Winter -014-015 - Pear, Spark & Lastie
 
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 Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Dim 19 Juil - 22:05

Je réprime un soupir en descendant du bus qui nous a amenés à l’école équestre de Jerez de la Frontera. L’odeur de foin et de crottin envahit mes narines. Un soleil de plomb s’abat sur les lieux. Je ferme un bref instant les yeux, inspire profondément et pose un joli sourire sur mon visage, avant de me tourner vers les élèves qui viennent de descendre, pour les compter et faire l’appel, pour la troisième fois de la journée.
Je reconnais m’être interrogée sur d’éventuelles restrictions budgétaires auxquelles l’académie aurait à faire face, en voyant la destination de cette année. Passer de l’Australie à l’Andalousie était un peu… surprenant. Mais après tout, il faut soutenir l’économie européenne, n’est-ce pas ? Et puis c’est une très belle région. Mais il y fait tellement chaud ! Moi qui aime pourtant la chaleur, je n’en peux déjà plus. J’ai dû passer à la protection solaire indice 50 après que mes épaules aient commencé à prendre une teinte un peu trop proche du rouge.
Pour cette excursion à Jerez de la Frontera, plusieurs groupes ont été faits, selon les activités auxquelles les élèves se sont inscrits, mais aussi selon leurs âges. On demande leur avis aux jeunes, mais les profs, eux, n’ont pas leur mot à dire. C’est ainsi qu’alors que je rêvais de visites de caves et d’initiation de flamenco, je me retrouve à accompagner des sixièmes-cinquièmes faire une balade à cheval par ce temps caniculaire…
… Et pour couronner le tout, parmi les autres accompagnateurs de cette formidable sortie se trouve, je vous le donne en mille… Ethan Collins.

Objectivement, nous avons été très doués pour nous éviter pendant un an. J’ai cru comprendre qu’il avait quitté Lorient pendant plusieurs mois, ce qui avait forcément aidé. Mais il était de retour, ce con.
Un an. Ca parait tellement loin, tout ça, maintenant. J’ai l’impression de voir mes propres souvenirs d’un point de vue extérieur, comme si ce n’étaient pas les miens, que je n’avais rien à voir avec ces deux espèces d’adolescents insupportables et arrogants qui se sont fait tellement de mal, pour pas grand-chose.
Je crois avoir beaucoup changé, en un an. Physiquement, déjà ; depuis un moment, j’ai réduit l’intensité et la fréquence de mes éclaircissements, aussi mes cheveux ont-ils repris leur couleur naturelle, châtain doré, en dégradé sur les longueurs, plus proches du doré que du châtain. Et le mois dernier, j’ai fini par me lasser de mon interminable crinière, qui ne ressemblait vraiment plus à rien. J’ai donc franchi un cap important, et passé la porte d’un salon de coiffure. Pour en ressortir avec les cheveux juste sous les épaules. Ca faisait longtemps que je ne les avais pas eu aussi courts. Je les trouve plus bouclés et dynamiques. J’aime bien. J’ai également minci un peu, après un hiver chaotique au terme duquel enfiler un jeans était devenu une véritable épreuve de force. Les fêtes, ça pardonne pas.
Bien dans mon corps et dans ma tête. C’est récent. Très récent. Je me suis beaucoup remise en question, après ce qui s’est passé avec Ethan. J’ai énormément réfléchi, alterné des périodes de déprime et des moments où j’aurais pu conquérir le monde. En bref, cette année scolaire a été un peu bizarre. Une sorte de crise des vingt-cinq ans, peut-être ?
J’ai réalisé que je n’étais plus si à l’aise que ça avec le train de vie que j’ai mené ces dernières années. Je crois qu’aujourd’hui, je ne pourrais plus agir avec un élève comme j’ai agi avec Ethan à l’époque, ou même avec quelques autres. J’étais plus jeune, plus intrépide, et surtout, j’avais moins de responsabilités. Mais je vais devenir professeure principale d’une classe à la rentrée, pour la première fois. Je vais aussi louer un appartement en ville, et peut-être me racheter une voiture puisque je n’en ai plus depuis un moment. Je crois que j’ai grandi, tout simplement. J’ai passé l’âge de draguer mes élèves, de profiter de la crédulité des gens. Je ne dis pas que je veux me poser, je n’en suis quand même pas encore là, merci. Je pense juste que j’ai envie de ralentir un peu. D’évoluer dans des directions différentes. De quitter la routine paradoxale que je menais jusqu’à lors, où je me forçais presque à rencontrer un nombre minimum de nouvelles personnes dans un temps donné. S’il y a bien un point sur lequel Ethan n’avait pas complètement tort, c’est peut-être sur le fait que je me posais trop de questions. En voulant tout prendre à la légère, j’avais fini par faire l’exact opposé.

