Winter -014-015 - Pear, Spark & Lastie
 
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 I ain't lost, just wandering. | Fauve

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Ethan Collins
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MessageSujet: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Lun 27 Mai - 21:59

L'oubli, c'est l'onde où tout se noie;
C'est la mer sombre où l'on jette sa joie.

Victor Hugo

L’air est chaud. Presque suffocant. Rien ne m’a jamais parut plus nécessaire que de respirer, en cet instant. Tout est plongé dans une obscurité oppressante, qui colle à mon corps et m’étrangle avec la force d’un carcan. Un long drap sombre s’enroule autour de mes jambes, de mes poignets, de mon torse, m’engloutissant dans un gouffre sans fin où rien ne vit, où rien ne respire. Pas même moi. Mes lèvres laissent échapper un souffle qui n'est que fumée opaque. Mon cœur tambourine contre mes côtes au point de les briser, ma respiration irrégulière trahie mes poumons qui quémandent un oxygène inexistant. Une sueur froide descend le long de ma nuque, caresse le creux de mes omoplates, descend contre ma colonne vertébrale tel un serpent. Mon être entier vibre sur le même rythme qui danse autour de moi, faisant tourner ma tête et corrompant mon esprit pour m’en ôter la raison. J’ai l’impression de tomber en avant, sans aucune prise pour me rattraper, tandis qu’un cri aigu accompagne la mélopée qui s’est emparée de moi, se glissant sous ma peau et faisant frémir chaque parcelle de mon être consumé. Ma bouche s’ouvre dans un cri qui ne jaillit pas, tandis que je bascule dans un noir plus profond qui m’attire comme un aimant. Paralysé, étouffé, incapable du moindre geste ou de la moindre pensée.
Un visage. Un sourire. Une larme. Un hurlement.

Je me réveille. Mes yeux s’ouvrent à l’instant ou je me redresse brusquement, le visage ruisselant de sueur, les bras tremblant, les cheveux en bataille, un terrible bourdonnement dans les oreilles. La chaîne que je porte autour du cou semble anormalement froide contre ma peau, à moins que ce soit mon corps qui soit anormalement brûlant. Incandescent. J’ai l’impression qu’une flamme ardente s’amuse à torturer mon être de l’intérieur jusqu’à ce que je sois réduit en cendre. Des images imprécises et floues, des bruits et des sensations dansent encore dans mon esprit. Je ferme les yeux, tente de calmer ma respiration qui ralentit peu à peu. Je soupire. Du bras, je chasse le drap blanc qui colle à mon torse nu et me redresse, jetant un rapide coup d’œil au réveil posé à côté de mon lit. Des chiffres rouges clignotent tranquillement sur le cadran, indiquant six heures, et une date, 26 mai. Une date qui aurait pu avoir uns signification dans le passé, qui ne représente plus rien pour moi, aujourd'hui. Inutile de tenter de se rendormir dans de pareilles conditions. Je m’approche de ma fenêtre, l’ouvre et détache l’un des volets que je ne rabat pas totalement contre le mur extérieur pour éviter de réveiller la moitié de l'Académie si jamais il claque. Dehors, la lune commence à perdre de son éclat, tandis que la plupart des étoiles ont déjà presque disparues du ciel qui se tâche d'indigo. Attrapant un paquet de cigarettes, j’en cale une entre mes lèvres et l’allume, avant de me rendre compte que cela ne suffit pas à calmer la tempête qui fait rage dans mon esprit. Nouveau soupir.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi maintenant alors que je pensais m’être à jamais déchargé de ce poids ? Je recrache la fumée par la fenêtre, passant une main rageuse dans ma chevelure noire. J’ai besoin d’air. Un air plus pur, plus éloigné, plus frais. J’ai besoin de quitter cet endroit pour raviver les blessures que je croyais refermées, pour mieux qu’elles cicatrisent. J'écrase ma clope dans le cendrier qui repose sur le rebord de la fenêtre, et me dirige vers la petite salle de bains qui jouxte ma chambre. Je me déshabille et me glisse sous la douche, faisant couler une eau glacée sur mon corps brûlant comme pour en laver les plaies béantes à l'intérieur. Des plaies mal recousues par des mains trop fragiles. Tant pis.

Revivifié, je me sèche et commence à m'habiller, enfilant jeans et t-shirt. Saisissant un sweat que je cale sous mon bras, des clés et mes cigarettes, je sors de la chambre et dévale les escaliers du bâtiment Beethoven. Je sais où aller. Loin, là où le vent balaie le paysage en transportant avec lui l'odeur iodée de l'océan. Une fois à l'extérieur, je marche rapidement jusqu'à la grille fermée à l'aide d'un cadenas, et escalade le mur qui délimite le terrain dont dispose l'école. De l'autre côté, l’asphalte gris et froid de la route court, proposant mille possibilités de destinations. Je fais encore quelques pas et m'approche d'une vieille voiture rouge toute cabossée, garée sur le bas-côté. Une voiture que j'ai eu d'occasion lors de mes dix-huit ans. Je monte à l'intérieur, glisse la clé dans le contact. Le moteur vrombit, et je démarre. Au bout de quelques minutes de route, après avoir traversé le petit village qui n'est qu'à quelques kilomètres de l'Académie, l'océan se profile au loin, bordé d'une longue plage de sable blanc qui commence à briller sous les premiers rayons du Soleil.

Je me gare non loin de la plage et sort de mon véhicule, abandonnant mon sweat sur le siège passager. Je m'avance doucement, et m'assoie près de l'eau calme. Les yeux fixés sur l'horizon, l'esprit perdu dans d'innombrables pensées dont je perd moi-même le fil.

Un jour, je t'emmènerai voir l'océan.

Je me mord la lèvre inférieure, alors que cette voix douce et mélancolique chuchote dans ma tête. Au loin, le Soleil pointe doucement derrière les collines, paré de mille et une couleurs variant du pourpre a l'orangé. Un spectacle magnifique, sans cesse renouvelé. Jamais identique à celui d'avant, qui semble pourtant en tout point le même. Je glisse mes doigts dans le sable.
Je ne sais pas pourquoi je suis venu ici. Je ne sais pas pourquoi cet endroit mais fait à la fois autant de mal, et autant de bien. Je suis là, c'est tout ce qui compte. Le passé, le présent, le futur, plus rien n'a plus d'importance que les ondulations de l'eau, en perpétuel mouvement. Mon esprit divague, se perd dans un murmure incohérent. Je ferme les yeux, alors que les rayons bienfaiteurs de l'astre réchauffe mon dos. Je me laisse tomber en arrière, et m'allonge.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Jeu 30 Mai - 17:00

Seule dans le noir, sous des draps désertés par la chaleur, Fauve cherchait en vain à se réchauffer. Le froid l’enveloppait avec une lenteur lascive et pernicieuse, implacable, invincible. Un souffle glacial qui caressait délicatement ses pieds, gagnait ses chevilles, caressait ses longues jambes nues. Elle se recroquevilla sur elle-même, laissant échapper un gémissement. Mais c’était inutile, le froid était plus fort, elle ne pouvait rien contre lui, et bientôt elle allait être complètement congelée. La jeune femme sulfureuse se transformerait en Vénus de glace, en œuvre d’art figée et fragile, à la merci des casseurs et des voleurs, des délinquants, des pourritures, des critiques acerbes, des collectionneurs peu scrupuleux.
S’imaginer en statue fit légèrement sourire la jeune femme dans la pénombre, mais cela ne la réchauffa pas. Parce qu’aucune couverture ne pouvait la réchauffer.
C’était la chaleur humaine qui lui manquait.
Oh, elle pouvait bien s’accorder un instant de faiblesse de temps en temps, du moment qu’elle reprenait toujours le dessus sur l’obscurité de son âme. Mais là, rien qu’un instant, s’autoriser à lâcher prise par pure faiblesse, rien qu’une fois… C’était si bon.
Fauve se redressa en position assise et ramena ses jambes contre son buste en s’enroulant dans sa couverture.
Dimanche 26 mai.
Fauve haïssait le ou les inventeurs de cette journée si particulière du dernier dimanche du mois de mai. Le mois de mai, c’était le début de la chaleur, l’épanouissement des fleurs et le retour des habits légers, et pourtant cette foutue journée gâchait tout. Car comment fêter la journée des mamans quand on n’en a jamais eu ?
Comment dire « je t’aime » à une personne inexistante ? Comment offrir des fleurs à une femme perdue quelque part dans la jungle humaine et qui a toujours refusé de reconnaitre son titre de mère ? Comment sourire à une femme inconnue et pourtant tellement haïe ?
Alors on invente, on espère. On rêve qu’un jour elle apparaisse, on souhaite qu’elle ait toujours été là, dissimulée par une sombre chimère qui prendrait fin une bonne fois pour toute, on se ment à soi-même en faisant semblant de n’en avoir rien à faire.
Un soupir las s’échappa des lèvres trop fraiches de la jeune femme. Oui, elle se mentait à elle-même. Elle y parvenait bien, d’habitude. Mais chaque année, la réalité retombait douloureusement sur ses épaules trop frêles. Elle n’avait jamais essayé de chercher ses parents bien qu’elle en eût la possibilité ; ils l’avaient abandonnée, elle était donc inexistante pour eux et ils étaient inexistants pour elle.
Et pourtant, parfois elle rêvait. C’était plus fort qu’elle. Elle se voyait entamer des recherches, elle leur inventait même un nom et un visage, elle s’imaginait traverser le monde s’il le fallait pour aller jusque devant leur porte et leur dire. Leur dire que ça faisait mal, de grandir seule. Les mettre face à la réalité qu’ils avaient voulu enterrer. Simplement leur faire savoir qu’en la privant de leur amour, ils l’avaient aussi privée de la capacité d’aimer. Tout leur raconter, de l’orphelinat aux familles d’accueil, du viol qui lui avait arraché les maigres haillons de son enfance en lambeaux aux nombreux amants et amantes qu’elle avait eu par pur désir charnel. Tout leur balancer à la gueule comme le crachat de sa colère trop retenue.
Mais tout cela n’avait lieu que dans sa tête. Et cela ne se réaliserait jamais.

Fauve se leva finalement. Il fallait qu’elle sorte d’ici, ou elle allait imploser. Elle enfila un jogging, une brassière, un sweatshirt et des baskets, sortit en fourrant ses clés dans sa poche et sortit du bâtiment des professeurs tout en s’attachant négligemment les cheveux en une queue de cheval haute. La fraîcheur humide de l’aube naissante la fit frémir alors qu’elle quittait l’enceinte de l’académie par la petite grille du personnel.
Serrant les dents contre le froid, elle se mit à courir, se forçant à garder un petit rythme malgré son envie de bondir tel un félin en chasse. Mais elle ne chassait pas, aujourd’hui ; elle fuyait.
Ouais, elle fuyait. Elle fuyait les peurs enfouies, les souvenirs et les chimères, les nuits torrides et les nuits glacées. Elle fuyait son cœur mutilé, son ombre et son passé, ses larmes retenues et sa rancœur envers le monde. Elle se défoulait.
Fauve avait accéléré la cadence, sans s’en rendre compte. Oh, c’était si bon d’évacuer tout ça. De sentir sa force lui échapper, se transformer en chaleur qui faisait palpiter son cœur et son corps. De se sentir paradoxalement faible et fort en même temps.

La jeune femme ignorait depuis combien de temps elle courait, lorsqu’elle remarqua qu’elle était à présent tout près de l’océan, et que le soleil avait commencé à poindre à l’opposé de l’immensité marine. Et Fauve courait entre les deux, seul intermédiaire de l’aurore monotone et pourtant toujours aussi belle.
Mais elle commençait à fatiguer, et elle ralentit un peu son rythme. Il fallait prendre en compte le fait qu’il fallait rentrer, à un moment donné. Mais pas tout de suite. Elle voulait encore courir, s’éloigner. Peu importait la manière dont elle allait rentrer, tant pis si ça prenait des heures, ça lui était égal pour l’instant.
Elle se dirigea vers l’océan pour marcher au bord de l’eau, et remarqua soudain la présence de quelqu’un, un peu plus loin, couché sur la plage. Un peu surprise, elle continua d’avancer pour aller à sa rencontre. Qui pouvait bien se trouver à un endroit pareil à l’aube, le jour de la fête des mères ?
Oh.
Ethan Collins.
Elle le reconnut à une dizaine de mètres, non sans surprise. Est-ce qu’il dormait ? Pourquoi n’était-il pas rentré chez lui pour le week-end, comme la plupart des autres élèves ?
Et surtout, elle ne l’avait pas revu depuis… l’incident du sauna. La jeune femme hésita à aller à sa rencontre, incertaine que ce soit la bonne chose à faire. Pourtant elle le fit tout de même, pour plusieurs raisons : d’une part, s’il se rendait compte de sa présence et la voyait faire demi-tour, il pourrait le prendre mal et ce serait assez immature de sa part ; d’autre part, elle n’avait personne d’autre avec qui passer du temps aujourd’hui et elle se sentait très seule ; et enfin, la dernière fois qu’ils s’étaient vus ils avaient commencé à discuter de sujets potentiellement intéressants, et elle lui avait proposé de remettre la conversation à plus tard. Elle n’était pas certaine que cet accord soit toujours en vigueur, mais pourquoi ne pas essayer ? Ils étaient seuls tous les deux, alors autant être seuls ensemble.

- Ethan, quelle surprise, dit-elle d’une voix douce légèrement entrecoupée par son souffle saccadé par la course.

Elle resta debout, à la fois pour pouvoir récupérer son souffle correctement et pour ne pas le mettre dans l’embarras s’il ne voulait vraiment pas parler avec elle.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Sam 1 Juin - 17:44

La brise marine souffle avec douceur, transportant avec elle l’odeur du sel. Le sable blanc est encore froid sous mes doigts, et quelques étoiles sont encore visibles dans le ciel orangé, bien que le Soleil commence déjà à reprendre le dessus sur l’obscurité. Les vagues viennent caresser le rivage en ondulant comme les songes, avant de se retirer tranquillement dans un murmure, abandonnant sur la plage les coquillages qu’elles transportaient. Tout est paisible, tout est parfait ; la mélodie de tous ces sons forment la symphonie la plus belle et la plus harmonieuse à mes oreilles. Tout à sa place ici, même moi. Les yeux clos, la respiration calme et régulière, proche de la somnolence. Je pourrais rester ici des heures. J’ai la sensation que rien ne peux briser la paix qui s’installe lentement en moi par le simple fait de me vider l’esprit. Au loin, une mouette cri.

