Winter -014-015 - Pear, Spark & Lastie
 
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 Face à face ~ PV Cam

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Mael McCandless
Professeur de sport
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MessageSujet: Face à face ~ PV Cam   Jeu 20 Juin - 21:14

La Haine donne une raison de vivre.
    Il avait fait trop de conneries. Il avait joué avec les lois, avec les autorités, avec les sentiments et les faiblesses des autres. Et toutes ces tribulations malsaines l’avaient mené en prison. Mais cette conséquence ne fut pas la plus désastreuse. Ce qui l’avait vraiment brisé, c’est le meurtre de son frère. « Meurtre », ce mot gardait un goût amer dans la bouche de Mael. Une sorte de bile restait coincée dans sa gorge lorsqu’il l’évoquait, et des relents de haine toujours lui traversaient l’esprit. Son escapade en Amérique du Nord l’avait guéri de beaucoup de blessures, mais celle-ci, trop profonde n’avait pu être effacée. Toutefois, assagi par la vue de l’effondrement de sa vie à cause de son comportement passé, notre homme était devenu bosseur, et ce tout en restant dans les barrières de la législation. Aussi, au bout d’un mois de travail au sein de l’Académie, Mael s’avérait être un assez bon professeur de sport, toujours en avance et menant les élèves comme il l’entendait. Aussi ce matin là, comme à l’accoutumée après une nuit peuplée d’insomnies, il avait pris une douche rapide, avait enfilé un jogging mince et élastique noir ainsi que son éternel ample jogging gris, et s’était rendu, à 7h40 pétantes, au gymnase. Sa matinée avait commencé par deux heures avec une classe de jeunes de 17 ans, Hand-ball au programme. C’était le sport d’équipe qu’il préférait, grâce à l’endurance et au fair-play nécessaires. Aussi, avoir une classe de jeunes principalement de Beethoven qui ne rechignent pas devant les risques de blessures comme les Cygnes lui avait paru parfaite pour ce cycle de hand. Trois quarts d’heure plus tard les jeunes étaient réunis sur le terrain. Il avait créé des équipes à ses yeux équilibrées, et après un échauffement rapide mais dense, les matchs avaient débuté. Il était heureux de voir des jeunes s’entendre autour d’une balle comme lui n’avait jamais eu l’occasion de le faire au lycée, et il fut ravi de voir qu’ils semblaient prendre eux aussi du plaisir dans cette discipline. Du plaisir ? Apparemment pas tous puisque son regard fut vite attiré par un élève aux cheveux noirs qui plaquait un camarade au poteau du but, le poing levé. Aussitôt, la mâchoire du professeur se crispa et il s’élança vers les bagarreurs, qui avaient fait régné un silence dans le gymnase. Silence que notre Anglais brisa en gueulant : « Eloigne toi tout de suite de lui, Fuckin’ Bastard ! ». Sa langue natale et la violence qui l’accompagne étaient sorties instinctivement, il n’avait pas pu les retenir. Arrivé à leur hauteur, il saisit l’épaule de l’élève et le tira en arrière. Il en profita pour pousser aussi de son autre main le second jeune, qui ne devait pas non plus être tout blanc. La distance rétablie entre eux deux, il se plaça entre et lança à la présumée « victime » : « Toi tu vas t’asseoir sur les bancs ». Il planta ensuite son regard dur et habitué à la violence dans celui glacial de l’autre. "Et toi, tu t’assoir … Raah, fuck this French shit ! You’ll sit down Saturday at rentention time!" Il relacha sans douceur le dénommé Cameron et siffla la reprise du match.
    ~
    Cet événement était la raison de ses insomnies du vendredi soir, qui l’avaient mené au samedi matin l’heure de colle assignée. S’il n’avait guère fermé l’œil de la nuit, il avait pu occuper son temps avec le souvenir du regard de l’élève. Il lui rappelait quelque chose : son propre regard dans la glace quand il avait 17 ans, et celui qu’avait encore son frère à leur sortie de prison. Le regard de la rage, de la peur et de la haine. Du dégoût. Celui qu’il lui arrivait encore parfois d’apercevoir dans le reflet d’une vitre, lorsque de sombres souvenirs lui parvenaient. L’heure de colle avait lieu à 8h, il n’était que 6h, il avait donc tout le loisir d’aller se dérouiller au stade et de revenir prendre une douche. Ce n’était pas à lui de surveiller les élèves qu’il plaçait en colle, mais il avait la ferme intention de lui rendre visite. Sa course continua de lui remettre les idées en place, et la douche qui suivit emporta avec la sueur les doutes dont il était épris dans le siphon du bac.

    Lorsqu’il arriva en salle de retenue, il eut la chance de voir que c’était qui surveillait les Rigolos ce matin là. Il s’estima heureux de voir que seul Cameron était collé. C’était fou comme une école peuplée principalement de gosses de riches pouvait s’avérer aussi plate en débordements ! A Sacha qui lui souriait, il accorda un hochement de tête qu’elle comprit immédiatement. Guillerette, elle sortit de la salle en le remerciant de lui offrir une matinée de skate payée. Et voilà. Une salle de retenue, deux âmes troubles. Une cage de fer et bêtes féroces en tête à tête. Mael s’appuya sur le devant du bureau, face à l’Autre.