Un gamin manque à l’appel. Je fronce les sourcils. Il était là en entrant dans le bus, il n’avait pas pu disparaître pendant le trajet, quand même… J’appelle à nouveau. Ouf, il est là. Il était juste trop occupé à bavarder avec ses camarades pour me répondre. On peut y aller… Une autre enseignante est avec nous. Je ne la connais pas très bien, elle enseigne la poterie ou quelque chose comme ça, je crois. Mais je suis contente qu’elle soit là, d’une parce qu’elle parle un espagnol parfait – contrairement à moi, qui ai eu l’idée saugrenue d’apprendre l’italien au collège et lycée – ce qui lui permet d’assurer la communication avec un jeune homme qui se présente comme étant le moniteur d’équitation ; de deux parce que grâce à son engouement pour les chevaux, je vais pouvoir rester tranquillement ici pendant qu’elle s’occupera d’aller en balade avec les gamins ; et de trois, parce qu’elle constitue une présence intermédiaire entre Ethan et moi.
C’est un fait qui n’a pas changé en un an : je ne veux pas être seule avec lui. Je suis catégorique. Même si de l’eau a coulé sous les ponts, même si ma colère envers lui et envers moi-même n’est plus si intense, même si j’ai pu l’oublier un peu pendant cette année sans lui adresser la parole et sans beaucoup le croiser, je n’ai jamais digéré tout ce qu’il m’a dit. Pas plus que je ne me suis pardonnée de lui avoir fait confiance. D’avoir eu de l’affection pour lui. Plus d’affection que je n’en ai eu pour qui que ce soit depuis longtemps.
Il y a un an, je me suis promis de ne plus lui parler. J’y serai peut-être obligée aujourd’hui, mais si je peux l’éviter au maximum, ça ne serait pas plus mal. Pour l’instant c’est bien parti, je ne lui ai pas adressé le moindre regard et me suis mise à côté de l’autre prof dans le bus. Il me semble qu’il faut qu’au moins deux des trois adultes responsables présents participent également à la balade. Comme on ne me fera pas monter sur un bourricot – moi qui suis curieuse de beaucoup de choses inédites, cela n’en fait, pour le coup, pas partie – c’est lui qui s’y collera, pendant que je resterai à l’écurie et ferai connaissance avec un ou une autre moniteur ou monitrice d’équitation – quoi, je n’ai jamais dit que je voulais cesser d’être un individu sociable !

La prof de sculpture ou je ne sais quoi discute avec le moniteur, qui nous fait visiter les lieux tout en donnant des indications diverses dont je ne saisis que des bribes. Il m’a l’air sympathique. Ma collègue finit par se tourner vers nous autres francophones et explique, enjouée, que « c’est bon, il n’y a besoin que de deux adultes responsables en tout, et que notre ami moniteur compte comme un. »
Eh merde. Je jette un regard en coin à Collins. Ca signifie que s’il a décidé d’être pénible, on va rester tous les deux à l’écurie…