Les pas qui foulent le sable ne parviennent pas à me faire ouvrir les yeux. Quelqu’un est là, je le sens, mais ça n’a pas d’importance. Ça n’a pas d’importance qu’il soit six heures du matin et que je sois étendu sur la plage comme un marin rejeté par les flots. Ça n’a pas d’importance que la personne que j’entends marcher s’approche de moi et s’arrête à ma hauteur. Ça n’a pas d’importance car je sais que si j’ouvre les yeux, la réalité me frappera de toutes ses forces et chassera la candeur de mon cœur, en cet instant. Je suis bien, et je ne veux pas que ça s’arrête. Je ne veux pas redécouvrir ce monde avec des yeux mutilés par les horreurs des Hommes, car ce monde-ci n’est que violence. Mon monde n’est que violence. Alors je préfère laisser les murmures de l’eau me bercer encore quelques instants.

- Ethan, quelle surprise.

Aucune animosité dans cette voix féminine. J’ouvre les yeux, et cligne plusieurs fois des paupières pour m’habituer à la nouvelle lumière du jour. Dans le ciel, quelques nuages moutonneux dansent déjà, poussés par le vent qui caresse mon visage et fait onduler mes cheveux. Mais ce n’est pas ça qui retient le plus mon attention.
Fauve Evernight.
Pourquoi elle, pourquoi maintenant ? Depuis l’incident dans le sauna lors du voyage scolaire à Tignes, ni elle ni moi n’avions cherchés à retourner vers l’autre. On sait que c’est mieux comme ça. Alors que fait-elle ici, un dimanche de fête des mères, à six heures du matin sur une plage, venant probablement de courir un marathon de l’Académie jusqu’ici ?
Je soupire.

Je n’ai ni l’envie ni le courage de l’envoyer balader, de partir ou même de me lever. La jeune professeur de français se tient debout devant moi, en sueur. Pourtant, elle semble plus surprise de me voir qu’autre chose. Ni en chasse, ni en colère. Juste étonnée. Je me redresse sur les coudes pour finalement me retrouver en position assise et plonge mon regard d’émeraude dans ses yeux argentés. Elle est là, nous sommes seuls, et nous avons tout les deux reçus une leçon qui nous était nécessaire. Autant tout recommencer sur des bases plus solides, même si mon temps est compté, à l’Académie.

- Qu’est-ce que tu fais là ? je demande tranquillement.

Je sais bien que la question pourrait se poser pour moi -après tout, plus des trois quart des élèves rentrent chez eux le week-end. Mais je n'ai pas de chez moi. Je n'en ai jamais eu, et je n'en aurais sans doute jamais. Je suis juste un gamin paumé qui croit pouvoir s'en sortir, mais qui est condamné à errer sans but et sans fin dans un monde qui n'a jamais voulu de lui. C'est triste, mais je me suis fait à l'idée, à force. J'avais réussi du moins, mais aujourd'hui, tout cela m'a rattrapé. Ça ira mieux demain. Ça va toujours mieux.
Je savais que je n'aurais jamais dû ouvrir les yeux.
On y lit trop de douleur.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 2 Juin - 22:23

Ethan ouvrit les yeux seulement après que Fauve lui ait parlé. Il soupira et elle songea qu’il allait sans doute l’envoyer sur les roses – après tout il avait pris énormément de risques pour elle –, pourtant il se redressa sur ses coudes et lui répondit.
Ce qu’elle faisait ici ? C’était une bonne question, qu’elle pouvait également lui retourner. Fauve réalisa qu’elle avait couché avec lui et qu’au final elle ne savait absolument rien de lui, de ses habitudes, de ses goûts, alors que d’autres personnes considèrent le sexe comme l’aboutissement de l’expression d’un amour impliquant une interdépendance des deux protagonistes. Ouais, d’autres personnes. Pas Fauve.
Ni Guillaume et son cousin, d’ailleurs.
Que devenaient-ils, eux ? Comment vivaient-ils leur vie ? Avaient-ils assassiné l’enfance pleine d’espoir d’autres pauvres gamines comme Fauve ? Est-ce que l’esquisse d’un début de regret s’était un jour immiscée dans leur esprit tordu de connards-nés ? Eux aussi, Fauve avait parfois rêvé de les retrouver, de leur cracher à la gueule, de les trainer dans la boue, de leur arracher les couilles et de leur faire bouffer. Mais cela non plus, ça n’arriverait jamais.
Et puis elle s’en foutait, ça n’avait plus d’importance. L’amour, toutes ces conneries, elle avait fait une croix dessus grâce à eux. Ils lui avaient bien fait comprendre que ça n’existe que dans les films et les livres. Et puis de toute manière, elle n’aimait pas les hommes. Les hommes, elle les dominait, elle ne les acceptait que s’ils se pliaient à ses désirs et lui donnaient du plaisir. Ils ne lui servaient qu’à cela. Même Ethan, au fond.
Même lui ? Ouais, sans doute, ouais. Même si pour l’instant tout ce dont elle avait envie c’était d’une compagnie platonique, juste d’une présence à ses côtés. D’une âme à qui parler un peu. La jeune femme leva les yeux au ciel en inspirant l’air iodé. Ah, les nuages s’amoncelaient déjà, promesse d’une journée aussi grise que ses songes. Elle était décidément bien morose… Elle reporta son attention sur Ethan, qui lui avait tout de même posé une question. Elle fut légèrement interloquée de rencontrer un regard aussi… chargé de souffrance. La souffrance de la solitude et de souvenirs noirs qu’elle ne pouvait même pas imaginer, la souffrance désespérée d’un appel à l’aide qu’on n’ose pas assumer, la souffrance d’un passé, d’un présent, d’un avenir.
Et plus elle plongeait dans l’abîme de ses pupilles noires, plus elle voyait cette douleur infinie.
Et si…
Non. Elle voyait ce qu’elle avait inconsciemment envie de voir, voilà tout. Elle voyait juste un reflet de ses propres émotions. Après tout elle était partie courir à l’aube le ventre vide et un jour de mauvaise humeur, elle n’était pas dans son état normal, tout simplement. Elle avait sans doute la tête qui tournait un peu, et ne serait-ce que de penser qu’il puisse être plus ou moins dans la même situation qu’elle rien qu’en se fiant à un regard était un peu rapide.

- Je cours, répondit-elle enfin en un murmure absent.

Elle ferma la fermeture Eclair de son sweat-shirt alors que son rythme cardiaque avait commencé à baisser peu à peu et son souffle à retrouver un rythme plus léger, pour éviter de prendre froid, puis s’assit tout naturellement dans le sable à côté du jeune homme. Il ne l’y avait pas invité verbalement, certes. Mais après avoir vu ce qu’elle avait vu dans ses yeux, elle ne pouvait pas partir. Comment aurait-elle pu laisser seul un gamin avec un tel regard, alors qu’elle-même souffrait d’une accablante solitude à cet instant ?

- Et toi ? interrogea-t-elle en tournant la tête vers lui, une fois assise.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Sam 15 Juin - 14:03

Elle l’a vu. Cette lueur dans mes yeux, douloureuse et intense. Elle l’a vu. Quelque chose a changé sur son visage, lorsque nos regards se sont croisés. Lorsque ses pupilles se sont noyées dans les miennes pour y déceler un mal-être profond. Et les siennes brillent avec autant d’ardeur que mes prunelles claires. Elle aussi elle souffre, aujourd’hui. Elle est seule, perdue, abandonnée. Egarée dans une obscurité trop épaisse pour qu’elle puisse la chasser. Un sourire étire mes lèvres, même s’il n’y a rien qui puisse me pousser à être heureux à l’heure qu’il est. Simple reflexe pour essayer de lui prouver qu’elle se leurre, que ce qu’elle a vu n’est que pure invention. Tout a refait surface, je n’y peux rien. Alors je vais faire avec. Je vais faire comme si tout va bien. Je vais mentir, rire et sourire. Je vais faire semblant. Je vais faire croire que ma vie a toujours été aussi belle. Je vais faire ce qu’on m’a appris à faire. Je ne crois pas que cela puisse marcher avec Fauve.
Je le ferais avec les autres. Mais pas tout de suite. J’ai besoin d’être seul, de faire le vide dans mon esprit tordu. De penser à autre chose, peut-être. Il y a tellement de choses plus intéressantes.

- Je cours.

Elle dit cela dans un murmure, comme si elle était déjà loin. Elle court. A six heures du matin.  Evidemment. « Je fuis » aurait peut-être été plus approprié, comme réponse. Parce que c’est vraiment la sensation qu’elle me donne. Qu’elle fuit. Elle aussi, elle a dû être rattrapée par des souvenirs amers. En fait, je crois que nous avons plus de points communs que je ne le croyais. Je la laisse s’asseoir près de moi, tandis que j’attrape une poignée de sable au creux de mes doigts, qui glisse contre ma paume. Je le laisse s’échapper, emporté par la brise marine.

- Et toi ?

Qu’est-ce que je fais ici, moi ? Bonne question. Je ne sais pas. J’erre. J’attends de voir si les rayons du soleil sont capables de me faire sourire. Pourquoi suis-je assis sur cette plage, face à l’océan alors qu’il représente tout ce qui m’a été inaccessible pendant tant d’années ?
Un autre jour, dans d’autres circonstances, je n’aurais pas répondu à la jeune prof de français. Je ne l’aurais même pas laissée m’adresser la parole, parce que j’ai déjà pris trop de risques pour elle. Elle ne mérite pas tant de privilèges. Je ne l’aime pas, je ne la connais pas. On a couché ensemble avant même de chercher à savoir si l’autre nous plaisait autrement que pour son physique, parce qu’au fond ce n’était pas ce qui comptait. Depuis l’incident du sauna, je ne voulais plus avoir affaire à elle. Mais elle est là, aujourd’hui. Seule et paumée. Je me tourne vers elle, croisant son regard une nouvelle fois, et je lâche dans un sourire :

- Insomnie.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Sam 22 Juin - 23:10

Insomnie.
Fauve plongea son regard dans celui d’Ethan. Combien de nuits hantées avait-il fui de la sorte ? Et elle ? Elle avait le sentiment bizarre de se voir en lui. De voir l’enfant qu’elle avait été, celle qui s’asseyait en se recroquevillant sur elle-même dans son lit, et qui se balançait doucement d’avant en arrière pour calmer les sanglots qui l’étouffaient, s’enlaçant elle-même de ses frêles bras de gamine. De voir l’ado qui s’enfuyait dès qu’elle le pouvait, pour ne plus entendre les engueulades tonitruantes de quelconques parents d’accueil alcooliques ou/et chômeurs. De voir la jeune femme qu’elle était aujourd’hui, arrogante et déterminée, et qui pourtant ne supportait pas la solitude morose de ce jour.
Elle inspira, chargeant ses poumons de l’air iodé et frais de l’aube. Son regard se perdit un moment dans le ciel, de plus en plus gris au-dessus de la mer, mais encore clair à l’Est, du côté de la terre ferme. Plus tard dans la journée, les nuages seraient partout, et peut-être même qu’ils auraient droit à de la pluie. Plus tard dans la journée, Fauve aurait retrouvé son sourire et sa force. Les choses évoluent toujours.
Mais pour l’instant le ciel était clair et Fauve était morose. Se retrouver aux côtés d’Ethan était assez étrange, à vrai dire. Mais elle s’en fichait, parce que ce qu’elle avait vu dans ses yeux allait au-delà de tout embarras relatif à leur situation commune suite à l’épisode du sauna.

- Il y a une raison particulière ? interrogea-t-elle doucement en tournant à nouveau le visage vers lui.

Ah, justement, l’épisode du sauna. Essayer de discuter comme ça de quelque chose qui n’a rien à voir, alors qu’ils ne s’étaient pas reparlé depuis le voyage de cet hiver, était une solution bien trop facile et surtout immature.
Fauve, tu as 23 ans maintenant, c’est l’heure d’être une grande fille et de faire les choses dans l’ordre, pour une fois.

- Euh… commença-t-elle avant de lui laisser le temps de répondre à la question précédente. Je crois qu’ignorer ce qui s’est passé la dernière fois avec Monsieur de Beauséant ne serait pas très… Adulte, tu vois.

Elle baissa les yeux vers le sable sur lequel elle commença à tracer des lignes courbes du bout de son index. Elle se doutait bien de ce qu’il pouvait penser d’elle, d’ailleurs il la détestait sûrement pour ça. Parce que Fauve Evernight est une jeune femme pleine de ressources qui n’a pas besoin de ce job pour s’en sortir, n’est-ce pas ?

- Je sais que tu tiens à ta place ici, Ethan, continua-t-elle en levant les yeux vers lui. Moi aussi. On a tous les deux risqué trop gros, sur ce coup.