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Dernière édition par Mael McCandless le Jeu 8 Aoû - 14:29, édité 1 fois
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Cameron Wayne
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MessageSujet: Re: Face à face ~ PV Cam   Ven 21 Juin - 6:48

« FACE TO FACE »
CAMERON WAYNE FEAT. MAEL MCCANDLESS

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« In this cold and empty room; forgotten what we're dying for. »


IL POUVAIT ENCORE VOIR SON VISAGE D'IMBÉCILE. Ses paroles continuaient de résonner dans sa tête. Elles revenaient sans cesse. Elles tournaient en boucle, passaient et repassaient. Exactement comme si elles avaient été une chanson sur un lecteur musical réglé à replay.  Un lecteur invisible intégré dans sa tête. Une petite machine qu'il était impossible d'arrêter. Un petit lecteur qui n'en faisait qu'à sa tête et qui ne faisait que rejouer la même chanson. Non, pire. Seulement les mêmes paroles. Les mêmes affreuses paroles qui ne faisaient que le dégoûter, qui le rendaient malade et qui l'empêchaient de faire quoique ce soit d'autre que ne penser qu'à elles. Elles ne le laisseraient pas en paix. Pas avant un bon moment. Pas avant qu'il en ait souffert assez longtemps. Et pour ce genre de souffrance, longtemps, c'était l'éternité.

Dire qu'il avait bien dormi était un mensonge. Un gros mensonge. Dire qu'il allait bien aujourd'hui était une bonne blague. Une très bonne blague. Quoiqu'en y repensant, il était en forme bien normale. Un autre jour qui s'ajoutait à sa misérable existence. Une simple journée banale qui commençait. Qui démarrait mal, oui, mais cela arrivait presque tous les jours. Comment une journée pouvait-elle bien commencer lorsqu'on sentait que tout les malheurs et que toutes les souffrances du monde n'arrivaient qu'à soi? Il poussa la porte de l'entrée principale sans se soucier du bruit que cela faisait. Qui est-ce que ça pouvait bien déranger? Après tout, personne de sensé venait volontairement à l'école un samedi. Surtout un samedi matin. Quelle blague. Cependant, ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Il était loin de l'élève modèle qui faisait un gros oubli et qui se méritait ainsi une petite retenue sur l'heure du midi ou après les cours. Il en était très loin.

Il en avait passé des nuits dehors à courir la ville, il en avait apposé des tags sur les propriétés municipales et il en avait éclater bien des gueules. Il avait connu la police de nombreuse fois. Il avait même eu l'occasion de passer la nuit chez-eux quelques fois, mais son père venait toujours le chercher avant que le matin ne vienne. C'était quand même plutôt surprenant de sa part de s'occuper ainsi de son fils. À croire qu'il n'avait pas entièrement oublié qu'il lui restait encore un jeune en vie. Le pire des deux, bien sûr, mais il semblerait que la vie ait été bien dure avec la famille Wayne. Cependant, il se doutait bien que son père ne se préoccuperait plus de lui aujourd'hui. Il y avait quelques mois -l'automne passé en fait-, le paternel l'avait mis dehors, lui hurlant de ne plus jamais revenir à la maison. Et c'est ce qu'il avait fait. Non pas pour obéir à son père, mais bien pour ne plus le revoir. S'il y avait bien une personne que Cameron détestait, c'était son père. Et s'il y avait bien une chose à ne pas faire à Cameron, c'était de le comparer à son père.

Et c'était ce qu'avait oser faire ce crétin du cours d'éducation physique. L'inconscient. Pour ce pauvre type, son séjour à l'Académie sera dur. Le Beethoven s'en assurerait personnellement. Personne, non, personne ne pouvait émettre une comparaison entre le jeune guitariste et son géniteur. S'essayer sur ce terrain était dangereux. Les comparer étaient impossible, même si c'était pour valoriser le fils. Lorsque Cameron était présent, il était simplement risqué d'oser mette son nom et celui de son père dans la même phrase. Il le détestait. Et ce, probablement plus qu'il n'aimait sa soeur. Il parcourut les corridors vides, dépourvus de toute vie. Excepté le son presque inaudible des néons, le silence était total. L'échos de ses pas résonnait dans l'air frai des lieux plongés dans la pénombre. Pendant le week end, les lumières n'étaient pas toutes allumées. Il le savait. Ce n'était pas la première fois qu'il venait ici pendant la fin de semaine. Il garda à l'oeil les numéros affichés au dessus des portes.