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Jeu 23 Juil - 23:43

Je fusille un élève du regard. Celui-ci baisse les yeux d’un air fautif et se rassoit promptement sur son siège aux côtés de son ami hilare. Je passe une main résignée dans mes cheveux en soupirant avant de me retourner pour ordonner à un autre gamin de rester calme le temps que le bus s’immobilise totalement. L’excursion de cette journée va permettre aux sixièmes et aux cinquièmes de l’Académie de goûter aux joies de l’équitation, et cette perspective les excite tellement qu’ils ne tiennent déjà plus en place alors même que nous ne sommes pas encore arrivés à l’école équestre. L’une des profs chargée de veiller sur les bambins avec moi semble pour sa part plutôt ravie d’aller cuire au soleil, à cheval à la queue-leu-leu avec des enfants surexcités. Perspective bien moins réjouissante pour les autres accompagnateurs de ladite excursion, à savoir moi et Fauve Evernight. Je l'observe du coin de l’œil.
Je ne sais plus comment réagir avec elle. Je crois que je n’ai jamais su. Nous nous étions évités à la perfection pendant une année entière, nous nous étions éloignés définitivement, je l’avais presque oubliée. Trop occupé par ma nouvelle vie, le piano, les déplacements, les changements et les problèmes quotidiens, tout s’était atténué, avait pris une place moins importante, s’était envolé. Et il ne restait plus rien que des souvenirs auxquels je pensais de moins en moins souvent, jusqu’à ce que j’oublie totalement. Presque. Mais il avait bien fallu revenir. Retourner à l’Académie, revoir tout ces visages familiers. Mais là encore, le rejet que nous gardions l’un pour l’autre avait tellement bien marché que je l’avais à peine croisée. Mais il fallait bien que quelque chose nous réunisse à nouveau, que l’on ait l’occasion de se tourmenter encore. Et il s’avère que l’on doit se côtoyer pour cette après-midi sous une chaleur d’enfer, avec pour seul but de la journée de ramener les trente élèves à l’hôtel sains et saufs ce soir. Une après-midi. Autant dire une éternité, à s’éviter et à se parler le moins possible. Pas l’après-midi la plus agréable de mes vacances, donc.
Le bus s’arrête enfin et Fauve descend la première, étant chargée de compter les enfants. Pour ma part, je commence à récupérer les sacs de chacun rangés au-dessus des sièges pour les leur rendre et m’occupe de faire descendre tout ce petit monde dans le calme et la sérénité. L’autre prof – une prof de sculpture je crois- papote tranquillement avec le chauffeur dans un espagnol guilleret.
Le dernier élève descend enfin du bus tandis que je suis sur ses talons, et le groupe au complet commence à visiter les lieux sous les directives du moniteur d’équitation. Quelques équidés curieux sortent la tête de leurs boxes sous les cris émerveillés de quelques enfants, alors que d’autres commencent déjà à s’approcher pour les caresser. Je ferme la marche, poussant les trainards à suivre le groupe, faisant moyennement attention aux consignes délivrées par notre guide. Même en ayant fait de l’espagnol au collège et au lycée, bien vaillant celui qui réussira à me faire aligner cinq mots. Les langues n’ont, d’une manière générale, jamais été mon fort. D’un point de vue dialectal j’entends.
A la fin de la visite, alors que chaque élève s’était déjà vu attribué une monture, la prof de sculpture se retourne vers Fauve et moi, nous annonçant qu’elle pouvait accompagner le groupe seule et que, par conséquent, nous pouvions tout deux rester ici le temps de la balade. M’étant préparer psychologiquement à devoir grimper sur un canasson, dont le seul intérêt dont on m’avait fait part à leur propos était les paris sur les courses qui avaient ruiné Ray, je suis soulagé d’y échapper.
Cependant, je sais que Fauve n’était pas plus emballée que moi à l’idée de cette balade équestre et qu’elle entendait bien rester ici de toutes façons. Et donc, que nous allons rester tous les deux. Ici. Pendant au moins une heure. Peut-être plus, puisque je n’avais pas écouté les consignes concernant la durée de la promenade. Seuls.
Je sens son regard haineux se poser sur moi le temps d’une demie seconde. Je lâche un léger soupir. Elle a changé, certes physiquement, mais je sens aussi un changement moral. Je crois que cette année passée sans se voir nous a changé tous les deux. Pour ma part, j’ai l’impression de m’être assagi. Ou quelque chose comme ça. La musique prend une place croissante dans ma vie, et je crois que pour une fois j’ai l’impression d’avancer dans la bonne direction. Après des années d’hésitations et de douleurs, d’avoir enfin trouver la voie qui me convient. De faire enfin ce que j’ai toujours voulu faire. De faire ce pour quoi j’ai autant lutté. Et peut-être que cela m’a fait grandir. M’a fait prendre conscience de certaines choses. Mes différents boulots m’ont permis d’investir dans un piano, au détriment d’une nouvelle voiture, je sors moins et j’ai définitivement arrêté de fumer. Et j’ai la sensation profonde d’aller mieux, au fond de moi. La sensation que la page de mon histoire que je voulais tourner l’année passée soit définitivement révolue.
Fauve aussi semble avoir trouvé sa voie. Aller bien. Alors oui, nous avons évolué et grandi. Pourtant, pas assez dans son cas pour me supporter apparemment. J’ai conscience de l’avoir blessé. D’avoir été cruel. D’être entré dans son jeu malsain pour le plaisir et ne pas avoir été capable d’arrêter la machine à temps. De l’avoir attaquée volontairement parce qu’elle m’avait fait du mal, parce qu’elle avait parfaitement trouvé mes faiblesses et qu’il ne me restait plus aucun moyen de me défendre autrement. Mais le temps a passé, et je ne sais encore combien de temps je vais rester à l’Académie. Il faudra bien coopérer, au moins dans le domaine professionnel. Et fuir les problèmes ce n’est pas ce que j’appelle agir comme les adultes responsables que nous sommes devenus.
L’autre prof était déjà partie avec les élèves et le moniteur d’équitation lorsque je quitte le cheval que j’étais en train de caresser distraitement pour m’approcher de Fauve.