Car non, Fauve Evernight n’a pas tant de ressources que ça.
Les souvenirs de sa période de mannequinat remontèrent à la surface, chassant un instant ceux de sa déplorable enfance d’orpheline. C’était tout ce qu’elle savait faire, à l’époque. Etre jolie. Mais maintenant qu’elle avait pu quitter ce monde infernal, pour faire ce métier fantastique qu’elle aimait tant, pour rien au monde elle ne voulait retomber dans ce monde de paillettes et d’hypocrisie. Non, elle n’était pas si pleine de ressources que ça. Et cette nuit-là dans le sauna, elle s’était projetée dans un futur médiocre, plus bas que terre, et elle avait eu peur.
Oh, non, elle n’était pas si pleine de ressources que ça.
Pourtant elle visait un bel avenir. Après un passé aussi chaotique qui ne lui avait laissé aucun répit depuis sa naissance, elle méritait bien cela, non ?
Fauve plongea son regard dans celui d’Ethan, un léger sourire aux lèvres. Ils avaient eu une bonne leçon, ce soir-là. Dommage qu’ils ait fallu qu'à ce moment, la seule maman à disposition pour la leur donner fût le collègue de Fauve.
Car la jeune femme était sûre d’elle, maintenant. Ethan n’avait pas de mère. Ou alors, il en avait techniquement une, comme Fauve, mais il est bien connu que le point de vue technique et le factuel sont deux choses très différentes.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 30 Juin - 0:44

Fauve se tourne vers moi, plongeant son regard dans le mien. Mes yeux, miroir des siens qui brillent avec la même intensité, et avec, peut-être, cet éclair de compréhension, impalpable, impossible. Au fond, cette fille, elle est comme moi. Paumée, rejetée. On a peut-être vécu le même genre de choses, par le passé. Sinon, elle ne serait pas là, sur cette plage avec moi, à fuir ses souvenirs comme je l’ai si souvent fait. Elle ne serait pas là à regarder le ciel et à reprendre sa respiration après une course folle, à six heures du matin, juste parce qu’elle a été assaillit au mauvais moment par de mauvais rêves.
Une raison à cette insomnie… Être hanté par le visage de la seule personne qui m’aie vraiment aimée et qui m’a protégée pendant les longues années de mon existence, qui m’a préservée comme elle le pouvait, le visage de cette femme qui m’a proposé ses bras pour m’aider à supporter la douleur, cette femme qui m’a offert de l’affection faute d’avoir autre chose à donner, le visage d’une femme que j’ai vue mourir ; être hanté par cette mort, est une raison suffisante pour ne pas parvenir à dormir ? Cette femme que j’ai vue mourir. Pour moi. Avant, je me surprenais à me dire que tout était ma faute, comme il le disait si souvent. A force d’observer mon reflet dans une glace, j’avais réussi à me persuader que ce n’était la faute de personne. Ni d’elle, ni de moi. Ni même de lui.
Mais au fond, c’est peut-être vrai. Sans moi, elle serait toujours en vie. Elle serait peut-être heureuse. En tout cas, elle ne serait pas avec lui, parce que rien ne l’aurait obligée à rester avec lui. Je ne sais pas.
Que répondre à Fauve ? Je réfléchis à mes paroles, pour tenter de résumer en gros la situation sans paraître trop troublé et trop dépressif – après tout, j’ai réussi à mettre ça derrière moi et en parler me permet de prendre du recul. Si j’en parle, je pourrais me dire, pendant une seconde, que ce n’est pas mon histoire ? Une vie pareille, ça ne peut que s’inventer. Ce n’est pas possible de rassembler autant de malheurs en une seule famille. Ma vie, c’est un peu une tragédie de Shakespeare ; les gens auxquels on tient meurent, et toi tu regrettes tout cela jusqu’à la fin de tes jours, parce qu’au fond, t’es en parti fautif, et que toi, on t’as pas fait le cadeau de la mort pour que tu souffres plus que ceux que tu as perdus.
Bref, je m’apprête à répondre à la question de la jeune blonde mais elle me coupe avant que le moindre son n’est franchi mes lèvres :

- Euh… Je crois qu’ignorer ce qui s’est passé la dernière fois avec Monsieur de Beauséant ne serait pas très… Adulte, tu vois.

J’hoche la tête. Cette histoire de sauna. Je ne sais même plus quoi en penser. C’était juste… une erreur. Une erreur lamentable qui ne se reproduira plus. D’ailleurs, je ne sais même pas quoi lui dire. « Désolé d’être entré dans ton jeu », ou « désolé de t’avoir cédé aussi facilement sans prendre en compte le fait que j’aurais très bien put me faire renvoyer de l’Académie et donc finir à la rue » ? Non. S’excuser ne sert à rien. On sait, voilà. Maintenant, on est suffisamment grands pour en tirer une leçon.
Fauve sourit légèrement.

- Le pire, c’est que je ne sais même pas pourquoi j’ai fait ça. C’était… stupide.

C’est vrai. Cela aurait pu être n’importe quelle autre fille non ? Alors, pourquoi une prof ? Pourquoi cette prof ?

- Pourquoi moi, Fauve ? Pourquoi a-t-on continué sur cette voie-là alors qu’on savait ce qu’on risquait ?

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Lun 8 Juil - 21:56

C’est vrai, c’était stupide. Ils étaient entrés dans un jeu dangereux, amusant au début, et qu’on finit par regretter. Pourquoi lui ? Pour rien. Parce qu’il lui plaisait, parce qu’elle en avait envie. Par caprice, sans doute. Fauve voulait obtenir tout ce qu’elle désirait. Elle avait été tellement frustrée toute sa vie que maintenant c’était à son tour de gagner, à son tour de combler ses envies, même si c’était au dépens des autres. C’était sa revanche sur ce monde ingrat. Mais maintenant, elle réalisait à quel point elle avait été stupide et immature. Elle s’était comportée comme une gamine. Et elle se comportait toujours comme telle, parce qu’elle n’était pas capable d’aller de l’avant, d’abandonner cette amertume qu’elle avait déguisé en arrogance.

- Faut croire qu’on a le goût du risque, répondit-elle avec un léger rire sans joie.

Mais maintenant, tout ça, c’était fini. Fauve devait arrêter de cacher sa peur des hommes derrière ce jeu de domination envers n’importe qui. Son ventre se serra à l’idée de cette peur. Une sorte de désagréable contraction du sternum qui lui nouait aussi la gorge, tout en lui hurlant d’extérioriser cet aveu. Pourtant elle n’allait pas dire une chose comme ça à Ethan, c’était idiot, trop personnel, trop intime, elle ne pouvait pas le dire comme ça à quelqu’un qu’elle connaissait à peine, puis ce n’était pas le sujet de toute façon. Ah, ce genre de moment l’énervait tellement. A cet instant précis, elle avait envie de s’arracher le cerveau, pour arrêter de revivre ce terrible souvenir qui lui avait fait haïr les hommes, pour arrêter de réfléchir à tout ça, pour arrêter d’avoir des idées stupides.
Elle gratta un peu le sable avec une petite branche qui trainait à portée de main, juste pour s’occuper, pour faire quelque chose avant de devenir folle. Oh, ça n’allait vraiment pas, aujourd’hui. Elle se laissait emporter par tous ses souvenirs, incapable de garder le sourire et la tête haute comme elle le faisait si bien d’habitude. Elle aurait mieux fait de ne pas s’arrêter sur cette plage, de ne pas parler à Ethan. Pas aujourd’hui.
Et voilà, maintenant elle avait de nouveau envie de pleurer. Non. Il n’y avait aucune raison de pleurer. Elle ferma les yeux un instant en inspirant l’air marin à pleins poumons. Juste un instant. Ça allait aller mieux.
Elle les rouvrit.
Ça n’allait pas mieux.
Elle avait trop de pensées en tête, trop de choses à gérer. Oui, c’était ça. Il y avait cette histoire idiote de fête des mères, le problème avec Ethan, qui était lui aussi victime de l’histoire idiote de fête des mères, et puis elle avait soif à cause de sa course, et elle était essoufflée, et puis elle devait corriger des copies, et elle allait probablement mettre un temps fou à rentrer à l’académie vu la distance parcourue. Elle perdait son temps ici avec Ethan. Elle ferait mieux de retourner à l’académie. Ou bien de téléphoner à n’importe quel amant passager pour passer du temps avec elle ou lui pour se changer les idées. Ah mais non, ça elle l’avait déjà fait la veille au soir et tout le monde était en famille, c’est pour cela qu’elle était toute seule dans son lit à crever de froid cette nuit. Eh merde.

- J… Ecoute, je suis désolée pour l’autre fois, et pour aujourd’hui aussi, j-j’aurais pas dû venir te parler c’était idiot, je vais rentrer.

Elle parlait trop vite, et pour couronner le tout elle bafouillait un peu. Non vraiment, ça n’allait pas bien aujourd’hui. Elle se leva et repartit dans la direction d’où elle était arrivée, sans prendre le temps d’épousseter le sable collé à son jogging. Pourquoi se sentait-elle si mal ?

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 14 Juil - 22:15

« Faut croire qu’on a le goût du risque. » Ouais, ça doit être ça. C’est probablement ça, parce que je ne vois pas d’autres réponses qui puissent satisfaire ma question. C’est vrai, on savait pertinemment que ce qu’on faisait n’était pas une bonne idée. On l’a fait parce que ça nous plaisait, et parce que c’était dangereux. De vrais gamins. C’est drôle, de se jouer du risque, c’est amusant de tenter le diable. C’est amusant jusqu’à ce qu’on paye le prix de notre inconscience, qu’on passe les prochaines semaines à regretter nos actes. On a eu de la chance, beaucoup de chance. D’ailleurs, je ne comprends pas ce qui a retenu le professeur de danse qui nous a surpris de nous dénoncer. Il n’a pas pu être assez crédule pour gober notre excuse à dormir debout… Mais après tout, il n’avait rien à y gagner.
Mais tant pis, ce qui compte, c’est que je n’ai pas été renvoyé de l’Académie – et, accessoirement, que Fauve non plus. Inutile de se torturer l’esprit pour saisir le pourquoi du comment ; je suis encore là, c’est tout. Je n’ai plus qu’à me montrer un peu plus studieux jusqu’à la fin de l’année pour faire bonne impression, et ensuite, partir d’ici.
Il n’y a rien pour moi, dans cette ville.

A côté de moi, Fauve n’a pas l’air d’aller bien. Elle semble au bord des larmes, assaillit par ses propres problèmes, essoufflée, perdue sur cette plage alors que l’océan qui nous fait face, par son immensité, se rit bien de nos existences torturées. Au loin, on peut entendre le cri solitaire d’un oiseau marin. Un appel innocent, loin des tourments qui embrouillent les esprits de ceux qui ont une âme. Et moi, qu’est-ce que je fais ici, au juste ? Souviens-toi Ethan, c’est la fête des mères aujourd’hui.
Ah oui, c’est vrai… Tu n’as plus de mère.
Alors, qu’est-ce que tu fais ici, Ethan ? Tu n’as de fleurs à offrir à personne. Tu n’as ni famille ni maison, nulle part où aller. Alors tu es assis dans le sable blanc qui borde l’océan, à ruminer tes pensées, à pleurer sur ton passé qui t’a volé ton enfance. Il n’y a rien d’autre que tu puisses faire, aujourd’hui.
Souviens-toi.

Je me souviens. Je me souviens d’avoir ouvert les yeux péniblement. D’avoir senti une douleur innommable au creux de ma poitrine, dans mes bras, mes jambes, ma tête. Je me souviens d’avoir rampé en gémissant jusqu’au corps ensanglanté de ma mère. Je me souviens d’avoir pris sa tête entre mes mains et de l’avoir posée sur mes genoux. Je me souviens des larmes qui se mêlaient au sang.
Je me souviens de la pluie qui ruisselait sur mon visage.
Je me souviens de son sourire.

Perdu dans mes pensées, j’en avais presque oublié Fauve, à côté de moi. Pourtant, tout cela n’avait duré que quelques secondes, juste histoire de se remémorer. Tout est paisible autour de nous, mais c’est une sale journée. Le vent balaie nos cheveux, les vagues salées caressent le rivage, les nuages s’amoncellent, le ciel se confond avec la couleur de l’eau.
Seul et à moitié fou. Affreusement seul. Terriblement seul. Désespérément seul.

- J… Ecoute, je suis désolée pour l’autre fois, et pour aujourd’hui aussi, j-j’aurais pas dû venir te parler c’était idiot, je vais rentrer.

La jeune femme avait parlé vite comme pour cacher son malaise et s’était relevée tout aussi vite. Je tourne la tête vers elle alors qu’elle s’éloigne de moi, prenant la direction de la route.

- Attend !

Je ne sais pas pourquoi je l’appelle. Peut-être par crainte d’être abandonné, une fois de plus. Je ne suis peut-être plus à ça près, si ?
Si.
Il ne faut pas qu’elle me laisse. Pas aujourd’hui, pas maintenant. Elle va mal, moi aussi. Je veux l’aider, je veux lui parler. J’ai besoin de lui parler. Je ne la connais pas, je sais juste qu’elle n’a pas été aimée comme elle aurait dû l’être. Je me redresse et marche jusqu’à elle. J’attrape doucement son poignet pour qu’elle se tourne vers moi, et je plonge mes yeux dans les siens.

- Attend… s’il-te-plait… J-je…

Je relâche son poignet, cherchant des mots, des arguments pour la convaincre de rester encore un peu.
Parle, Ethan.

- Ma mère est morte quand j’avais quatorze ans et elle… on était pauvre. Mon père, Ray, était alcoolique, et il nous battait, elle et moi. Il… il l’a tuée, devant moi.

Bravo Ethan, niveau discours larmoyant tu places la barre très haut. Peu importe.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Sam 10 Aoû - 11:23

Fauve se mordait la lèvre très fort, pour se retenir de pleurer. Il fallait qu’elle rentre, et vite. Elle se sentait tellement stupide à cet instant ! Et Ethan qui la suivait. Elle pressa un peu le pas. Elle ne voulait pas qu’il la retienne. Pas aujourd’hui. Elle préférait être seule.
Non Fauve, c’est faux et tu le sais. Tu ne veux pas être seule. Tu détestes ça.
Ethan l’attrapa par le poignet et elle fit volte-face, prête à lui demander de la lâcher. Pourtant, le désespoir qu’elle lut dans son regard coupa court à ses intentions. Il était paumé. Elle, Fauve, c’était sa bouée de sauvetage, aujourd’hui. Il lui lâcha le poignet mais elle ne chercha pas à fuir. Parce qu’elle savait qu’à cet instant, il ne pourrait pas supporter qu’elle s’en aille, et elle non plus. Il cherchait ses mots, désespérément. Et lorsqu’il parla, ce qu’il déclara venait du fin fond de son cœur. Des mots purs, des mots vrais. Pas des mots qui cherchent à émouvoir ou à toucher, pas des mots pour charmer, pas des mots pour mettre un quelconque auditoire de son côté. Juste la vérité, juste sa vie, juste ce qu’il avait besoin de dire.
Fauve resta immobile un instant, les yeux perdus dans l’abîme de douleur qu’étaient devenus ceux d’Ethan. Alors c’était ça, son histoire. Elle avait cherché à le savoir, maintenant elle savait. Alors pourquoi avait-elle autant mal au cœur ?
La gorge serrée, la jeune femme se tourna vers la mer, parce qu’elle ne pouvait tout simplement plus continuer à voir Ethan comme cela. Elle n’avait jamais été assez proche de quelqu’un pour qu’on lui confie ce genre de choses. C’était dur. Elle n’était pas faite pour ça. Sentir la souffrance d’Ethan ne faisait qu’attiser la sienne. Peut-être parce qu’il avait quatorze ans, comme elle, ce jour-là.
Le soleil était un peu plus haut dans le ciel maintenant, et les nuages s’étaient épaissis également. Le ciel était gris, la mer était sombre. Des mouettes poursuivaient un bateau de pêche à l’horizon. Mais Fauve ne voyait pas tout cela. Elle ne voyait que son passé, bizarrement mêlé à la vision de celui d’Ethan. Elle voyait les fois où elle-même avait été battue, mais c’était un homme qui ressemblait à Ethan en plus âgé qui la frappait, cette fois-ci. Elle secoua la tête et se frotta les bras pour chasser cette vision. C’était fini. Plus personne ne poserait la main sur elle, et plus personne ne poserait la main sur Ethan.
Pourtant, impossible d’effacer les souvenirs. Fauve se tourna à nouveau vers le pianiste. Peut-être que si elle faisait comme lui… Peut-être que si elle se confiait à lui, comme il l’avait fait à l’instant, ce serait moins pénible. Mais elle n’en avait jamais parlé. Lorsqu’elle avait fait sa déposition à la police pour porter plainte suite à son viol, elle s’était sentie honteuse, sale, humiliée, et raconter ce qui s’était passé avait été semblable à subir une deuxième fois ce qu’elle avait subi. Et pourquoi, au final ? Pour rien. On l’avait traitée de menteuse. Ses tortionnaires n’avaient pas été punis comme ils auraient dû l’être. Depuis, Fauve n’avait plus rien dit à personne. Parce que c’était inutile. Ça ne servait à rien, sinon à la faire souffrir. Elle ne faisait confiance à personne et encore moins aux hommes. En refoulant ses souvenirs noirs, elle était victorieuse. Elle passait outre, elle ne se laissait pas abattre.
Ah, vraiment ?
Peut-être que la véritable victoire était d’assumer et d’en parler.
Fauve baissa les yeux en se mordant l’intérieur de la joue. Ethan avait parlé, parce qu’au moins une part de lui avait confiance en elle. Alors elle pouvait peut-être lui faire confiance, au fond. Et tout à l’heure, elle avait eu envie de lui dire. Elle avait vraiment hésité.