Lorsqu'il arriva au bon local, il constata que la porte était déjà ouverte. À l'intérieur de la classe, une jeune femme à la longue chevelure foncée. Sûrement celle qui devait surveiller les élèves en retenue. Ou plutôt, le seul élève en retenue. Dans cette Académie d'enfants modèles, qui d'autre se faisait coller pendant la fin de semaine? Personne, évidemment. La professeur était installée au large bureau destiné à l'enseignant. Sans frapper et sans signaler sa présence, Cameron entra dans la pièce. Il ne regarda même pas la jeune femme qui avait probablement levé les yeux vers lui. Il n'avait rien à lui dire et ne voyait pas l'intérêt de saluer son gardien de prison. Pourquoi devrait-il être sympathique avec ceux qui ne l'étaient pas avec lui? Il se choisit une table au hasard, à peu près au milieu de la classe. Il laissa la ganse de son sac qu'il portait sur une épaule glisser le long de son bras et, sans délicatesse, lança carrément son sac sur la table qu'il avait ciblé. Il tira bruyamment la chaise et se laissa littéralement tombé dessus, exactement comme si toutes ses forces l'avaient quittées d'un coup et qu'il n'arrivait plus à se tenir debout. Assit un peu n'importe comment sur sa chaise, bien à l'aise, il resta silencieux et se mit à attendre que le temps passe. Il n'avait rien de mieux à faire. Pas une seule seconde il n'observa celle qui le surveillait. Il garda ses yeux fixés sur le sol entre les pattes de la table.

Cependant, son regard fut attiré vers l'entré de la pièce quand un nouvel arrivant apparut. Génial. L'enseignant qui l'avait collé était venu lui rendre visite. Il observa du coin de l'oeil son prof saluer amicalement la jeune femme. Peu de temps après, cette dernière quitta la classe avec ses affaires. Cameron baissa à nouveau les yeux. C'était probablement un simple changement d'horaire. En même temps, il pouvait comprendre: qui avait envie de toujours surveiller le même jeune pendant plusieurs heures et encore et encore? Le jeune Beethoven fut tout de même surpris en sentant son surveillant s'appuyer sur le bureau pour lui faire face. Mais il ne broncha pas. Il n'esquissa pas le moindre geste et garda les yeux rivés sur le sol. Il pouvait être bon pour éviter quelqu'un. Très bon. Si ce prof' pensait qu'il changerait le rebelle de l'école simplement en l'oppressant de son regard pendant toute une colle complète, il était bien mal informé. Ou stupide.

Les minutes s'écoulèrent. Cameron ne bougea pas d'un pouce et n'ouvrit pas une seule fois la bouche. Peu importe combien de temps son professeur l'observait, il s'en foutait tellement. Une fois sa retenue terminée, il partirait sans discussion. C'était comme un simple cours en fait. Quand c'est fini, c'est fini. Cependant, il se demandait bien ce que son prof avait comme problème à l'observer ainsi. Ce dernier avait beau être nouveau, il devait sans doute connaître le jeune guitariste qui trouvait le trouble chaque semaine. Quels membres du personnel n'entendaient pas parler de l'élève difficile nommé Cameron? Malgré son désir de conserver le silence, sa curiosité l'emporta. Il leva brusquement son regard glacial vers monsieur McCandless pour le fixer dans les yeux. Les bras croisés sur son torse, les jambes allongées bien à l'aise et détendues sous la table, il soutint le regard de son supposé supérieur pendant quelques minutes. Après un temps, il ne pu s'empêcher de s'ouvrir la gueule.

« What? »

Sa voix était sèche et froide. Il garda les sourcils froncés et ne quitta pas des yeux le regard de son prof. De son prof anglophone qui l'avait traité de fucking bastard. Ça, il ne l'oublierait pas de si tôt.


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« I'm waiting for another day, another way;
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Mael McCandless
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MessageSujet: Re: Face à face ~ PV Cam   Lun 24 Juin - 20:53


Ta prison est en toi. Le poison est en toi.


    Il régnait dans la pièce un semblant de silence. Les sons qu’il parvenait à entendre lui arrivaient de loin. Parfois un éclat de rire, un cri ou un bruit de klaxon. Souvent un oiseau qui gazouillait, des pas dans un couloir voisin, le souffle sourd du vent qui faisait vrombir les fenêtres. En permanence sa propre respiration et les frémissements de son cœur. Rien de plus. Ce silence n’arrangeait rien à la tension palpable dans la salle. L’air se tendait, on eut dit des lanières que l’on tirait chacun de son côté, pour en tester la résistance, jusqu’à ce qu’elles cèdent. Chaque minute qui passait augmentait la puissance des bras invisibles qui tiraient sur ces lanières. Mael avait conscience de toute cette masse au dessus d’eux, mais il gardait les yeux rivés sur Cameron. En le regardant, il repassait en boucle dans sa tête l’événement qui les avait emmené  ici. Comme au ralenti il se voyait courir vers lui. Le menacer. Ses propres propos résonnaient en lui comme un écho lancé entre les montagnes. « Eloigne-toi tout de suite de lui, Fuckin’ Bastard ». Ce n’était pas la première fois. Il l’avait déjà dit. Les mêmes mots.