- Salut. je tente.

Je ne m’attendais à aucune réponse, et j’avais bien fait. Je soupire. Il ne fallait pas non plus que je m’attende à un semblant d’attention. Elle m’avait promis qu’elle refuserait de rester seule avec moi après ce qu’il c’était passé. Je déteste sentir mon cœur battre un peu plus fort, au fond. Involontairement. Je déteste sa fragilité, alors qu'elle m'avait soutenu que nous n'en avions pas. Mais si, et il me trahit, le jour où je pensais tout avoir enfouit.

- Écoute, je pense qu’il faut qu’on parle une bonne fois pour toutes. Pour… calmer le jeu. Apaiser les tensions. Tu vois ?

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Ven 24 Juil - 22:01

Bien sûr, Ethan a décidé d’être pénible et donc de rester à l’écurie. Avec moi. Je décide de faire un petit tour, à distance des chevaux, pendant que les mouflets s’en occupent. On n’est jamais trop prudent avec ces bêtes-là – les chevaux, j’entends. Mais lorsque tout ce petit monde quitte joyeusement les lieux, je n’ai d’autre choix que de retourner à l’intérieur qui, à défaut de bénéficier de l’air conditionné, est à l’ombre.
Ethan est aussi dans l’écurie. Il caresse un des chevaux restants. Il n’a pas l’air d’en avoir peur, alors pourquoi n’est-il pas gentiment monté sur son dos comme tout le monde ? Je reste près de l’entrée, les bras croisés, appuyée contre la porte d’un box vide. Je réalise que je suis seule avec lui. C’est mauvais. Très mauvais.
On crève de chaud, ici.

Et là, c’est le drame : Ethan me parle. Quelle idée. Il aurait pu se taire, rester dans son coin. Mais non. Je Serre les dents. Mon cœur s’affole. Qu’est-ce qui me prend ? J’ai plus treize ans, j’ai passé l’âge d’avoir des papillons dans le ventre quand un garçon me parle. C’est stupide. Je ne lui réponds pas, espérant que mon hostilité soit assez explicite pour le convaincre de lâcher l’affaire dès maintenant.
Mais non. Il insiste. Je ne le regarde pas, mais je sais qu’il s’est approché. Je ferme les yeux un instant, soupire. J’essuie mes mains poisseuses sur mon short en jean et me redresse pour lui faire face. Je voudrais faire taire cette petite chose qui bat dans ma poitrine. Petite chose qui est supposée rester sous contrôle en toutes circonstances. Mais je sais très bien qu’avec Ethan Collins, ça n’a jamais vraiment été le cas. Même lorsque je croyais que ça l’était.