- J’ai… été abandonnée à la naissance, articula-t-elle en levant à nouveau les yeux vers lui.

Elle n’y arrivait pas. Les mots restaient coincés dans sa gorge, elle devait se forcer, et ce qu’elle disait ne lui semblait pas naturel. Comme si c’était quelqu’un d’autre qui parlait à sa place.

- J’ai…

Non, elle ne pouvait pas, c’était trop dur. Son ventre se contracta au souvenir de ce jour-là, quand elle avait quatorze ans. Des larmes vinrent lui picoter les yeux. Voilà, elle n’était pas capable d’en parler sans être submergée par l’émotion. Elle était au bord de la crise de nerfs.

- J’avais quatorze ans et…

Elle secoua la tête, les dents serrées. C’était ridicule, il fallait qu’elle arrête d’essayer, ça ne menait à rien. Ethan allait la prendre pour une faible, se moquer d’elle, peut-être même qu’il allait vouloir abuser d’elle.

- Je suis désolée de ce qui t’est arrivé, déclara-t-elle finalement, un peu trop fort, en ravalant ses larmes.

Fauve se dirigea vers la mer, sans un mot de plus. Elle s’avança jusqu’à ce que le bout de ses chaussures frôle l’eau et inspira profondément, laissant le vent fouetter son visage. Elle avait tourné la page. Tout ça était derrière elle.
Pourtant elle souffrait, à cet instant. Parce qu'aujourd'hui, Ethan et elle avaient de nouveau quatorze ans.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Mar 3 Sep - 17:55

Ses yeux clairs se figent dans les miens un instant. Qu'est-ce qu'il m'a pris de me confier à elle comme ça ? Qu'est-ce qu'elle pourrait répondre à une pareille révélation ? "Désolé", comme tout le monde. Ouais, les gens sont désolés pour moi, ouais. Ça nous avance pas mal. Qu'est-ce que ça apporte ? Je suis censé aller mieux, là, maintenant ? Je ne sais pas. Je serais même incapable de dire si j'allais mieux après avoir dit la même chose à Nathanaël. Parler de ses faiblesses, c'est se rendre plus fort ? Moi, ça me fais plutôt l'effet d'un poignard enfoncé dans le dos qui ne cherche qu'à atteindre mon cœur pour agrandir le gouffre qui l'habite en cet instant. Non, on n'est pas mieux après avoir parlé. Ça fait juste encore plus mal parce qu'on s'est remémoré ce qu'on essaie d’enterrer depuis des années. Tout ce travail anéanti en une poignée de secondes. Mais ça libère aussi, paradoxalement. Comme si un poids quittait soudainement mes épaules. Faut vivre avec ton passé, c'est ce qu'ils disent tous. Tu peux rien y changer de toute façon, alors arrête de te torturer.

Fauve se tourne vers l'océan noir, comme plongée dans ses souvenirs obscures. Je l'observe, silencieux. Perdu. Un silence gênant s'installe, à peine troublé par les cris des oiseaux marins, au loin. Le ciel s'est assombri, les secondes s'égrènent sans que ni elle ni moi n'aillons prononcé la moindre syllabe après ma déclaration. C'est pesant. Je devrais agir. J'y parviens, d'habitude. Je devrais sourire, la rassurer, lui dire que finalement, ce n'est peut-être pas aussi terrible que ce qu'on s'imagine. J'y parviens, d'habitude. Je devrais trouver un autre sujet de conversation, faire comme si de rien n'était. Je devrais arrêter de parler de moi aux gens que je connais à peine. J'y parviens, d'habitude. Ouais. Mais une petite partie de moi-même m'avait soufflé que je pouvais tout lui dire. Que je pouvais avoir confiance. C'est un peu tard pour reculer, de toute manière.
Encore une fois, tu aurais dû te taire, Ethan. Qu'est-ce qu'il te prend ?
Arrête de te lamenter sur ton sort. On te l'a déjà dit, il y a pire, comme histoire. Comme vie. T'aurais pu tomber plus bas. Beaucoup plus bas. Plus bas que terre. Parce qu'il y a ceux qui crèvent de faim, de froid, ceux qui vivent dans des bidonvilles, ceux qui ne savent ni lire ni écrire, ceux qui sont obligés de mendier pour survivre.
Il y a toujours moyen de trouver moins bien lotit.

- J'ai... été abandonnée à la naissance.

Fauve s'était tournée vers moi. Elle hésite, elle cherche ses mots. Elle, elle n'a pas confiance. Ou c'est trop dur.
J'espérais qu'elle se confie à moi à son tour, mais en sentant le silence qui avait suivi ma confidence, j'avais abandonné l'idée. Mais ça y est, elle s'est décidée. Elle essaie. Je sens bien que ce n'est pas fini.

- J'ai... J'avais quatorze ans et...

Je me tais. Je n'insiste pas, c'est inutile. J'appréhende ce qu'il va suivre. Qu'est-ce qui a bien pu la traumatiser à ce point ? La jeune femme secoue la tête, au bord des larmes. Mes yeux sont figés dans les siens. Ils parlent à ma place. "Dis-moi. Je peux comprendre."
Non.

- Je suis désolée de ce qui t'est arrivé.

Je hoche la tête. Prévisible, bien sûr. Trop facile. Je me souviens m'être énervé en entendant la même réponse sortir de la bouche de Nate. J'avais eu tort, ce jour-là. Fauve se détourne à nouveau et s'approche de l'océan. Je sors mon paquet de cigarettes de ma poche, et en cale une entre mes lèvres; l'allume. Puis je lui emboîte le pas. Je me tiens légèrement derrière elle, fixant l'horizon comme pour y trouver des réponses qui n'existent probablement pas.

- Je suis désolé pour ce qui a dû t'arriver.

je tire sur ma clope et recrache la fumée, avant de la lui tendre. Au fond, j'ai l'impression que mon cœur est en train de se comprimer, et que la douleur ne cessera que lorsqu'il aura explosé en mille morceaux au creux de ma poitrine.
Ça fait mal.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Mar 10 Sep - 20:16

Ethan n’insista pas. Tout à coup, Fauve se sentit en colère. En colère contre elle-même, d’abord. Parce qu’elle n’avait pas été capable d’aller au bout de ce qu’elle avait entrepris en décidant de parler à Ethan ; or Fauve Evernight va toujours au bout de ce qu’elle entreprend.
Puis en colère contre Ethan.
Pour qui il se prenait, ce gamin ? Comment faisait-il pour parler librement comme ça ? Où trouvait-il sa force ? Et puis, c’était quoi cette attitude ? Les gens sont curieux. Les gens insistent pour savoir, par pur égoïsme, pour satisfaire leurs stupides désirs. Pas lui. Pourquoi, pourquoi il laissait Fauve s’en tirer comme ça ? Monsieur était désolé ! Et puis c’était quoi, cette désinvolture de merde ? Il était là, avec sa clope, tourné vers la mer, peut-être pour se donner un air un peu mystique, mélancolique, ou une connerie du genre. Il se trouvait beau, bien entendu. Peut-être qu’il n’y pensait pas, là tout de suite. Mais il était beau et il le savait. C’était un charmeur, un sale con, un profiteur. Il était exactement comme elle, et ça la tuait. Parce que Fauve savait qu’elle était une charmeuse, une sale conne, une profiteuse. Et alors, Ethan, à quoi ça sert ? Ça fait du bien, tu trouves ? Tu te sens comblé, tu te sens satisfait ? Et tes questions, y-as-tu trouvé une réponse ?
Fauve sortit de ses gonds lorsqu’il lui tendit sa cigarette, comme si ça allait servir à quelque chose. Elle lui arracha la clope et la jeta dans le sable, furieuse. Comme si toute la colère qu’elle gardait en elle depuis tout ce temps éclatait enfin.

- J’en veux pas, de ton poison ! lui hurla-t-elle à la figure. Tu crois que ça te fait du bien ? T’es con, ou quoi ? Ça rend pas intelligent ! Ça fait pas aller mieux ! C’est juste une putain de façade débile ! Arrête de te cacher derrière ta fumée !

La clope était un prétexte. Un prétexte pour crier tout ce qu’elle avait à crier. Elle n’avait jamais eu les moyens de fumer, et elle s’était toujours résolue à ne pas le faire. Pour rester forte, et toutes ces conneries de principes. Pour ne pas sombrer dans la dépendance comme c’était le cas d’Ethan. Parce que Fauve était libre, et cette merde, c’était une entrave à sa liberté.

- Tu crois que c’est une solution ? Tu crois que ça va réparer le passé ? Le changer, l’embellir, le faire disparaitre ? Mais le passé, il est plus fort que toi, que moi et que n’importe quel blaireau sur cette planète !

Fauve réalisait que tout allait désormais bien plus loin que cette stupide histoire de fête des mères. Tout avait refait surface. Comme la mer finit toujours par recracher sur ses côtes ce qu’on a jeté au large avec désinvolture. Le regard chargé de colère et de larmes planté dans celui d’Ethan, Fauve s’essuya les yeux d’un revers de main. Elle était désemparée. Elle n’avait pas perdu le contrôle de cette manière devant quelqu’un depuis… Depuis longtemps. Très longtemps. Ça la rendait encore plus folle de rage.

- Regarde comme on est cons, Ethan. Regarde-nous, sur cette plage déserte, pour quelle raison au juste ? Parce qu’on est des enfants abandonnés, parce qu’on succombe à une simple date commerciale, parce qu’on est les princes d’un royaume qui n’existe que dans nos têtes. Regarde comme on est seuls, Ethan. On croit être entouré, et puis tout à coup, plus rien, c’est le vide, il n’y a que ces gamins de quatorze ans qui n’ont jamais eu le cran de se guérir pour de vrai. Qui ont cru que le temps serait suffisant.

Elle ne le regardait plus depuis plusieurs secondes. Tournée vers la mer, elle s’était un peu calmée et sa voix n’était plus qu’un douloureux murmure. Elle n’aurait pas dû parler autant, dire tout ça. Mais cela n’avait plus d’importance à présent. Plus rien n’avait d’importance. Il n’y avait qu’elle, Ethan, cette plage vide et des mouettes qui gueulaient au loin. Elle se tourna à nouveau vers lui, les yeux embués de larmes, s’approcha soudainement et l’embrassa brutalement. Parce que c’était tout ce dont elle était capable. Parce qu’elle ne savait plus quoi faire. Parce qu’elle avait peur. Peut-être que le temps aidait, certes. Le travail sur soi-même, aussi. Quelques années plus tôt, elle n’aurait même pas été capable de ce baiser, aussi dénué de tendresse fût-il. Elle se sépara de lui et recula d’un pas pour le regarder dans les yeux. Était-elle prête à lui avouer ? Non. Pas encore. Pas tout de suite. Il fallait qu’elle trouve la force, le courage et la confiance nécessaire. Ça aussi, peut-être que le temps pourrait aider. Peut-être.

- Et toi, tu trouves que le temps aide à guérir ? murmura-t-elle, son regard de glace plongé dans l’abîme céladon de celui d’Ethan.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 15 Sep - 9:54

Je tend ma clope à la jeune femme qui se tient près de moi, plongé dans mes pensées. Fauve, hors d’elle, se tourne vers moi et me l’arrache des mains avant de la jetter dans le sable. Je fronce les sourcils, étonné par ce brusque changement d’attitude, et fait un pas en arrière. C’est avec une pointe de rage dans la voix qu’elle crache :

- J’en veux pas, de ton poison ! Tu crois que ça te fait du bien ? T’es con, ou quoi ? Ça rend pas intelligent ! Ça fait pas aller mieux ! C’est juste une putain de façade débile ! Arrête de te cacher derrière ta fumée !

J’ouvre la bouche, comme pour répliquer. Mais aucun mot ne me vient, aucun son ne parvient à franchir l’espace de mes lèvres. Ils restent tous bloqués dans ma gorge, comme pour me prouver qu’elle a raison. Et le pire, c’est que ouais, elle a raison. Bien sûr. Fumer ne me fais pas aller mieux. Ça me permet juste... d’oublier. Un peu. L’espace d’un instant. De m’enfuir quand j’en ai besoin. De faire croire que ça va. Ouais je suis con, ouais, c’est une putain de façade débile, comme elle dit. Tout à fait. J’ai rien à dire. Et elle, elle en profite pour poursuivre. Toute une violence accumulée qui jaillit maintenant. Contre moi. Ça m’apprendra.

Des années passées à tenter de tout laisser derrière moi, à essayer de me faire une raison. Des années passées à construire cette fameuse façade. Cette façade qui me protège du monde extérieur, qui permet de cacher mes faiblesses. Parce qu’au final, ouais, je suis faible. Des années réduites en cendres par la colère dévastatrice d’une fille qui a compris la vie mais qui n’a pas eu la force de la vivre comme elle l’aurait souhaité. Un coup de vent, et tout s’envole. Une averse, et tout s’efface. Reste les souvenirs trop douloureux pour être narrés.