    Un chien aboie. Une femme crie sur son mari. Ils avancent, épaule contre épaule, le rythme de leur pas est identique. D’un commun accord ils traversent le quartier, escortés par les étoiles, toutes scintillantes. Le sol est encore recouvert des flaques de la précédente pluie, qui reflètent ces yeux de chat accrochés à la voûte céleste. Cependant ils n’y prêtent pas attention. Leurs pieds viennent briser en milliers d’éclats ces miroirs du ciel nocturne. Ils ont les yeux rivés sur la rue noire qu’ils aperçoivent au loin. Ce recoin sombre. Ils n’ont pas besoin de parler, cela fait cinq ans qu’ils ont prévu cette soirée. Ils savent parfaitement comment elle doit se dérouler. Ils sont habitués à l’obscurité, ils voient vite le nombre d’ennemis qu’ils ont à affronter ce soir. 4. Pas malins. Les membres des deux groupes s’observent, les sourcils froncés et la mâchoire serrée, sans aucune parole. Chacun sait ce qui l’attend. Et l’un semble connaître le dénouement de la bataille, puisqu’il préfère partir lâchement sur la gauche et disparaître entre les rangées de maisons toutes identiques. Plus que 3. Celui du milieu, c’est celui qui endosse la responsabilité du combat : c’est lui le traitre qui les a balancé. C’est lui aussi qui commet l’erreur de faire le premier pas. Attaque de toutes parts. Mael frappe, il cogne et se défend. S’il était déjà fort avant, son séjour tout payé par l’Etat l’a rendu inflexible. Il est plus musclé, plus vif, plus habile et moins sentimental. Bientôt sa pauvre victime gît au sol. Son sang se déverse sur l’asphalte et entache les flaques. Le ciel est souillé. Lorsqu’il se retourne, il voit son frère contre le mur, coincé sous un gars qui lui serre le col. C’est à ce moment que les mots sortent. Comme il l’aura fait avec Cameron, il se jette sur lui, mais plus violemment il le met hors compétition. Fou de rage. On ne touche pas à Aaron. On n’y touche pas. Qu’une main poisseuse, une main immonde ose effleurer son cou est inconcevable. Ils finissent de parsemer la voie lactée de rouge écarlate, le souffle plus court, les habits plus sales mais surtout le cœur plus noir ils s’en vont.

    Mael revoyait tout cela. Les mots. Ils étaient sortis tous seuls face à l’élève, mais ce n’était pas lui qu’il voyait à ce moment-là. C’était l’autre. Qui avait tout de même finit par tuer son frère. Un goût âcre lui emplissait la bouche, incontrôlable. Mais il avait tiré un trait sur sa vengeance. La violence entraîne la violence. Il lui aurait fracassé la gueule. Et après ? Il se serait lui aussi fait tabassé. Et après ? Il l’aurait tué, pour de bon. Et après ? Il se serait fait tuer lui aussi. Il y avait d’autres moyens. Mais pour échapper à ces tentations, il lui avait fallu fuir. Et aujourd’hui il était là, avec sa petite vie. Prêt à se reconstruire. Il avait déjà commencé d’ailleurs. Il avait tiré des leçons de ses expériences. Et quand il voyait cet adolescent devant lui, il voyait la même détresse que la sienne.

    Cameron était comparable à un animal en cage. Un fauve qu’on aurait capturé puis enfermé. Oh, il se serait battu au début. Il n’aurait pas cru qu’il était réellement prisonnier. Il aurait pensé que ce n’était qu’un songe. Que toutes ces frêles poupées autour de ses barreaux avec leurs bâtons  allaient s’évanouir. Mais non. Alors quand ce fauve aurait compris que ce qu’il vivait était sa réalité, il se serait rebellé. Il aurait montré les crocs, les griffes, aurait laissé sa puissance et sa rage se déversait à travers sa prison et frapper ses geôliers. Il aurait tout essayé. Puis l’œil chargé d’un pleur involontaire, il se serait résigné. Résigné devant son impuissance, sa captivité, tout ce qu’il avait perdu et laissé derrière lui en se laissant enfermé. Il aurait abandonné la lutte. Et il serait devenu fou. Fou de ce qu’il serait devenu. De voir sa propre déchéance. Fou de honte et de haine, il aurait craché sur la face du monde, c’était au monde entier que se serait adressé sa colère. Il les aurait tous insultés dans son langage de fauve, il aurait ri d’eux. Parfois il se serait jeté lui même contre les parois en métal, pour souffrir encore, une fois de plus s’illusionner par l’épreuve du corps. Et de temps en temps, il aurait osé s’éléver, pour montrer qu’il restait un fauve. Mais un fauve en cage, ce n’est plus rien. Il n’existerait plus vraiment, avec sa résignation et sa colère. Il aurait déjà perdu contre la vie, il serait déjà mort.

    C’était à ce fauve que lui faisait penser Cameron. Quelqu’un qui longtemps s’est battu, mais à cette heure a déjà laissé tomber les armes, et qui alors, soldat de papier, se bat avec ce qui lui reste en essayant de prouver qu’il vaut encore quelque chose. Ce petit soldat venait de flancher en premier en disant :

    -What ?