- Oui, je vois, je réponds d’un air impassible, pour ne pas dire franchement hostile, en le regardant droit dans les yeux. Le souci, Ethan, c’est que je n’ai rien à te dire, et qu’il me semble que tu as déjà tout dit la dernière fois.

La dernière fois. Il sait parfaitement que je fais référence à l’humiliation qu’il m’a infligée en me disant ce qu’il m’a dit, et en réalisant l’exploit de m’avoir fait pleurer comme rarement j’ai pu pleurer à cause de quelqu’un. Bravo champion. Peut-être qu’il veut s’excuser, va savoir. Mais je ne suis pas certaine de pouvoir l’écouter. Je sais qu’il peut être un beau parleur quand il veut. C’est un joueur, comme moi. Et je n’ai pas vraiment envie de courir le risque de perdre à nouveau à ce jeu-là. Le souvenir de la nuit que nous avons passée juste après notre monumentale engueulade décide de ressurgir. Je détourne les yeux. Ce n’est pas le moment d’y penser.
Je pourrais tourner les talons et aller tenter de communiquer avec le palefrenier que j’ai aperçu tout à l’heure, pour mettre un terme à ce début de conversation. Je pourrais. Mais je reste campée devant lui. Je ne sais pas pourquoi. Quoique si, en vérité, je sais. C’est parce que malgré moi, je veux voir si nous sommes capables d’avoir une conversation d’adultes. Peut-être qu’après ça, j’arriverai enfin à me tenir à un mètre de lui sans que la totalité de mon être soit en alerte. Faire face à ses peurs, ce genre de conneries. Peut-être que je veux le surprendre un peu, aussi. Probablement. Parce qu’il est assez intelligent pour s’attendre à ce que je le fuie, là tout de suite. Mais je ne vais pas fuir.
Je jette un regard alentour ; l’écurie est déserte, à part quelques grosses têtes velues aux yeux noirs qui dépassent de certains boxes. Puis je plante à nouveau mes yeux dans ceux d’Ethan, croise les bras et lance avec énergie, sans plus de réflexion parce que je risquerais de changer d’avis :

- Mais vas-y, surprends-moi.

Je sais que tu es créatif, Ethan Collins.

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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Dim 26 Juil - 18:30

Fauve ne me répond pas tout de suite. L’instant qui sépare la fin de mes paroles et le début des siennes me laisse tout le loisir de m’interroger sur les raisons qui m’ont poussé à retourner vers elle, aujourd’hui. Pourquoi maintenant, presque un an après les événements qui nous ont définitivement séparés ? Parce que l’occasion se présente, certes. Parce qu’on est seuls. Parce qu’on doit travailler ensemble, quoi qu’il se soit passé. Mais il n’y a pas que ça, et je n’arrive pas à me l’avouer, comme une évidence que je refuse d’admettre. Parce que j’avais réussi à mettre mes souvenirs d’elle quelque part au fond de ma mémoire, j’avais oublié qu’elle me manquait. Inexplicablement. Involontairement. Malgré moi, malgré tout ce que je m’étais promis il y a presque dix ans, malgré que ce qui nous a rapprochés fût justement notre vie sans attache affective. Mais j’ai changé. Est-ce que cela remet en cause ce sur quoi j’ai fondé ma vie pendant tant d’années ?
Je me rends compte que le fait d’avoir aidé Nate à se remettre sur les rails a contribué à tout ça. A l’émergence de sentiments que j’ai toujours refusé de ressentir et de prendre le dessus. En argumentant pour qu’il ne prenne pas le même chemin que moi, c’est comme si je m’autorisais à aimer à nouveau, à m’attacher au gens. Parce que je suis parvenu à me prouver à moi-même que cela vaut le coup.
Elle plante son regard dans le mien. Et elle parle, durement. Je crois que j’aurais préféré qu’elle ne me réponde pas. Elle fait voler en éclat le maigre espoir de réconciliation que j’avais.
Evidemment qu’elle n’a rien à me dire. Evidemment que la plaie ouverte par les mots est encore à vif, même un an après. Evidemment qu’elle me déteste pour tout le mal que je lui ai fait, pour les larmes qu’elle a versé à cause de moi. Evidemment qu’il avait été utopique de penser qu’elle me pardonnerait juste sous prétexte que le temps a passé. Mais on n’efface pas les mots, encore moins ceux qui blessent. Elle n’a plus rien à me dire. Elle a raison, il n’y a plus rien à dire. Plus rien à faire. Je reste planté là, comme un con, attendant que quelque chose se passe. Qu’elle parte, aussi loin que la superficie des écuries le permet. Qu’elle me fusille du regard juste avant, pour la postérité.