Elle continue. Les mots qu’elle prononce s’enfoncent dans mon coeur comme des milliers de lames affutées qui n’attendaient que ce moment pour venir déterrer ce que j’avais mis si longtemps à enterrer au fond de moi. Putain. Arrête Fauve. Tais-toi. S’il-te-plait. Tu te rends pas compte que ça fait mal ?
Furieuse, le regard noyé de larmes qu’elle refuse de laisser couler, elle continue. Elle s’en fout. Elle a tout compris bien avant moi. Non, le passé change pas. On peut rien y faire. On doit vivre avec. Survivre avec.

- Arrête, je dis doucement.

Non. Elle arrête pas parce qu’elle garde tout ça en elle depuis trop longtemps. Bien sûr. Ses yeux ne sont plus plongés dans les miens, comme si affronter mon regard était devenu trop difficile. Elle parle, et je ne sais même plus si c’est à moi qu’elle s’adresse. Tournée vers l’océan. Sa voix n’est plus teintée de rage comme elle l’était au début de sa tirade. Elle regarde l’horizon, mais ne semble pas le voir. Et moi ? Moi je n’ai pas bougé d’un pouce, trop secoué de l’intérieur par des mots que je sais vrais, et cette vérité me fais encore plus de mal. Parce que je me suis voilé la face pendant des années, parce que je sais qu’au fond, je suis profondément seul et que personne ne peut m’aider à guérir. C’est un truc qu’on doit faire sois-même. Et j’ai préférer tout laisser de côté en me persuadant que c’était la bonne solution.

Fauve se tourne brusquement vers moi, boulversée, et m’embrasse brutalement. Ce n’est pas de l’amour, bien sûr. C’est trop imprévisible, trop improbable pour que j’ai te temps de faire le moindre geste. Elle recule, me regarde à nouveau. Je fronce les sourcils, hésitant sur la conduite à tenir. Pourquoi ? On est pas censé se conduire en adulte, maintenant ? Putain, tu sais rien faire d’autre à part m’empêcher de prendre les bonnes décisions ? Me faire douter ? Tout remettre en question en un claquement de doigts ? Casse-toi ! J’ai surtout pas besoin de toi dans ma vie pour m’aider à quoi que ce soit ! J’ai pas besoin d’avoir les problèmes des autres à gérer en plus des miens ! La colère monte en moi, puissante, elle gronde, cherche une porte de sortie. Viens, c’est par là.  T’es comme ça Ethan, t’es impulsif. C’est un sacré défaut, parce que là t’es bien parti pour tout foutre en l’air. Mais toi aussi t’as des choses à sortir qui reste tapies au fond de toi depuis trop longtemps. Vas-y, c’est le moment.
Non.

- Et toi, tu trouves que le temps aide à guérir ?

Je baisse la tête, entrouvre la bouche. La referme. Réfléchis. Je détourne le regard, perturbé. J’ai perdu le contrôle de la situation. C’est peut-être le moment de partir. Non, non. Elle a besoin d’aide. D’une réponse aussi. Peut-être.

- Ouais, je pense. Mais... ça suffit pas. Je crois pas.

C’est bien Ethan, tu t’improvises philosophe. T’as peut-être de l’avenir, avec des phrases aussi bien construites !

- J’ai eu sept ans pour m’en remettre. Sept putains d’années. Alors je sais pas si c’est assez, mais quand on est seul, c’est sûr que c’est pas suffisant. Regarde, toi. Je sais pas ce qu’il t’es arrivée, je sais pas depuis combien de temps t’as ça en toi. Tu vas mieux ? Moi non. Pourtant j’ai eu le temps de me morfondre et de passer à autre chose. Alors je pense que peut-être le temps ne suffit pas. Peut-être qu’on a pas besoin d’être nécessairement seul pour faire tout ce chemin. Qu’on a besoin des autres.

Je repense à son baiser. Dénué de tous les sentiments qui aurait pu la pousser à m’embrasser. Comment peut-on donner de l’amour si on en a jamais reçu ? Je relève les yeux vers elle.

- Tu... tu as déjà aimé ?

Dans le ciel, des nuages gris s’amoncellent. Un grondement. Et soudain, la pluie commence à tomber. Froide et drue.
Une averse, et tout s’efface. Reste les souvenirs trop douloureux pour être narrés.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 29 Sep - 15:38

Ethan était troublé. Fauve aussi. Ils formaient un beau duo de paumés. La jeune femme se détourna et recula de quelques pas alors que le pianiste cherchait ses mots. Elle avait besoin de distance, de reconstruire cet espace vide autour d’elle, nécessaire à chacun. Elle fut presque surprise d’entendre Ethan parler, comme si elle n’attendait même pas de réponse de sa part. Regarde, toi. Ces mots piquèrent Fauve, la ramenèrent à la réalité. Cette façon de le dire, ça la mettait face à elle-même, de force. Elle baissa les yeux et tira sur les manches de son sweat-shirt, mal à l’aise. On a besoin des autres. Oui, il avait raison, elle le savait très bien. Mais c’était trop dur. Fauve ne faisait complètement confiance à personne. Ses amis lui permettaient de passer des moments agréables, de la faire rire, de penser à des choses futiles, mais sûrement pas de se confier. Les autres gens n’étaient que des objets, des outils, des instruments qui ne croisaient sa route que pour être utilisés. C’était malsain, elle en avait conscience. Et alors ? On l’avait bien utilisée, elle. On se servait d’elle autant qu’elle se servait des gens. C’était comme ça que le monde fonctionnait, tout simplement. Le monde, ou son monde ?
Cette auto-interrogation soudaine tordit le ventre de Fauve. Peut-être qu’elle se trompait. Peut-être que c’était Ethan qui avait raison, maintenant. Elle releva les yeux vers lui au même instant que lui, et leurs regards s’entrechoquèrent douloureusement.

- Tu... tu as déjà aimé ?

Wow.
Une simple question peut-elle réellement faire aussi mal que ça ?
Non. Non, ce n’est pas possible. Quatre petits mots ne peuvent pas faire autant de dégâts. Ce n’est pas possible.
Si ?
Mais merde, quoi.
Fauve était complètement prise au dépourvu par ce changement de sujet inopiné. Qu’est-ce qu’elle était supposée dire ?
Elle réalisa alors que c’était une question taboue chez elle. Tellement taboue qu’elle ne s’en était pas vraiment rendu compte jusqu’à présent. Elle était complètement dans le déni et c’était douloureux d’en sortir. Ok, maintenant elle comprenait le désarroi d’Ethan deux minutes plus tôt. C’était sa vengeance ?
Et puis de toute façon, c’est quoi l’amour, finalement ? Rien qu’un mot, pour désigner une expérience qui est peut-être, sûrement même, très différente chez chacun. Un mot stupide pour désigner pas grand-chose.
Fauve secoua la tête, agacée. Elle avait envie de lui clouer le bec en lui disant de se mêler de ses affaires ; pourtant aucune phrase cohérente n’acceptait de se former clairement dans sa tête.
La pluie se mit soudain à tomber, glaciale et intransigeante. C’était quoi, une espèce de blague faite par la nature ? Fauve leva les yeux au ciel, en quête de réponses, mais tout ce qu’elle obtint fut de mouiller ses yeux d’autre chose que des larmes. Mais quelle importance, au fond ? Larmes, transpiration ou pluie, le résultat est le même : on se retrouve mouillé comme un con et ce qu’on cherchait à laver reste intact, plus fort et présent que jamais.
Ok. Peut-être que cette fois-ci, il était temps de lui dire. Elle avait repoussé ça au maximum, mais maintenant elle se sentait prête. Enfin non, pas prête ; elle ne le serait jamais vraiment. Mais elle sentait que c’était le moment, qu’il fallait rétablir une égalité entre eux, parce qu’il avait confiance en elle et qu’elle était obligée d’admettre qu’elle était capable de s’ouvrir un tout petit peu à lui.

- Je n’ai pas eu d’enfance, Ethan. J’ai été abandonnée à la naissance, avec rien d’autre sur moi qu’un tout petit bracelet d’hôpital avec mon nom écrit dessus. Je n’ai pas eu d’enfance, mais j’ai eu de l’innocence. Comme tout le monde.

La voix de Fauve se brisa à la fin de sa phrase et elle inspira profondément en regardant obstinément le sable, comme pour y chercher le grain de courage qui lui manquait cruellement. Il faut croire qu’elle le trouva, puisqu’elle releva les yeux vers Ethan et déclara :

- J’avais quatorze ans quand deux… quand ces deux pourritures me l’ont volée. Mon innocence. Mes rêves et mes convictions naïves de gamine fleur bleue, pouf ! Disparus, arrachés. Sans remords, sans hésitation, avec cette seule motivation égoïste que le désir. Et le désir, c’est moche parfois. Parce que certains désirent trop fort, tu vois. A tel point qu’ils cherchent à tout prix à obtenir ce qu’ils veulent sans réfléchir aux conséquences, même si on le leur refuse.

Le regard de Fauve ne flancha pas. Elle ignorait d’où elle tirait cette force de tenir le coup, de ne pas s’enfuir en courant, de ne pas chercher à ravaler ses paroles. C’était douloureux, et à la fois nécessaire. Il fallait que ça sorte.
Elle essuya machinalement ses yeux, les larmes s’étant mises à couler sans qu’elle ne s’en rende compte.

- Alors non Ethan, je n’ai jamais aimé. Et j’ai jamais été aimée non plus. J’ai jamais été attendue, chérie, couvée. Je ne suis pas une chose qu’on aime ; je suis un objet de désir.

Elle se tourna vers l’océan, pensive. Les images défilaient dans son esprit, toujours aussi brutales. Oui, elle n’était qu’un objet de désir. Elle l’avait appris à ses dépens. Mais maintenant, c’était elle qui maîtrisait son pouvoir empoisonné. Elle était seule maîtresse de sa destinée. Et l’amour n’était à priori pas au programme.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Mer 9 Oct - 18:44

La jeune femme secoue la tête, lève les yeux vers le ciel chargé de nuages gris. Et cette fichue pluie tombe, comme les larmes que ni Fauve ni moi n’avons jamais eu le courage de verser, parce qu’au fond, on essaie de prouver qu’on est fort. Le ciel pleure à notre place. C’est peut-être mieux comme ça. Et puis elle reporte son attention sur le sable. Et elle parle. Elle n’a pas eu d’enfance. Elle a certainement raison, on ne peut pas avoir d’enfance lorsqu’on a été abandonné. On ne peut pas recevoir l’amour qui nous est dû, non plus. Elle n’a pas eu d’enfance, mais elle a eu de l’innocence, c’est plutôt un beau résumé. Je l’observe, silencieux. Elle relève les yeux vers moi, et les miens s’y plongent, parce que je peux lire dans son regard combien elle a souffert de son passé. Les yeux sont le miroir de l’âme, à ce qu’on dit. Et je crois qu’en cet instant, cela me parait être évident. Bien sûr. Il suffit de savoir décripter les lueurs qui les traversent.

Qu’est-ce que tu veux que je dise ?
Qu’est-ce qu’on est censé dire à une fille qui admet de manière plus ou moins implicite qu’elle a été violée à l’âge de quatorze ans ? Qu’est-ce que je suis censé dire ?
« Désolé », comme d’habitude. J’ai jamais dis que je suis plus original que les autres. Moi aussi, je m’excuse comme ça, pour rien, pour des choses dont je ne suis pas responsable. Désolé de t’avoir parut assez digne de confiance pour que tu me révèles un truc pareil. Désolé de t’avoir poussée à me raconter ton histoire. Ça avance à rien, mais il n’y a rien d’autre à dire. Il n’y a aucune formule existante que l’on puisse prononcer dans ce genre de situation, à part « désolé ». Alors pour une fois, je vais rentrer dans les cases, et je vais agir normalement. Je vais m’excuser.

Elle pleure. J’ai encore rien dis. Les larmes roulent sur ses joues, se mêlant à la pluie. Je suis trempé et planté dans le sable comme un con. Ça change. Mon t-shirt colle à ma peau, l’eau dégouline contre mon visage. Et moi, elle est passée où, mon innoncence ? Elle est partie le même jour que celui où mon père m’a frappé pour la première fois. Je devais avoir cinq ou six ans. Il me l’a arrachée comme on enlève un coeur mais qui palpite encore, qui est encore capable d’animer un corps. J’en avais encore besoin. Mais elle a volé en éclat, comme une fenêtre que des gamins brisent avec un ballon de foot. Et avec l’innoncence, la dignité. La fierté. Piétinées, écrasées, volées. Mortes. Et contrairement aux fenêtres, l’innocence ne se répare pas.

- Alors non Ethan, je n’ai jamais aimé. Et j’ai jamais été aimée non plus. J’ai jamais été attendue, chérie, couvée. Je ne suis pas une chose qu’on aime ; je suis un objet de désir.

C’est maintenant ou jamais Ethan, pour tes excuses. Fauve se tourne, laissant son regard dériver vers l’horizon. Je frissonne, parce que cette stupide pluie ne s’est toujours pas arrêtée de tomber. J'avais oublié qu'il faisait si froid. Et ma voiture qui attend sur le bord de la route. Putain, ma voiture. Je baisse la tête, hésite. Ouvre la bouche pour laisser les mots franchir mes lèvres.

- Je suis désolé, Fauve. J’espère que tu trouveras quelqu’un qui t’aimera pour ce que tu es.

Je jette un regard en arrière. Oui, oui, elle est toujours là. Cette tâche rouge sur l’asphalte. Aussi pourrie soit-elle, ça reste une voiture. Et il ne pleut pas dans une voiture. Et il y a du chauffage aussi, éventuellement. Alors c'est peut-être le moment de réfléchir, et de repartir. Ou au moins, de trouver un endroit où la pluie ne peut pas nous atteindre. Alors ça sert à rien de rester là à rien faire et à se plaindre qu’il fait froid. On met son corps en mouvement Ethan. Je passe une main dans mes cheveux et dis :

- Je vais me mettre à l’abri. Viens... si tu veux.