    Mael ne changea pas pour autant son attitude. Il continua de l’observer, sans broncher. Le fauve avait tenté de résister. Mais à cran, sans cesse avec l’obsession qu’on lui voulait encore plus de mal qu’il n’en avait déjà vécu, il avait voulu frapper le premier. Le professeur maintint son silence quelques dizaines de secondes encore, mais finit par lui offrir ce qu’il voulait pour l’apaiser : une réponse.

    -T’es lâche en fait. T’as arrêté d’y croire. T’as baissé les bras. Tu préfères fuir plutôt qu’affronter. Don’t believe that everything is done. Tu peux encore te relever et marcher. Rien de ce que tu as vécu ne peut t’empêcher de vivre aujourd’hui.

    En disant cela, il y allait un peu fort peut-être pour un début. Mais que risquait-il ? Se faire hurler dessus ? Se faire bassement ignorer ? Se faire frapper ? Rien de tout cela ne l’aurait atteint.

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Cameron Wayne
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MessageSujet: Re: Face à face ~ PV Cam   Jeu 27 Juin - 21:23

« FACE TO FACE »
CAMERON WAYNE FEAT. MAEL MCCANDLESS

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« Monsters are real, Ghosts are real too.
They live inside us, and sometimes they win.
- Stephen King »


IL ÉTAIT PROBABLEMENT UN RATÉ. Voire même sûrement. Il avait très souvent -pour ne pas dire toujours- l'impression d'avoir échoué sur toute la ligne. Il avait l’impression de vivre en enfer. Pourtant, sa vie n’était pas si terrible que ça. Il y avait des gens qui avaient beaucoup moins dans certain pays de ce bas monde. Et ils se forçaient à faire de leur quelque chose de plus agréable. Mais lui, ça arrivait de moins en moins qu'il fasse des efforts. Et ce, pas seulement pour ses travaux d'école, mais pour presque tout le reste. À quoi bon s'il ne pouvait obtenir ce qu'il voulait? À quoi ça pouvait servir de se forcer quand ça ne donnait rien? Il avait finit par se convaincre que ça ne valait plus la peine. Qu'il n'avait plus qu'à laisser sa vie dériver vers le large et que le destin se chargerait de la mener et d'en faire ce qu'il souhaitait. Il avait abandonné, il s'était abandonné. Il n'avait plus aucuns points de repère pour se retrouver et après avoir cherché pendant quelques temps, il s'était perdu. Il s'était perdu seul. Il n'avait personne pour le retrouver. Actuellement, il était encore perdu. Et il n'y avait toujours personne pour le retrouver.

Cependant, le Beethoven avait fait son possible pour ne pas s'égarer complètement. Il s'était accroché à la musique. Et pour ce choix qui devait probablement être le dernier bon qu'il n'ait jamais fait, le Monde lui avait répondu en les séparant lui et son père. Au début, heureux de ne plus avoir le responsable de la mort de sa sœur toujours dans la face, il avait profité avec joie de sa nouvelle liberté -si on pouvait appeler ça ainsi. Mais après quelques semaines, il avait replongé dans le noir jusqu'à comprendre ceci: en quelque sorte, son père était mort. Lui aussi. Comme sa sœur. Et comme sa mère qui avait simplement disparut. Et il fallait comprendre ceci pour saisir la profonde solitude de Cameron. Pour tout ça, il se voyait comme un incapable. Un fils incapable de retenir sa mère, un gars incapable de plaire à son père et un frère incapable de protéger sa petite sœur. Il se voyait comme un profond incapable. Sauf en musique. Il savait bien qu'il avait du talent comme guitariste, car dans le cas contraire, il serait peut-être plus en paix avec son paternel. Mais la musique, aussi belle qu'elle pouvait être, ne pourrait jamais lui ramener sa famille.

Dire que son père lui manquait était totalement faux. C'était une grossière erreur de le penser et un vrai péché de le dire à voix haute. Jamais son géniteur ne lui manquerait. Non seulement parce que le jeune homme lui en voulait bien trop, mais aussi parce que le paternel ne devait pas s'ennuyer de son fils non plus. Il devait être bien trop absorbé par son travail pour se soucier de quoi que ce soit d'autre. Exactement comme il l'était lorsque sa fille avait rendu l'âme. Son père, son père, son père... Cameron se demandait bien souvent pourquoi il continuait de l'appeler ainsi. Probablement parce qu'on ne le laisserait pas le renier si facilement. Une quelconque force devait s'amuser avec lui. Après tout, depuis qu'il avait lâché le volant, ce n'était plus lui qui conduisait. Qui sait quel monstre avait prit le siège du conducteur et attendait patiemment de prendre le contrôle. Probablement un qui avait encore plus de problème de comportement que Cameron.