Je n’aurais tout simplement pas dû aller la voir. C’était stupide et inutile. Je suis incapable de m’excuser, et encore moins de justifier ce qu’il s’est passé, tout comme elle est incapable de s’excuser et de justifier ce qu’il s’est passé. Du jour de notre rencontre à l’instant même où je me tiens devant elle, il n’y a plus rien à dire. Aucune de nos actions n’a jamais répondu à une réflexion rationnelle et saine. Ce début de conversation n’a aucun sens, et je m’en rends compte maintenant. Juste avant qu’elle y mette fin comme n’importe quelle personne censée l’aurait fait. Cette perspective me soulage presque.

- Mais vas-y, surprends-moi.

Je lève les yeux vers elle. Elle me toise, fermement campée sur ses pieds, les bras croisés, fière et dure. Ça aurait été trop facile pour elle et pour moi qu’elle tourne les talons sans un mot de plus. Alors à mon tour de me dépatouiller avec des mots qui ne sortiront de toutes façons pas dans le bon sens, porteurs d’un message auquel je ne crois plus, dans un but totalement abstrait et irréalisable. Je la vois déjà jubiler, délicieusement amusée par la catastrophe qui se prépare. Elle crève d’envie de me voir m’excuser, admettre ô combien elle a eu raison, et disparaitre de sa vie à nouveau.
Mais je veux des excuses aussi.

- Tu devrais savoir que tout ce qu’on s’est dit la dernière fois c’était juste… pour blesser l’autre. C’était… volontaire. Ce que je veux dire c’est que je t’ai dis ça parce que je te détestais, et que c’était réciproque.

Ça commence mal. Allez, Ethan, un petit effort pour ne pas avoir l’air con, cette fois.

- Je suppose que tu me détestes toujours, mais c’était il y a un an. Alors je m’excuse pour ce que je t’ai dis, je suis désolé que tout ait tourné si mal alors que tout allait si bien, désolé de t’avoir blessée. Mais tu m’as blessé aussi. Tu me connais, tu sais pourquoi j’ai fais ça. On doit bosser ensemble, à moins que tu ne démissionnes ou que je me casse une bonne fois pour toutes. Alors si tu ne me pardonne pas, fais au moins semblant devant les gosses. Je te foutrais la paix.

Je la regarde, mais c’est à peine si je la vois, emporté par mes paroles.

- J’espère que tu as été surprise.

Rideau.

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Fauve Evernight
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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Mar 28 Juil - 11:25