Un petit sourire triste étire mes lèvres. Tu as l'air stupide, arrête de la regarder comme ça. Elle viendra si elle préfère rester avec toi plutôt que de rentrer à l'académie à pied.
J'humecte mes lèvres, fais volte-face, et sans attendre plus longtemps, je me dirige vers mon véhicule, ouvre la portière avant et m’installe sur le siège. Je m'adosse, les yeux rivés sur le plafond, alors que les gouttes d'eau crépitent sur le pare-brise.
Soupir. Quelle journée pourrie.

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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Mar 29 Oct - 23:18

Ah quoi elle s’attendait ? A ce qu’il lui dise un truc vachement profond, brillant, qui résoudrait tout en un instant ? Elle n’en savait rien. Elle ne s’attendait à rien, faut croire. De toute manière, quand on s’attend à quelque chose et que ça n’arrive pas, on est forcément déçu. Mais dans ce cas, ça voulait dire qu’elle s’était plus ou moins attendue à quelque chose, puisqu’elle était déçue quand même. C’était comme si sa révélation tombait à plat, se perdait dans le vent, sans jamais atteindre son but. Il voulait savoir, maintenant il savait. Il avait l’air de regretter de savoir. Et il n’avait rien à dire, parce qu’il n’y avait sans doute rien à en dire. Ou rien de spontané, en tous cas. Il était planté là, à la regarder pleurer, et il s’excusait bêtement. Elle se sentait nue. Alors c’est donc ce qu’on ressent quand on donne sa confiance à quelqu’un ? C’était bizarre. C’était désagréable. Fauve avait l’impression qu’un poids écrasait son cœur vidé, alors qu’elle croyait que ses aveux auraient l’effet inverse. C’était injuste.
C’est ça Ethan, balance tes phrases à deux balles que tu dirais à n’importe quel blaireau en manque d’attention par pure politesse. Prends-moi pour une conne.
Fauve secoua la tête en serrant les dents pour retenir un sanglot. Elle avait peur, tout à coup. Même si une part d’elle était convaincue de la bonne foi du pianiste, elle ne pouvait pas s’empêcher d’avoir peur. Peur d’être trahie. Elle regrettait d’avoir parlé, mais maintenant c’était trop tard. Il savait tout. Enfin, il savait tout de cet épisode-là, du moins. Et même si elle connaissait son histoire à lui, elle ne pouvait pas s’empêcher d’être sur la défensive. Parce que c’était comme ça qu’elle s’était élevée, en se méfiant. C’était plus fort qu’elle, c’était pour se protéger. Un truc comme ça.

- Je vais me mettre à l’abri. Viens... si tu veux.

Et maintenant il lui souriait. Putain, un sourire. Qu’est-ce qu’elle devait en faire ? Il lui donnait des excuses, une petite politesse complètement bateau et terriblement lâche, et un putain de sourire. Eh oui mais Fauve, à quoi tu t’attendais ? Tu ne lui as pas donné grand-chose ton plus. Arrête de te lamenter sur ton sort. Tu n’es plus une fillette, tu es une femme et tu es forte. Prouve-le. Ressaisis-toi.
Elle le regarda s’éloigner vers la poubelle rouge garée au bord de la route. Dans une minute, elle irait le rejoindre. C’était la décision la plus raisonnable, vu qu’elle n’avait pas très envie d’attraper froid. Elle s’accordait juste une ultime minute de faiblesse.
Fauve chercha un caillou assez gros, mais c’était une plage de sable alors elle ne trouva rien de mieux qu’un vieux bout de bois apporté par le vent. Bon, tant pis. Elle le jeta à la mer, de toutes ses forces, le plus loin qu’elle put. Instantanément apaisée, elle le regarda disparaitre sous l’eau sombre et tumultueuse. Elle retrouvait le contrôle, maintenant. Et elle se jura de ne plus le perdre. Elle ferma les yeux, soupira. Les rouvrit. Allez, on se remet en selle. C’était juste une parenthèse, maintenant c’est terminé.
Fauve tourna le dos à l’océan et se dirigea vers la « voiture » d’Ethan. Il était déjà installé dedans, côté conducteur. Elle s’installa à côté en frissonnant à cause de la différence de température entre l’intérieur et l’extérieur de l’habitacle. L’engin ne payait pas de mine, mais elle avait l’habitude avec sa propre voiture – qui d’ailleurs n’allait certainement pas survivre au prochain contrôle technique – et au moins il y faisait plus chaud que dehors. Sans réfléchir, elle retira son sweat-shirt trempé et le jeta à l’arrière, se retrouvant en brassière. Elle repensa à ce qu’elle avait dit plus tôt : je suis un objet de désir.

- Je peux le remettre si ça te gêne, déclara-t-elle en jetant un coup d’œil à Ethan.

Seuls au bord d’une route, dans une voiture pourrie, trempés et bercés par le bruit de la pluie… La situation était plutôt romantique, pour dire les choses joliment. Et sans doute qu’en temps normal Fauve n’aurait pas hésité une seule seconde à lui sauter dessus. Oui, sauf qu’en temps normal elle ne se serait tout simplement pas retrouvée dans cette situation. Et elle s’était promis aujourd’hui de ne plus retomber dans ce genre de jeu dangereux et capricieux d’enfants trop exigeants. Elle s’était ressaisie, et pour de bon.
La jeune femme se sentit d’ailleurs obligée de se justifier.

- C’est pour pas attraper froid, d’ailleurs tu devrais peut-être faire pareil, tu es trempé.

Bien, maintenant tu lui demandes de se déshabiller, de mieux en mieux. Fauve se tourna vers la fenêtre et éclata de rire. Elle n’y pouvait rien, c’était juste tellement grotesque. Elle était pathétique.

- Désolée, murmura-t-elle en reprenant son sérieux, en espérant qu’Ethan ne soit pas trop paumé.

Et puis tiens, tant qu’à faire, elle en profita pour lui balancer un petit sourire, comme lui. Vengeance.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 3 Nov - 21:51

La pluie semble redoubler d’intensité, dégoulinant sur le pare-brise de la voiture. Et Fauve qui est toujours dehors, faisant quelques pas la tête basse comme si elle cherchait quelque chose d’égaré dans le sable fin de la plage. Finalement, elle se penche, saisit un morceau de bois jeté là par les éléments, et le balance dans les eaux de l’océan. Ultime reflet d’une sorte de malaise. Je crois. En fait j’en sais rien, c’est juste une interprétation foireuse. Je suis pas psy, après tout. Je cale ma tête contre mon siège, les yeux fixés au plafond, ou perdus dans le vide, n’entendant plus que les gouttes d’eau crépiter contre le toit. Il manquait vraiment plus que ça. Mon esprit divague, mélangeant mes propres souvenirs aux parcelles de ceux que m’avait racontées la jeune femme un peu plus tôt. Tout s’embrouille, se mêle, s’efface. C’est étrange. J’imagine des mains qui frappent, qui mutilent. Qui blessent un gamin brun recroquevillé dans un coin, à moins que ce ne soit une enfant blonde adossée contre un mur. Ou les deux.

Le claquement de la portière côté passager me tire de ma rêverie. Fauve s’était assise à côté de moi, et entreprenait de retirer son haut. Je reporte mon attention sur elle, alors qu’elle jette ledit haut à l’arrière de la voiture. Je fronce les sourcils, étonné, alors qu’elle s’empresse de me faire remarquer qu’elle voulait éviter d’attraper froid, mais qu’elle pouvait se rhabiller si ça me gênait. « Si ça te gêne. » Tu parles. Et selon elle, je devrais plutôt l’imiter. La pneumonie, ça prévient pas.

J’entrouvre la bouche, cherchant quelque chose à dire, tandis que je scrute son visage pour y déceler la moindre parcelle de malice ou… d’autre chose. Je ne sais pas. Quelque chose qui pourrait me donner une piste sur ce à quoi elle s’attend, ou ce à quoi elle pense.
C’est stupide. Elle éclate de rire, et elle s’excuse. Et elle sourit. J’hésite sur la conduite à tenir, ne comprenant pas tout à fait la tournure que prennent les événements, et probablement ignorant à quel point ça m’échappe.

Nous voir comme ça, ça me rappelle tout ce qu’il s’est passé auparavant. La chapelle, le sauna. Et je saurais même pas dire ce que ça représente pour moi. Rien certainement.
Peut-être qu’offrir son corps ne devrait pas être quelque chose d’aussi anodin.Peut-être que ce ne devrait pas être si simple. Au fond, si elle a jamais aimé, et si elle prétend ne jamais avoir été aimé, c’est parce qu’elle triche. Parce qu’on triche. On se cache derrière une façade qui n’est pas vraiment nous parce qu’on a peur de faire face. Alors peut-être certaines personnes sont tombées amoureuse de ce rôle que nous jouons. Et si on se cache, c’est parce que ça nous facilite la tâche. On assouvit ses propres désirs sans se soucier de ceux des autres. Tant pis pour eux. Combien de personnes ont été déçues parce qu’elles pensaient vraiment pouvoir construire quelque chose, et qu’elles se sont retrouvées seules, sans ce à quoi elles s’étaient accrochés avec tant de ferveur ?
Peut-être qu’avant de pouvoir aimer, il faut accepter de montrer celui qu’on est. Être soi, ce n’est pas forcément faire l’unanimité, c’est se confronter à l’échec. C’est concevoir le fait qu’on ne peut pas gagner à tous les coups. Alors ouais, c’est plus simple de ne penser qu’à soi. C’est plus simple de n’envisager que des nuits sans lendemain, que des visages qui deviennent flous, des noms qui se mélangent. C’est moins de problèmes, moins de souffrances aussi peut-être.
Mais alors, c’est de notre faute. On ne peut pas prétendre aimer si l’on ne prête aucune attention à l’autre.

Et à quoi ça t’avances, cette longue interrogation, Ethan ?
Je baisse la tête, jette un coup d’œil à mon t-shirt trempé. Je frissonne.

- Ouais, t’as raison, je dis platement.

Je retire mon haut et le jette à mon tour sur les sièges arrières, me retrouvant torse nu. La chaleur de l’habitacle est acceptable, inutile de mettre le chauffage. Soudain, un éclair jaune déchire le ciel, suivit, quelques secondes plus tard, d’un grondement menaçant.
Je me tourne à nouveau vers Fauve. Allez, dis quelque chose. Un truc utile.

- Tu veux rester ici, ou… aller quelque part ?

Champion du monde.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 10 Nov - 19:37

Fauve observait Ethan en souriant, amusée de sa réaction ou plutôt semi-absence de réaction. Il ne savait pas quoi dire, bien évidemment. Elle l’avait connu meilleur joueur que ça, mais ils n’étaient pas en situation de jeu, tout simplement. C’était bien la première fois, à vrai dire. La jeune femme ne s’en était pas rendu compte avant, mais les seules fois où elle s’était retrouvée seule avec Ethan, la rencontre était rythmée par un jeu d’œillades et de répliques bien placées, d’attraction et de désir, sans jamais caresser la délicate fraîcheur d’une conversation sérieuse posée sur les bases saines d’une relation purement professionnelle ou même amicale. Qu’est-ce qui unissait ces deux-là, à part une nuit de plaisir qui semblait aujourd’hui bien lointaine et un passé de souffrance ? Elle n’était plus sa prof, il n’était plus son élève. Ils n’étaient pas amis. Ils n’étaient même pas amants. Ils n’étaient rien. Rien de définissable, en tous cas. Parce qu’ils étaient forcément quelque chose.
Fauve réalisa, lorsque le pianiste jeta son T-shirt à l’arrière, qu’elle était sereine. Et ce n’était pas normal. En général, elle n’aurait jamais accepté d’être seule au milieu de nulle part dans la voiture d’un presque inconnu sans le moindre moyen de défense. Elle aurait rusé, aurait probablement attaqué le jeune homme elle-même, pour avoir le contrôle, ou alors aurait ressenti un fort sentiment d’insécurité. Et pourtant elle était là, trempée et légèrement vêtue, avec un beau jeune homme aussi trempé et légèrement vêtu qu’elle, qui plus est un jeune homme avec qui elle avait déjà eu une aventure, et elle ne ressentait rien d’autre que de la sérénité. Ca prouvait bien qu’ils étaient « quelque chose ».
Un éclair, un coup de tonnerre. Ca virait à l’orage, maintenant. Fauve adorait les orages. La pluie qui tombe à grosses gouttes, le ciel d’un noir intense violemment déchiré par un trait de lumière, le grondement sourd exprimant toute la force indomptable de l’évènement, le vent qui siffle sa colère en bouleversant tout ce qui est plus faible que lui… C’était absolument fascinant.
Fauve s’était perdue un instant dans la contemplation de la pluie à travers la vitre. Elle fut presque surprise d’entendre Ethan parler :

- Tu veux rester ici, ou… aller quelque part ?

Il ne semblait de toute évidence pas très à l’aise. Mais pas à cause d’elle. Enfin, pas à cause du fait qu’elle soit en brassière, en tous cas. Il n’avait pas le regard des autres hommes. C’était peut-être ça qui rassurait Fauve, au final. Le fait de ne pas se sentir scannée, de ne pas savoir deux yeux bloqués sur sa – certes très jolie – poitrine, et surtout ne pas ressentir cette tension permanente entre eux. Peut-être que maintenant qu’ils avaient tous deux entrevu ce qui se cachait derrière le masque de l’autre, ils ne pouvaient plus agir comme avant. Peut-être que c’était juste ça, la formule magique du désir. Etre mystérieux, montrer à l’autre ce qu’il a envie de voir, tout en restant partiellement inaccessible, et toujours garder la réalité pour soi. Etait-ce bien ou mal ? Fauve n’en avait aucune idée.
La jeune femme soutint le regard d’Ethan, pensive. Elle trouvait qu’ils étaient bien ici, pour l’instant. Et elle n’avait rien de mieux à faire. Que peut-on bien faire un dimanche de pluie quand on est prof ? Et prendre la route avec ce temps et dans cette voiture aux normes de sécurité obsolètes n’était sans doute pas la chose la plus brillante à faire.

- On peut rester jusqu’à ce que la pluie se calme, et rentrer à l’académie après. Tu as sûrement du travail, non ?

Elle lui adressa un petit sourire puis se tourna à nouveau vers la fenêtre, en se blottissant sur le siège.

- C’est ta dernière année, n’est-ce pas ? Tu comptes faire quoi… après ?