Il garda le silence. Monsieur McCandless aussi. Il laissa son regard planté dans celui de son professeur. Ce dernier en fit autant. Les secondes s'écoulèrent lentement. Que voulait-il? Il ne pouvait pas agir comme un prof' normal? Déjà qu'il avait attendu que ce soit l'élève qui s'ouvre la trappe en premier... Quoi d'autre encore? Le guitariste devait-il se faire lui-même la morale? Se dire à sa propre personne que son comportement avait été indigne d'un jeune homme de dix-sept ans et que c'était mal la violence? Un discours comme celui-là était complètement inutile pour Cameron. Il savait déjà que c'était mal d'agir ainsi. Que la violence ne réglait rien, que ce n'était jamais une solution. Mais il ne pouvait que faire ça. Discuter calmement? Il en était incapable lorsqu'il était énervé, enragé. De plus, il n'avait jamais été bon avec les mots. Il avait toujours préféré l'action à la discussion. Et il s'était rendu compte que ses camarades comprenaient plus vite sous la menace.

« T’es lâche en fait. T’as arrêté d’y croire. T’as baissé les bras. Tu préfères fuir plutôt qu’affronter. Don’t believe that everything is done. Tu peux encore te relever et marcher. Rien de ce que tu as vécu ne peut t’empêcher de vivre aujourd’hui. »

Après avoir été un fucking bastard il était maintenant un lâche? Il était bien beau ce prof à l'insulter ainsi! La réputation du personnel de l'Académie venait de prendre un coup. Par contre, en réalité, Cameron était vraiment un lâche. Il avait laissé sa vie au contrôle de sa colère, de sa haine, de sa peine et de ses peurs. C'était elles qui dirigeaient la machine. Toujours à se défendre à la moindre approche et à attaquer en premier en cas de menace potentielle. Il vivait sur les nerfs, toujours dans la crainte d'être à nouveau blessé, de voir son âme se briser encore une fois. Et quel lâche il avait été de la laisser en miettes plutôt que de la rebâtir plus forte et plus résistante. Il était, encore une fois, un incapable: il n'avait pas pu se sauver lui.Mais tout ça, jamais il ne l’avouerait. Même pas à lui-même.

Il resta silencieux, mais garda le contact visuel avec l'enseignant de sport. Ce n'était pas vraiment le type de discours auquel il s'attendait. Il repassa une autre fois ses mots dans sa tête. Ses paroles avaient du sens. Beaucoup trop de sens. Cependant, il trouvait de moins en moins correct que monsieur McCandless se permette de le traiter de tout ce qui lui chante - présentement de lâche et fuyard. Tu peux encore te relever et marcher. Et pour aller où? Le Beethoven n'avait jamais pensé à avoir une vie en particulier après tout ça. Il voulait lasser le Monde décider pour lui. Rien de ce que tu as vécu ne peut t’empêcher de vivre aujourd’hui. Une douleur perça dans sa poitrine, mais il ne laissa rien paraître. Mais ce qu'elle avait vécu l'avait tuée... Et l'avait achevé lui. Comme souvent lorsqu'il ne savait pas trop comment réagir, la mâchoire de Cameron se crispa et son regard devint noir sous ses sourcils froncés. Il se redressa sur sa chaise sans quitter une seule seconde l'enseignant du regard.

« Qu'est-ce que vous pouvez bien en savoir, vous? » grogna-t-il d'une voix rauque.

Ce McCandless avait sûrement raison sur toute la ligne. Cameron était probablement un grand fuyard. Il détournait tous les sujets pour les porter sur n'importe qui ou n'importe quoi d'autre. Il n'aimait pas parler de lui.


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Dernière édition par Cameron Wayne le Sam 24 Aoû - 19:24, édité 2 fois
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Mael McCandless
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MessageSujet: Re: Face à face ~ PV Cam   Jeu 8 Aoû - 14:26


Lorsque les mains sont liées, la rage monte au cerveau.


    Il était là ce regard, encore et certainement pour toujours. Ce regard noir, profond, puissant. Il déstabilise ceux qui ne le connaissent pas, il fait froncer les sourcils à ceux qui peuvent le comprendre, et il fait résonner un écho dans l’esprit de ceux qui ont porté ce même regard. Il était là, devant lui, et il parlait pour l’être tout entier. Il racontait la douleur, la haine, la peur, et il s’adressait au vent, sans plus d’espoir qu’une bouteille qu’on aurait jeté à la mer. Mael ne laissa rien paraître sur sa propre face. Il se contentait de le fixer, de se remplir de toutes ces émotions. Cameron se redressa sur sa chaise. Le professeur sentit une pointe de satisfaction le piquer au cœur. Se redresser, c’était s’apprêter à affronter, c’était se relever devant la difficulté. Se redresser, c’était porter son propre poids, le poids de sa vie. C’était un premier pas.

    -Qu’est-ce que vous pouvez bien en savoir, vous ?

    C’est à l’écoute de ces paroles que l’homme laissa son masque de bienveillance se briser et son visage transparaître sa hargne. Son regard aussitôt prit la couleur de la nuit et s’enroba du même caractère que celui de l’adolescent. De couleurs différentes, leurs yeux portaient le même lourd bagage de colère. Qu’en savait-il ?

