Plus j'y pense, plus je me dis que tous ces gens doivent me détester.
C'est vrai. Je suis pas quelqu'un de bien. Faut pas que Sacha tombe dans le piège, faut pas qu'elle s'attache à moi, parce que je sais comment ça fini. Je l'adore cette fille. Alors vas-y Ethan, la laisse pas se priver de ce qu'elle aime pour toi. T'en vaux pas la peine, non, contrairement à ce qu'elle croit.
Tu mérites pas. Ce serais égoïste de la laisser croire que tu peux encore aimer, tu crois pas ?

Elle attend. Une réaction, vite. Je voudrais pouvoir mériter ce qu'elle fait pour moi -car inutile de douter sur l'identité de cette "personne". Mais ce n'est pas le cas. Pourtant, je ne peux pas me résoudre à l'envoyer balader, même si je le ferrais pour elle.
Je suis égoïste en plus, ouais. Je peux pas lui faire du mal maintenant, même si je sais que ce serait mieux de l'éloigner de moi.

- Sacha... Je ne suis pas sûr de mériter le sacrifice que tu as fait...

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Sacha McCandless
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MessageSujet: Re: Disturb the sound of silence.   Mar 8 Oct - 21:41

Sacha ... Je ne suis pas sûr de mériter le sacrifice que tu as fait ...

Le temps se stoppe. Boum. Boum. Boum. Son coeur s'arrête presque de battre, sa respiration se coupe. Elle se sent à nouveau mal, comme si elle basculait une seconde fois dans le vide. Mais il ne faut rien laisser paraître. Toujours avoir le sourire. N'est-ce pas là l'un de ses principes d'enfance ? Quand les autres vont mal, il faut que tu ailles bien. Parce que si toi aussi tu tombes, ceux qui comptent sur toi s’affaissent, et il n'y a plus d'espoir pour personne. Alors souris Sacha. Souris. Regarde comme le ciel est beau. Regarde comme il te tend les bras. N'est-ce pas magnifique, tout cet espace à conquérir ? N'est-elle pas sublime, toute cette liberté au bout des doigts ? C'est grandiose, c'est majestueux. Alors pourquoi les yeux de ce garçon tentent-ils de te retenir ?
Elle sait pourquoi. Elle le sent, au fond d'elle. Il a mal. C'est un lion perdu et blessé. Il griffe et mord les ombres qui l’oppressent pour ne pas qu'elles s'approchent trop, elles pourraient lui faire encore plus de mal. Il se bat contre ces démons pour se sauver. Réflexe de survie. Et il s'attaque aux autres parce qu'on l'a attaqué en premier. Il ne fait qu'essayer de se rendre justice, puisque personne n'a sans doute jamais été foutu de le faire à sa place. Mais derrière ces pattes griffues et ces canines luisantes, on retrouve le plus bel animal de la Terre. Ses armes participent d'ailleurs à cette beauté. La beauté sauvage, la beauté féline.
Alors une question se pose : le ciel ou le Lion ? Il faut soigner le Lion. Il faut l'aider. C'est nécessaire, car un monde sans ce Lion là est un monde où le mal gagne. Et il ne faut pas. Il ne faut pas que les ombres le happent, il faut lui apporter la lumière. Être une étoile. Devenir le Soleil pour sécher ses sanglots. Oui mais voilà : le Lion ne veut pas être aidé. Il ferme aveuglément les yeux face à la lumière. Les ombres auraient-elles déjà envahi son coeur ? Cette idée fait mal à la jeune femme. Il a capitulé. Il a baissé la tête. Il s'est laissé empoisonner. En se battant, certes, mais contre qui ? C'est peut-être contre lui-même qu'il se bat. Peut-être que c'est lui qui s'est blessé. Mais peu importe, il ne veut pas de son aide. Il la rejette.
Le silence s'installe. Elle digère ses mots. Elle a du mal. Elle n'a jamais fait confiance à quelqu'un au point de lui avouer ce qu'elle ressentait, et visiblement, ce n'était pas une perte. Cette expérience ne lui donne pas envie de recommencer. Pour une fois, la seule sans doute de son existence, elle décide de s'offrir à quelqu'un, espérant une réponse positive face à ses attentes, mais elle connaît la désillusion. Elle ne saura même pas ce qu'aimer follement peut faire. Tant pis. Ce n'est pas grave. Rien n'est grave.
La jeune femme se serre contre le jeune homme, comme si elle avait froid, comme si elle avait besoin de ses bras pour la protéger. Bien, elle sait ce qu'elle a à faire. Sa tête se lève et cherche les points lumineux, là haut, suspendus à la voûte céleste. Elle sent le coeur d'Ethan battre tout contre elle. Elle aurait voulu l'avoir, ce coeur palpitant. Elle aurait tant aimé qu'il batte pour elle. Mais ça n'arrivera pas, parce qu'elle est perdue, elle ne sait plus quoi penser réellement, et cette désillusion si violente la pousse à ne pas réfléchir totalement à ses actes, à ses projections.

J'ai retrouvé un frère, j'en ai perdu un autre.

Oui, cela n'a rien à voir avec la situation présente, mais elle a besoin d'en parler à quelqu'un. Car la volonté de rester dans cette académie ne dépend, au final, pas totalement d'Ethan. Mael a réapparu dans sa vie aussi subitement qu'il l'avait quittée. Mais elle sait qu'il la suivrait jusqu'au bout du monde, maintenant qu'il l'a retrouvée. Elle attend encore quelques secondes, avant de reprendre.

Aime-moi cette nuit, Ethan. Ça sera la dernière. Je pars demain.

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