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Mer 18 Déc - 19:57

On peut rester ici. Ouais, faisons ça. Attendons que l’orage qui gronde au-dessus de nos têtes se calme, histoire qu’on ne se fasse pas foudroyer si l’on risque un pied dehors. L’eau dégouline sur le pare-brise et les vitres de la voiture, brouillant les paysages alentours – bien que je n’ai aucun mal à m’imaginer l’océan si calme tout à l’heure, se transformer en une masse liquide indomptable. Je peux entendre le grondement des vagues se déversant sur la plage,  mêlé au crépitement de la pluie sur la taule du véhicule. Mon regard s’égare quelque part au dehors, alors que le vent soulève le sable sous forme de petits nuages flous.
J’adore la Bretagne.
Je reporte mon attention sur Fauve, assise à côté de moi. Un petit sourire étire ses lèvres, puis elle se détourne pour chercher quelque chose d’intéressant à contempler par la fenêtre.

- C’est ta dernière année, n’est-ce pas ? Tu comptes faire quoi… après ?

Je pousse un léger soupir et m’adosse un peu plus à mon siège, détaillant avec attention le plafond ; parce qu’il faut bien que mon regard se pose quelque part, qu’il serait mal vu que ce soit sur elle, et que lever les yeux au ciel reflète parfaitement de ma situation. Je passe une main dans mes cheveux encore humide, mord l’intérieur de ma joue.

- Ouais, je lâche.

Je prends le temps de réfléchir à la question. Je compte faire quoi après ? Pas grand-chose. J’ai pas cinquante possibilités de toute façon.  Décider que j’ai pas passé toutes ces années dans cette Académie pour rien, et tenter de faire un truc en rapport avec le piano. Ou partir. Ou finir ma vie dans cette fichue ville, enchainant les boulots mal payés. Peut-être.
Il serait temps de prendre une décision, Ethan.

- J’en sais rien. Peut-être que je vais m’en aller. J’ai déjà passé trop de temps ici. A moins que j'arrive à trouver du travail dans le coin.

Avec un peu de chance, la directrice me proposera de devenir surveillant, je sais qu’il y a des postes libres. Mais inutile de se faire trop d’espoirs, je ne pense pas qu’elle rêve de me garder dans son établissement, vu les ennuis que je lui ai causé. Et quand bien même, ce serait un comble. Ethan Collins, surveillant à l’Académie. La grosse vanne. On me croirait pas.

Mais avant, il faut que je me débarrasse de ce qui pèse sur mes épaules. Une bonne fois pour toutes. Juste pour ça tout ça arrête de me hanter. Que ça arrête de me réveiller la nuit, de me brouiller l’esprit le jour. Alors peut-être faudra-t-il que je retourne le voir, une dernière fois. Que je conclue ces vingt dernières années. Que je le regarde en face, et que je lui crache au visage tout ce qui reste terré au fond de moi depuis tout ce temps. Il est le seul à tout pouvoir entendre. Peut importe que mes paroles soient convaincantes. Il faut que j'arrête de penser aux pages déjà écrites, et que je m'intéresse à celles qui sont toujours vierges. Comme pour un livre, il faut que je finisse ce chapitre de mon histoire, et que je passe à autre chose. Définitivement. Cela me semble être un bon projet pour un futur proche.
Ouais. Je vais faire ça.

Je passe ma langue sur ma lèvre inférieure et sors mon paquet de cigarette de ma poche. J'ai décidément bien besoin de me calmer. Vide. Ce putain de paquet de clopes est vide. Je sers les dents. J'ai bien besoin de ça, tiens. Je le broie rageusement entre mes doigts et le jette à l'arrière de la voiture.
Soupir.
Je prends appui sur la portière et me tourne vers Fauve. Allez, trouve un sujet de conversation.


-J'espère que je ne te manquerai pas trop... je dis en essayant de plaisanter, histoire de détendre un peu l'atmosphère.

Un léger sourire étire mes lèvres.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Ven 3 Jan - 17:54

Ethan ne semblait pas spécialement au courant des choix qui s’offraient à lui, et son regard vissé sur le plafond de l’habitacle témoignait bien d’une chose : il était un peu paumé. Pourtant, un petit temps de réflexion lui permit d’apporter une réponse à Fauve. Partir, ou rester pour travailler. Partir, mais pour aller où ? Rester, mais pour faire quoi ? La jeune femme observa le pianiste en silence. Elle était passée par là elle aussi, comme tous les adolescents sur le point de quitter les bancs de l’école, et elle comprenait ce qu’il pouvait ressentir. Pour autant, elle comprenait également que les motivations d’Ethan quant au fait de rester ou de partir ne résidaient pas seulement en son avenir professionnel, mais que cela concernait aussi son passé, bien qu’elle ignorait de quoi il s’agissait précisément. Cette intuition fut confirmée par l’agitation d’Ethan, et son agacement en constatant qu’il n’avait plus de cigarettes. Tant mieux, parce que s’il avait fait mine de s’en allumer une, Fauve l’aurait jeté par la fenêtre. Elle en avait assez de voir les gens s’empoisonner ainsi et le lui avait déjà dit tout à l’heure. Non mais ho.
Alors que la jeune enseignante restait silencieuse, un peu songeuse, Ethan soupira et se tourna vers elle. Elle le regarda galérer quelques instants à la recherche d’un truc à dire, se retenant de sourire. En revanche, lorsqu’il trouva une réplique dans les méandres de son esprit soucieux, elle ne put se retenir de s’esclaffer.

- Je t’ai déjà dit que tu étais prétentieux ?

Elle lui sourit, amusée. Tout l’intérêt de Fauve dans ses relations quelles qu’elle soit était la relative absence d’attache, même si ça ne l’empêchait pas d’apprécier certaines personnes. Elle aimait bien Ethan, ce n’était pas une surprise. Il l’amusait.
Elle passa une main dans les cheveux encore humides du jeune homme et lança de façon tout à fait sérieuse, mais en gardant son sourire :

- Tu pourrais faire du mannequinat, si tu t’ennuies. J’ai des contacts à Paris, tu peux toujours essayer si tu manques d’idées.

Fauve avait fait ce choix pour payer ses études. Ça avait plutôt bien marché, et elle aurait pu continuer si elle avait accepté de perdre quelques soi-disant kilos en trop et de laisser des inconnus choisir sa coupe de cheveux pour elle : ce qu’elle avait refusé, par amour pour ses formes, ses cheveux, et surtout parce qu’elle en avait assez d’être traitée comme une poupée Barbie sans cervelle à qui l’on croit pouvoir demander n’importe quoi. Et une fois qu’elle eut obtenu son diplôme de professeur, toutes ces paillettes et ces talons aiguille n’avaient plus aucun intérêt pour elle. Ethan correspondait aux critères de la mode, et ça ne payait pas trop mal. Entre ça, la musique, et le label de l’Académie dans son CV, il était loin d’être aussi démuni de ressources qu’il ne pouvait le penser.

- Qu’est-ce qui te retient ici, de toute façon ? demanda-t-elle en scrutant son regard.

Elle ajouta sur le même ton que lui précédemment :

- A part moi bien entendu !

Fauve sentait qu’elle retrouvait petit à petit sa bonne humeur et son goût du jeu habituels. Tant mieux !

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Dim 12 Jan - 20:33

A priori, ma petite tentative maladroite pour paraître plus à l’aise que je ne le suis, et pour détendre l’atmosphère, a plutôt bien marché. Enfin, disons que je suis parvenu à la faire rire, et à changer de sujet. Pas si maladroite, finalement.

- Je t’ai déjà dit que tu étais prétentieux ?

Un sourire étire ses lèvres, tandis je réfléchis à sa question. Prétentieux, moi ? Haha, ouais, il paraît. C’est pas la première à me faire la remarque, et probablement pas la dernière. Avoir une haute opinion de soi-même, c’est un bon truc pour s’accrocher. Vaut mieux ça. J’ai la prétention de penser que je vais manquer à Fauve si je pars, alors que je sais pertinemment que ce ne sera pas le cas. En un sens, c’est pas vraiment de la prétention, en fait. De toute façon, es-ce que j’ai envie de lui manquer ? Je crois pas. Parce que ça voudrait plus ou moins signifier que c’est réciproque. Or, j’ai toujours appris à ne dépendre de personne. Parce qu’un jour ou l’autre, ça se retourne contre toi, et ça fait mal. Terriblement mal. J'ai déjà vécu ça, et je me suis promis d'éviter de le revivre ça à nouveau, quel que sois le prix à payer. Peut-être que s’attacher aux gens ne mérite pas autant de souffrances quand on les perd. Alors je ne m’attache plus. Assouvir ses propres désirs et laisser ceux des autres derrière. Et j’imagine que Fauve fonctionne comme moi, sinon on aurait jamais couché ensemble, et encore moins attendu des mois pour se revoir. On n’aurait pas attendu le bal de Givre, pour se revoir.

- J’ai déjà entendu ça quelque part… je répond en souriant à mon tour.

Au bal de Givre, justement. Je m’y étais rendu à contrecœur pour accompagner une amie, et Fauve servait des punch sans alcool aux élèves, avec l’air de s’ennuyer à mourir. J’avais planté ma « cavalière » assez rapidement, mais elle était tombée dans les bras d’un autre tout aussi vite. J’étais allé voir Fauve, et je lui avais sorti une phrase du genre « vous ne vous ennuyez pas trop sans moi ? », et elle m’avait dit que j’étais prétentieux. Avant de me poser une question tout aussi prétentieuse. On était allé dehors, je l’avais embrassée, et elle était rentrée. Ça semble bien loin, tout ça.
Fauve passe sa main dans mes cheveux, qui ne sont toujours pas secs, depuis le temps. Faire du mannequinat ? N’importe quoi. Je ne suis pas certain que ce soit un milieu qui me convienne vraiment, ou même qui me fasse rêver. Quitte à devenir célèbre, autant l’être pour quelque chose que l’on sait faire, et pas seulement pour avoir une gueule d’ange et être capable de marcher droit sur un podium. Je voudrais l’être pour la musique que je compose, pas pour un sourire un peu trop faux.
Enfin, tout ça, ça voudrait aussi dire que Fauve en a fait, elle, du mannequinat.

- Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment fait pour moi. Mais bon, j’y penserais, on sait jamais, je dis sans réelle conviction.

- Qu’est-ce qui te retient ici, de toute façon ? A part moi bien entendu !

Je laisse échapper un petit rire. Toujours ce même jeu auquel on se prête dans toutes les situations. Et elle, qu’est-ce qui la retient ici ? Elle ne doit pas avoir trop de soucis financiers, si elle a été mannequin, et vu son poste actuel à l’Académie. Pourquoi avoir choisi ce village là, perdu dans la Bretagne, pour commencer une carrière? Je répond, sur le même ton :

- Je connais pas mal de filles qui aimeraient que je reste…

Nouveau sourire. Comme d’habitude. Façon détournée pour ne pas répondre à la question. Un classique dans mes dialogues avec Fauve, on discute plutôt comme ça, et finalement, on n’apprend jamais grand-chose de l’autre. Et puis, cette réponse, c’est juste un putain de mensonge. Parce que même si lesdites filles me demandaient de rester, je ne l’aurais jamais fait pour elles. Parce qu’elles ne comptent pas. Elles sont juste là, à meubler les heures de mes journées. Combien en ai-je déçues ? Je me suis juste servi d’elles, rien de plus. C’est bien Ethan, tu es lentement en train de réaliser à quel point tu as été un connard. Et le pire, c’est que ça n’a plus tellement d’importance. Et pourtant, j’ai des amis. Des amis avec lesquels je passe mes soirées à me bourrer la gueule. Avec qui je discute des choses futiles. Comme tout le monde. Mais ils ne comptent pas. Personne ne compte vraiment à mes yeux pour que ça m’empêche de quitter ce trou dans lequel j’ai passé la moitié de ma vie. Sauf peut-être Nate. Mais il a pas besoin de moi. Il a Antarès. Il a le dessin. Il peut se débrouiller seul, il peut décider d’avoir une vie différente de la mienne. Il peut décider de ne pas la gâcher comme je l’ai fais, soi-disant parce que je souffrais. C’est rien que des conneries, tout ça. Il m’a fallut trop de temps pour m’en rendre compte.

- Pourquoi tu restes ici, toi ? Tu pourrais partir. Je pense pas que tu ais l’intention de finir ta vie en Bretagne, te marier, avoir des gosses, tout ça. Tu pourrais voyager.

A sa place, c’est ce que je ferais. Si j’avais les moyens de voyager. Tout ce que j’ai vu du monde, c’était par le biais des voyages scolaires organisés par l’Académie. J’ai passé tellement de temps dans la même ville, à n’avoir comme paysage que les murs gris de mon quartier, que j’ai envie de rattraper le temps perdu. Mais pour le moment, c’est pas possible.
A y réfléchir, j’imagine vraiment mal Fauve entourée d’enfants et accompagnée par un mari aimant. Ça colle tellement mal à ce que je connais d’elle. Moi, je ne pourrais jamais avoir de gosses. Je ne pourrais jamais avoir un comportement normal avec eux.
La pluie crépite toujours sur les carreaux de la voiture.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Lun 13 Jan - 22:33

Ethan n’était pas convaincu par le mannequinat, on pouvait aisément le lire sur son visage. Il promit pourtant d’y penser, peut-être par politesse, Fauve l’ignorait. Pour un gars qui aimait tant être sur le devant de la scène et savoir qu’il était apprécié, ce refus était partiellement étonnant. Mais la jeune femme comprenait qu’il avait d’autre projets en tête, plus proches de sa passion. Elle-même n’avait pas fait cela par conviction : elle avait été repérée à seize ans, elle avait besoin d’argent… Cette période de sa vie, les prémices de son indépendance, était à la fois emprunte de bons et de mauvais souvenirs, qui s’entrelaçaient dans un ensemble doucement empoisonné.
Ethan rit à sa dernière réplique, comme elle l’escomptait. Ils échangèrent un regard espiègle, ce genre de regard complice qu’échangent deux personnes qui se connaissent par cœur et qui voguent sur la même longueur d’onde. Ils étaient loin de se connaitre aussi bien ; mais force était d’avouer qu’ils étaient souvent sur la même longueur d’onde. C’était pour cela qu’ils se comprenaient sans s’envahir, qu’ils pouvaient passer des mois sans se parler et revenir l’un vers l’autre aussi naturellement qu’à cet instant. Ils se convenaient mutuellement, s’aimant sans s’aimer, s’ignorant sans s’oublier, s’oubliant sans se manquer, se retrouvant sans s’attacher.