    6 ans. Mum … Mummy. Mael fell. He’s bleeding. It’s horrible, I can see white , red and yellow in his leg. Mum ! Devant lui la tête aux cheveux hirsutes et aux vêtements vulgaires se retourne. Une lueur mauvaise brille dans l’obscurité de leur maison, et un mince sourire fou s’étend sur les lèvres de cette sorcière. Shut up ! He has only to die if he’s not fucking resist. Aaron attend. Il la regarde. Le corps entier de la femme se redresse et attrape la bouteille de whisky vide derrière elle. Ça tombe, ça casse, le sang gicle.
    10 ans. Aaron porte la lettre du directeur de leur école. C’était le premier qu’ils retournaient en classe depuis 3 semaines. Mais au printemps, c’est plus drôle de s’amuser dans les vergers … Les deux frères ont bien vu que le directeur avait un air de dégoût en leur tendant cette lettre. Il demandait sûrement un rendez-vous avec leurs parents, ou bien il les renvoyait. Alors serrés l’un contre l’autre, en prenant une dernière vague de courage, ils ouvrent la porte de la cuisine pour affronter le courroux de leurs parents. Mais, le père a le pantalon aux pieds et la mère la jupe relevée. Qu’est ce qu’il se passe ?  Ah, Sacha est assise dans un coin et joue avec des brindilles, ce doit donc être normal. Mais alors pourquoi leur père se rhabille en vitesse et leur hurle dessus ? Pourquoi brandit-il une chaise ? Ils s’enfuient. Encore.
    16 ans. Mael scrute les rues qu’ils croisent. Ils doivent se montrer méfiants, ils ont dans leurs sacs la plus grosse quantité de marchandise de l’année, s’ils se font choper par d’autres gars, la moitié du fric dont ils ont besoin part en fumée. Et quelques cicatrices en prime. Ils sont partis depuis 2 semaines pour aller chercher tout ça. Sacha les attend à la maison, elle n’a plus de quoi approvisionner ses chers camarades, ils doivent se dépêcher. En rentrant dans leur salon puant, leur père fait tout de même l’effort de relever les paupières pour identifier les visiteurs. Une seconde lui suffit, il replonge son regard dans le fond de son verre vide. Les murs de leur baraque sont encore plus crades que d’habitude. Leur mère rentre, et sans une parole pour eux, s’assoit sur les genoux du paternel d’un air aguicheur. Et c’est reparti. Les frères montent rejoindre leur sœur. Elle seule vaut la peine qu’ils reviennent encore et toujours.
    17 ans. Un coup dans le ventre. Un suivant dans le tibia. S’en est trop, il se redresse, frappe à son tour. Mael cogne, sans voir, mais il entend Aaron à ses côtés qui se démène aussi. Si l’autre tient encore debout, lui peut toujours vaincre. L’affaire est pliée, ils se laissent tomber à terre, et reprend son souffle allongé sur les pavés humides de la ruelle. Il a un goût de bile et de sang dans la bouche. Il se tourne et regarde son frère à ses côtés, le visage amoché.  Les bleus finissent toujours par s’estomper. Ils puisent leur force dans leur regard de l’autre. Mais ce soir, ils se seraient bien endormis au milieu de la ruelle, exténués, si Sacha n’était pas apparue pour les aider à se relever.
    19 ans. Coincé dans sa cellule, le visage inexpressif, il fixe la silhouette de sa sœur. Elle s’éloigne. Il la suit du regard, et continue de fixer la porte par laquelle elle est sortie jusqu’au soir. Elle ne reviendra plus. C’était la dernière fois qu’elle venait. Maintenant, il est seul. Il laisserait crever sur sa couchette s’il ne savait pas que quelques cellules plus loin, le cœur d’Aaron battait.


    Le professeur se souvenait de tout. Il n’avait oublié aucune parole, aucun cri, aucun coup qu’il avait reçu. Chaque jour de sa vie était gravé dans sa mémoire. La rancœur restait la même. Et chaque nuit, lorsqu’il fermait les yeux, la mort d’Aaron lui revenait en cauchemar, sans qu’il lui fusse possible de se réveiller. Elle revenait chaque jour le hanter. Mais ses trois ans de vagabondage en Amérique lui avaient offert une nouvelle force. Il avait aperçu là-bas la puissance de la Nature sauvage, seul monde capable d’apaiser le feu qui brûlait en lui. Il savait que quelqu’un part, il y avait un lieu où il pourrait crever en paix. Et maintenant il n’était plus tout à fait seul. Sacha était là. Ensemble.

    Sans que la flamme n’ait quitté son regard, il s’approcha de Cameron. Un seul pauvre mètre les séparait encore.

    -On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller : derrière il y a tous les monstres qu’on s’est créé. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès qu’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent plus faibles qu’on ne l’imagine, et s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande pour finir, s’ils existaient vraiment.