Je l’écoute parler, sans l’interrompre. Les débuts sont laborieux, mais peu à peu il semble prendre de l’assurance, comme si je n’étais plus là, qu’il parlait seul. Bref, il déballe ce qu’il a sur le cœur. Je l’observe calmement. Je le respecte pour ce qu’il est en train de faire, je crois. Il faut avouer que c’est courageux de sa part. Déjà, parce qu’il prononce explicitement des excuses, et qu’en plus ça a l’air plutôt sincère. Il a raison, je le connais. Et sur ce point je sais que nous sommes pareils : bornés et fiers. Demander pardon relève donc, pour les gens de notre espèce, de l’ordre du mythe. Mais là, maintenant, un an plus tard, Ethan est en train de le faire. Le simple fait de faire le premier pas vers moi a dû être difficile. Pourquoi s’est-il donné cette peine ?
Il y répond, à la fin de sa tirade. « On doit bosser ensemble. » Sérieusement, c’est ça l’excuse qu’il a trouvée pour avoir cette conversation ? En vérité, on ne bosse pas ensemble. La preuve puisqu’on s’est évités pendant un an. Il est surveillant, à mi-temps, et je suis enseignante, à plein temps. Un monde nous sépare. On bosse dans le même lieu, certes, mais on n’est pas obligés de se voir ni de se parler. Tout au plus de se croiser et, ok, une fois tous les trente-six du mois, il est possible que nous devions échanger trois mots dans un but purement professionnel, en présence d’autres personnes. Comme aujourd’hui pour cette fichue sortie. C’est vraiment une excuse à la con, qu’il a trouvée. Et il me demande de faire semblant devant les élèves. Qu’est-ce que je fais depuis ce matin ? C’est pas comme si je lui avais ouvertement craché dessus. Oui je l’ai évité, mais j’ai fait ça proprement. Discrètement. Qu’il me dise cela est limite vexant. Et la façon dont il le dit est plutôt cocasse, d’ailleurs. « Les gosses »… C’est moi, ou ça fait très dispute de couple ? Si l’ambiance n’était pas si sérieuse, j’aurais probablement ri un peu.
Il se tait. Je hoche lentement la tête, signe que je suis encore en train de digérer son flot de paroles. Est-ce que j’ai été surprise ? Oui. Est-ce que je sais quoi répondre ? Pas encore.
Je tique sur ce qu’il ma dit au début. Cette manière de s’exprimer au passé, de dire que nous nous détestions, puis de passer au présent pour dire que c’est moi qui le déteste encore. Pas besoin d’avoir un master en psychologie pour en déduire que pour sa part, il ne me déteste plus. Il regrette ce qui s’est passé et veut enterrer la hache de guerre. Soit. Mais pourquoi ce revirement de situation ?
Ca fait un an. Il a eu le temps d’y réfléchir, et moi aussi. Mais je ne crois pas être capable de m’excuser comme il vient de le faire. Je ne vois pas pourquoi je ferais ça. Il a beau être sincère, je ne peux pas accepter de faire table rase du passé comme ça. Je ne peux pas arrêter de le détester, comme lui a cessé de me détester. Parce que si je fais ça, je serai incapable de me retenir. Je tomberai dans le panneau, et le jour où il se lassera, ou le jour où on fera de nouvelles conneries, ça sera trop difficile. Je sais parfaitement ô combien tout ceci est une très, très mauvaise idée.
Je me détourne, fais quelques pas en direction du box vide contre lequel j’étais appuyée un peu plus tôt. Je suis franchement mal à l’aise. J’émets un petit rire. Je dois me faire violence pour lever à nouveau les yeux vers lui, et affronter ce regard émeraude qui me transperce.

- Faire semblant, ha. Tu sais bien que c’est impossible. Je ne peux pas à faire semblant, avec toi.

Je détourne un instant le regard. Nous sommes à un point de non-retour. Je n’ai que deux alternatives : l’envoyer chier une bonne fois pour toutes, ou me confier, à mon tour. Je le regarde à nouveau. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je ne sais pas s’il a idée du dilemme interne auquel je suis confrontée.
J’inspire profondément. Je crois que j’ai pris ma décision.

- Tu dis que je t’ai blessé aussi. C’est vrai. Mais toi aussi, tu sais pourquoi j’ai fait ça.

J’hésite encore un instant, mais me force à continuer.

- Je l’ai fait… Pour me défendre. C’est… Ce n’est pas vraiment que je te déteste. Même si je t’ai détesté cette nuit-là. Je crois que tu ne peux pas comprendre ce qui se passe dans ma tête lorsque je suis avec toi. Tu me fais peur, Ethan. Tu m’as toujours fait peur.