- Je connais pas mal de filles qui aimeraient que je reste…

Le pianiste détourna la question, toujours avec prétention. Bien entendu. Fauve répondit à son sourire. Des filles à ses pieds, bien sûr qu’il en avait. Mais jamais il ne resterait pour elles,  s’il les considérait comme Fauve considérait ses propres amants et amantes. C’était le principe de la vie sans attaches qu’ils menaient. Si Ethan venait à partir, cela n’aurait aucune incidence ni pour lui, ni pour elle. Ils ne se manqueraient pas, ils se contenteraient de disparaitre du paysage de l’autre comme s’ils n’avaient jamais été là auparavant.

- Pourquoi tu restes ici, toi ? Tu pourrais partir. Je pense pas que tu ais l’intention de finir ta vie en Bretagne, te marier, avoir des gosses, tout ça. Tu pourrais voyager.

La réplique d’Ethan tira la jeune femme de ses pensées. Se marier, avoir des gosses ? Elle frissonna avec un dégoût exagéré en s’imaginant dans le jardin d’une maison mitoyenne, avec dix ans et quinze kilos de plus, prisonnière d’un vieux-beau en t-shirt sale et entourée d’une bande de marmots hurlants et morveux. Quelle horreur. Pour sûr, elle ne laisserait jamais un truc pareil lui arriver. Le mariage n’était pas au programme vu son inconstance relationnelle, et les gosses, c’était hors de question. Elle n’aimait pas ça. Autant, elle adorait enseigner à des jeunes de minimum douze ans – et c’était sa limite – autant elle ne supporterait pas d’avoir les siens. Ces petites créatures incompréhensibles l’effrayaient ; elle qui n’avait jamais été élevée, elle n’avait aucune idée du mode d’emploi. Elle avait trop peur de faire des erreurs, de ne pas être capable de les mener sur le droit chemin… Et ça allait à l’encontre de ses principes : car avoir un enfant, ça signifiait avoir une attache concrète avec un homme. Peut-être que sa mère biologique l’avait abandonnée parce qu’elle avait refusé d’assumer cette attache non-désirée ? Elle ne le saurait jamais. Elle ne voulait pas le savoir.
Mais ce n’était pas le moment de repenser à cela.

- C’est joli, la Bretagne, répliqua-t-elle en tirant la langue au pianiste.

Pourquoi la Bretagne, d’ailleurs ? C’était un peu tombé au hasard. Elle avait achevé ses études, fui Paris et le monde des projecteurs, et cherchait un poste de professeur de littérature ; elle était tombée sous le charme de l’Académie. C’était aussi simple que ça. Elle se plaisait ici, elle avait un salaire raisonnable et les romans qu’elle écrivait de temps en temps lui faisaient un peu d’argent de poche. Pourquoi partir dans l’immédiat ?
A vrai dire, elle n’avait jamais voyagé, mis à part avec l’académie. Elle avait un peu tourné en France étant petite, de famille d’accueil en centre, de centre en famille d’accueil. Et jusqu’à présent, elle avait toujours été un peu limitée niveau argent, même si elle commençait à avoir quelques économies. Elle voyagerait plus tard, quand elle en aurait l’envie et la possibilité.
Elle se tourna complètement vers Ethan en repliant ses jambes sous elle – après avoir retiré ses baskets trempées qui étaient en train de lui congeler les pieds – et sonda pensivement son regard. Il pourrait entrer dans un orchestre sans problème, partir à l’étranger, ou composer ses musiques et sortir un album. Pourtant il avait évoqué la possibilité de rester, de trouver un job ici. Fauve fut tentée d’insister pour savoir ce qui le retenait dans ce bled, mais c’est en repensant à l’histoire des gosses et du mariage qu’elle changea d’avis :

- Avoue, tu rêverais de t’installer ici avec ta petite femme, tes trois marmots et ton chien, lança-t-elle avec un rire sarcastique.

Quelle bande de paumés ils faisaient, tous les deux. Eux, des gamins abandonnés, mal élevés – ou plutôt auto-élevés, mais cela revenait au même – seraient-ils jamais capables de se conformer à la société ?

- Quelle vie de malheur pour nous autres marginaux, murmura-t-elle sans se défaire de son petit sourire.

Elle fit un rectangle devant ses yeux en faisant se toucher ses pouces et ses indexes opposés et, en se rapprochant subrepticement du jeune homme, émit le petit « clic » caractéristique du déclenchement d’un appareil photo.

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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Jeu 16 Jan - 17:50

«C’est joli, la Bretagne ». Ouais, si on veut. Tout est relatif. C’est joli la Bretagne. C’est pluvieux, aussi. C’est assez éloigné de la ville où je vivais avant pour que je pense que cet endroit me permettrait de tourner la page. C’est plutôt gris, la Bretagne. Et les jours comme celui-ci sont plutôt tristes, bien que la conversation évolue sur des sujets qui nous permettent plus ou moins d’oublier la raison pour laquelle on se retrouve tous les deux trempés dans cette voiture au bord de la mer.
Fauve aussi, elle détourne les questions pour avoir à éviter d’y répondre. Ce doit être une sorte d’habitude, ou quelque chose du genre. Pourtant, elle me donne tout de même l’impression de songer à ma question, bien qu’elle ne me fasse pas part de sa réflexion. Elle n’a peut-être pas envie de bouger pour le moment, voilà tout. Parce que, « c’est joli, la Bretagne. » Ou alors, elle ne peut pas, comme moi. Elle avait aussi prouvé qu’une vie sans mari ni enfants lui conviendrait parfaitement. Les gamins, ce n’est pas son truc. Comme moi. Tu m’étonnes. On ne peut pas élever des enfants quand on n’a jamais pu prendre exemple sur nos propres parents, parce qu’ils n’ont jamais eu le comportement qu’ils auraient du avoir.
La professeure de français finit par se retourner complètement dans ma direction après avoir retiré ses chaussures et replié ses jambes sous elle pour se réchauffer. Je me cale un peu plus profondément dans mon siège, le visage tourné vers elle, et je croise son regard. Je commence sérieusement à déplorer l’absence de clope dans cette voiture. Peu importe. C’est l’occasion de tester ta dépendance, Ethan. Voir si t’as vraiment besoin de cette merde pour vivre.

- Avoue, tu rêverais de t’installer ici avec ta petite femme, tes trois marmots et ton chien.

Je ris à mon tour.

- Comment sais-tu ? je m’exclame, feignant la surprise.

Difficile de passer à côté de l’ironie qui teinte cette réponse.
Une femme, des enfants, un chien. Une jolie petite famille soudée vivant dans un pavillon avec un petit jardin où gambade le roquet, et un Scénic garé sur le trottoir. Le cliché habituel. Plus j’y pense, plus je trouve tout cela ridicule. Une vie normale est ennuyeuse. Je n’ai jamais songé au le genre de vie que je pourrais mener dans les vingt prochaines années. Je sais seulement que ce ne sera pas celle que me décrit Fauve, parce que j’ai besoin de cette liberté, de ne pas avoir à me soucier de ceux qui m’entourent. De quitter un endroit sans regret, sans avoir l’impression d’y avoir abandonné une partie de moi-même.

- Quelle vie de malheur pour nous autres marginaux…

Fauve avait murmuré suffisamment fort pour que je puisse l’entendre. J’humecte ma lèvre inférieure et l’observe, légèrement surpris par cette remarque. Elle n’a pas totalement tord. Disons que nous n’avons pas eu la vie dont rêve les gens, que rien n’a jamais été simple, et que ce que nous avons vécu risque de nous marquer à tout jamais. Qu’on a du se battre et faire des sacrifices pour s’être retrouvé où nous sommes. Mais c’est aussi ça qui nous forge ; les expériences. C’est aussi notre force, même si on a souffert. Elle fait semblant de me prendre en photo avec le cadre que forme ses doigts. Je m’approche d’elle, un petit sourire planant sur mes lèvres. Je répond, sur le même ton :

- On a quand même réussi à trouver un peu de bonheur, dans tout ça…


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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Ven 31 Jan - 18:36

L’atmosphère s’était réchauffée dans l’habitacle et leurs esprits s’étaient apaisés au gré de la pluie martelant le toit. Dire que moins d’une d’heure plus tôt ils étaient en train de s’engueuler sur la plage. Dire que moins d’une heure plus tôt, Fauve haïssait Ethan de tout son être. Elle l’aurait étranglé, avec sa clope et son blabla sur l’amour. Mais c’était à un autre moment, dans un autre contexte. Et à présent…
Il se rapprocha un peu d’elle. Un peu de bonheur. Peut-être. C’était parce qu’ils étaient plus forts qu’il n’y paraissait. Ils étaient forts, oui. Ils étaient supérieurs. Ils étaient libres.
Fauve lui rendit son sourire. Libres, oui. Libre de faire ce qu’ils voulaient… Ah, dire qu’elle s’était promis de devenir sage. Mais la tentation était forte, et avaient-ils vraiment envie de résister ? A en juger par la façon dont le pianiste la regardait, non.
Le regard de Fauve effleura les lèvres souriantes d’Ethan, pensive. Leur attirance était irrévocable. Deux être à la fois parfaits et ratés, destinés à trop se ressembler, jonglant avec la vie et avec les règles dans un plaisir malsain et interdit qui les faisait rire. Fauve n’était pas encore prête à renoncer à cela, finalement. Ou peut-être pas aussi radicalement. C’était comme la cigarette, c’était devenu une drogue. La drogue du danger.
La jeune femme réduisit encore un peu la – déjà faible – distance la séparant d’Ethan, plongeant à nouveau ses yeux dans les siens. Il avait envie de l’embrasser, elle avait envie de l’embrasser. Qu’est-ce qui les retenait ? Un brin de folie passager ne pouvait faire de mal à personne. Et personne n’avait à être au courant de ça. Ils étaient archi-seuls, et se sentaient seuls…
Sans le quitter des yeux, elle s’approcha encore, un petit sourire aux lèvres. Une petite voix dans sa tête lui disait qu’elle jouait avec le feu, qu’elle était totalement irresponsable et incapable de respecter une auto-promesse plus de cinq minutes. Mais la voix de la tentation était plus forte, pour le coup. Dommage pour la sagesse…

Non, allez Fauve, faut pas déconner. Un large sourire fendit le visage angélique et sauvage de la jeune femme alors qu’elle reculait finalement. Elle secoua la tête.

- C’est mal, déclara-t-elle en riant.

Elle se tourna un instant vers la vitre, pour ravaler sa frustration. Ethan était le seul humain disponible aujourd’hui, et elle n’avait même pas le droit de s’en approcher. C’était injuste ! Mais Fauve gardait le sourire. Parce que résister était un challenge, et qu’elle adorait les challenges.

- Tu sais quoi ? s’exclama-t-elle en se tournant à nouveau vers lui d’un air malicieux. Quand t’auras décroché ton diplôme, soit dans à peu près un mois, je te payerai un verre.

Elle lui tendit la main afin de sceller ce pacte.

- Ok ?

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: I ain't lost, just wandering. | Fauve   Mer 12 Fév - 22:43

Fauve se rapproche de moi, lentement, comme si  l’hésitation était encore présente son esprit. A moins qu’elle préfère laisser durer les choses, comme d’habitude.  Ses yeux sont plongés dans les miens ; nous sondons l’âme de l’autre, comme pour essayer de savoir ce qu’il veut et ressent en cet instant. De quoi avons-nous besoin, là, maintenant ? D’un peu d’attention, peut-être. Celle dont nous avons toujours été privés. De nous débarrasser de ce sentiment de solitude qui nous a poussés sur cette plage aujourd’hui.  A moins que nous ne soyons rien de plus que des enfants capricieux qui veulent que leurs désirs totalement égoïstes se réalisent, bien qu’ils ont tenté de se convaincre eux-mêmes que ce temps était révolu. Tu parles, c’est si simple de retomber dans ce genre de vice lorsqu’il nous nargue. Tellement plus facile que de résister.
La blonde sourit, tandis que son visage ne se trouve plus qu’à quelques malheureux centimètres du mien. Je peux sentir son souffle contre mon cou, ses lèvres qui semblent irrémédiablement attirées vers les miennes, comme des aimants. Comme une sorte de fatalité à laquelle on ne pourrait rien changer. Sommes-nous destinés à toujours être poussés l’un vers l’autre, à jouer à ce jeu pernicieux auquel on cède trop facilement ? Ce serait trop simple. On en a envie, et on peut prendre la liberté de satisfaire cette envie. Parce qu’on a tout les deux toujours été au-dessus des règles, éternels rebelles qui se vengent de la vie qu’ils ont eu en décidant que c’était leur tour de gagner sans jamais songer aux conséquences.
Elle en a envie.

Et moi ? Je suis certainement trop stupide pour ainsi prendre le risque de tomber à nouveau dans le piège. Certainement trop immature pour prendre au sérieux les promesses que je m’étais faites. Toutes ces belles paroles sur la leçon que j’avais tirée du fâcheux épisode du sauna, c’est des conneries. Rien qu’une façade pour m’auto-persuader que je peux changer. Je me croyais certainement assez intelligent et assez responsable pour être capable de m’en tenir à ce que je m’étais dis. Haha. Peut-être pas. Certainement pas. Nous avons tous nos faiblesses. Et ma faiblesse, c’est certainement d’avoir envie d’embrasser cette fille, dans cette voiture, sous cette pluie.
Et alors, Ethan ? Tu vas tout laisser reprendre le dessus alors que tu sais pertinemment que tu es dans ton tord ? C’est trop tentant. Je m'approche un peu plus d'elle, décidant de réduire à néant la maigre distance qui nous sépare. Parce que j'en ai envie aussi. Terriblement. Ma bouche effleure la sienne alors que je m'apprête à prendre son visage entre mes mains.  

- C’est mal.

Fauve avait finalement reculer, comme si les conséquences de ce que nous avions envie de faire venait d’atteindre les parties raisonnables de son cerveau. Elle avait dit ça en riant. Je souris, comme pour dissimuler ma frustration. Évidemment. Je penche un peu la tête, et je demande, amusé :

- Depuis quand on se souci de ce qui est mal ?

Finalement, elle me propose un marché. Me payer un verre, à la fin de l’année ? Je laisse échapper un rire. J’attrape la main qu’elle me tend, comme pour conclure cet accord.

-Ça marche, je répond.

La peau de sa main est froide au creux de ma paume. Sans lâcher sa main, je m’approche d’elle et lance sur le même ton qu’elle :

- Il faudra être sage, en attendant…

Je lâche sa main et souris.

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