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Cameron Wayne
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MessageSujet: Re: Face à face ~ PV Cam   Jeu 22 Aoû - 14:30

« FACE TO FACE »
CAMERON WAYNE FEAT. MAEL MCCANDLESS

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« The fear of death follows from the fear of life;
A man who lives fully is prepared to die at any time. »


LE VISAGE DE L'ENSEIGNANT CHANGEA. Son expression passa du mur de briques inexpressif à la noirceur la plus totale. Il sembla soudainement distant, loin, loin dans ses souvenirs. Son regard était perdu dans le vague, fixant un quelconque point alors que ses yeux revoyaient sans doute d'innombrables images constituant des scènes inoubliables de son histoire. Revoir son passé ainsi était exactement la même chose que de le revivre. Ça procurait les mêmes sentiments et les mêmes sensations ressentis le jour original de l'évènement. Malgré le fait que ces souvenirs puissent datés de plusieurs années, tout était pareil. Absolument tout. Mais souvent, ça faisait encore plus mal. Et dans tous les cas en plus. Si c'était un souvenir heureux, ça rendait nostalgique, et si ce n'était pas joyeux, la douleur et la souffrance ne faisaient que refaire surface. Et pour la plupart du temps, elles revenaient avec encore plus de puissance. C'était pourquoi ça faisait souvent plus mal.

Cameron le savait bien, lui. C'était probablement le mieux placé pour connaître l'effet que ça faisait d'être plonger dans ses souvenirs. Et le pire, c'était que lui, il y était renvoyé encore et encore. Dès qu'il s'égarait dans ses pensés, il retombait sur une séquence de son passé. Toujours. Ou encore lorsqu'il n'avait plus rien à faire, plus rien pour s'occuper. S'il n'avait rien pour distraire son esprit, il revenait toujours en arrière. Et encore, même lorsqu'il était préoccupé, des images surgissaient de nulle part pour venir le troubler. Il n'avait jamais la paix. Il était littéralement hanté par son passé. Le guitariste était poursuivi, pourchassé et traqué -car il semblerait que dès que ses souvenirs avaient l’occasion de revenir, ils le faisaient. Ils étaient là à attendre et guetter la moindre brèche avec la même avidité qu'un prédateur affamé qui n'avait pas mangé depuis une semaine. Ils aimaient lui rendre visite quotidiennement. Ils ne manquaient jamais cette rencontre, c'était comme s'ils prenaient plaisir à sans cesse le bouleverser. Le pire dans tout ça, c'était qu'ils étaient immortels. Les souvenirs ne pouvaient pas mourir. Ils avaient l'éternité devant eux et toute une vie à gâcher.

De longues minutes s'écoulèrent dans un grand silence. Il n'y avait que le cillement des néons et le tic-tac de l'horloge accrochée au mur qui résonnaient dans la salle de classe. L'enseignant semblait encore perdu dans son passé. Le Beethoven ne savait rien de lui. Même les élèves qui semblaient connaître tout de tout le monde à l'Académie n'avaient pas grande chose à dire sur ce professeur. Apparemment, il restait un mystère pour les téteux de prof' et les grands curieux -ou enfin, les grandes curieuses. Mael McCandless se redressa légèrement et Cameron comprit qu'il avait terminé son voyage dans le temps. Il se rapprocha de l'élève en continuant de le fixer. Le guitariste ne le quitta pas des yeux non plus. L'affrontement était quelque chose qu'il connaissait bien. Il n'avait aucun problème à soutenir un regard de ce genre. Il garda les sourcils froncés ainsi que le silence. C'était bien le tour de l'adulte à parler et puis il lui avait posé une question. Mais comme à l'habitude, on allait probablement le rembarrer en lui disant quelque chose du genre que ce n'était pas à lui de poser les questions.

« On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller : derrière il y a tous les monstres qu’on s’est créé. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès qu’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent plus faibles qu’on ne l’imagine, et s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande pour finir, s’ils existaient vraiment »

Ce professeur était surprenant, le noiraud pouvait bien l'accorder. Ses réponses ne ressemblaient pas à celles qu'auraient formulées les autres enseignants de l'établissement. Cependant, il ne savait pas si c'était une bonne chose ou pas. Des barrières, des barrières... Cameron pourrait bien prendre tout ça au pied de la lettre et répondre qu'il n'était pas constructeur, mais à quoi bon? Surtout qu'il comprenait très bien ce que ces paroles voulaient dire. Ces mots avaient bien trop de sens à ses oreilles. Dans le cas du jeune homme, on pourrait plus parler de fantômes plutôt que monstres -bien qu'il possédait ces derniers aussi. Ou enfin, d'un fantôme en particulier. Il fixa son professeur quelques courts instants encore avant de baisser les yeux. Sous la table, il faisait tourner distraitement l'un de ses bracelets en billes de bois autour de son poignet. Oui, il en avait des monstres, mais pour la plupart, il arrivait à les oublier pendant un certain temps avant qu'ils ne reviennent à l'attaque. Ceux là ne lui causaient pas réellement de problème. C'était le gros, qui était dur à enterrer. Celui-là était immortel, il ne disparaîtrait jamais. Même avec tout le courage du monde, il ne s'évaporerait pas. Le monstre principal de Cameron était invincible. Il tourna la tête vers les fenêtres et fixa le vide. Son regard gris était dans le vague et il abordait un air las malgré ses sourcils encore légèrement froncés.

« La mort existe vraiment », répondit-il simplement.


___________

SCHOOL TAKES MY LEISURE


« I'm waiting for another day, another way;
I don't believe that you can make all the pain go away. »

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