Je détourne à nouveau les yeux. Je me suis connue plus vaillante que ça. Ce n’est pas Ethan que je déteste. C’est le sentiment de faiblesse qui m’envahit à cet instant, par sa faute, que je déteste. Oui, il me fait peur. A toutes sortes de degrés et dans tous les sens possibles du terme.
Je regrette déjà de le lui avoir avoué.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Sam 1 Aoû - 15:52

Elle m’écoute. Elle s’éloigne de quelques pas. Je la regarde. Comme si la distance qu’elle met entre elle et moi lui permet de mieux réfléchir. Je passe une main dans mes cheveux, mal à l’aise. Peut-être qu’il faut que je parte maintenant, que je m’éloigne aussi pour mettre un terme à cette conversation de mon plein gré, plutôt que d’attendre que ce soit elle qui me vire avec toute la haine qu’elle a conservée pour moi.
Elle ne s’excusera pas. Le faire a été difficile pour moi. Admettre mes erreurs explicitement n’est pas mon genre, et j’ai dû puiser dans d’ultimes ressources pour y parvenir. Parce que je pensais que ça l’encouragerait à faire pareil, que ça suffirait à calmer sa colère, mais je pense que je me suis trompé. Elle est trop fière pour ça, encore plus que moi. Et plus bornée.
Elle ne s’excusera pas. Je le sais. Elle me déteste encore et, en le faisant, elle me mentirait. Elle n’est pas désolée parce qu’elle sait que j’ai mérité le mal qu’elle m’a fait.

Elle lève les yeux vers moi. Je l’écoute comme elle m’a écouté, sans l’interrompre. Son hésitation à me regarder trahit son malaise, à elle aussi. Elle me dit qu’elle ne peut pas faire semblant avec moi. Que je sais pourquoi elle m’a blessé et pour être sûre que je saisisse bien, elle m’explique ce que je suis censé savoir. Et elle me dit qu’elle a peur de moi. Toujours. Sa dernière phrase me sèche complètement. J’aurais pu en rire, mais la conversation est bien trop sérieuse pour ça. Je lui fais peur. Je pousse un léger soupir, pas certain de saisir toute l’ampleur de cette révélation. Toute l’ampleur de la peur à laquelle elle est confrontée quand elle est avec moi. Je secoue la tête. A quoi mène cette conversation si je lui fais peur ?

- Et toi tu me rends dingue, je marmonne.

J’ai lâché ça dans un souffle, et impossible pour moi de savoir si elle m’a entendu quand même. Je relève la tête vers elle, plantant mon regard dans le sien. Alors comme ça, elle a peur de moi ? A par le soir où tout a déraillé, je ne crois pas lui avoir fourni de raison de me craindre. Du moins pas dans le sens où l’on entend ce terme. Elle ne peut pas avoir toujours eu peur de moi. Surtout si elle me soutient qu’elle ne peut pas faire semblant avec moi. Si elle avait réellement peur de moi, elle m’aurait fuit depuis longtemps. Et je ne crois pas que les nuits que nous avons passées ensemble étaient feintes.
Je l’observe un instant avant de m’approcher d’elle à nouveau, légèrement sur les nerfs.

- Non justement, je ne sais pas ce qu’il se passe dans ta tête, je dis, un peu remonté. Tout ce que je sais c’est que j’arrive pas à te cerner. Tu es sûre que c’est de moi dont tu as peur ? Ce serait pas plutôt de ce qui se passe dans ta tête ?

Je me rapproche dangereusement d’elle. Je peux sentir son souffle contre ma peau. Tout ce que je veux c’est qu’elle arrête de me mentir, et de se mentir à elle-même. Je veux de vraies révélations. Pour les excuses, on verra plus tard.

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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Mar 11 Aoû - 14:23

Il semble un peu perdu, et marmonne quelque chose de parfaitement inintelligible. Je ne sais pas s’il comprend vraiment ce que je viens de lui dire. Ce qui, pour moi, est une révélation que jamais je n’aurais cru faire.
Il ne peut pas s’en douter, bien entendu. Même s’il connait plus ou moins mon passé. Il ne peut pas savoir que j’ai toujours détesté les hommes. Leurs regards avides qui scrutent mon corps lorsque je marche dans la rue, leurs sifflements, leurs manières parfois bien trop lourdes de me séduire, le droit qu’ils s’arrogent de me juger. Les regards, je les cherche, bien sûr. Parfois parce que ça m’amuse, parfois parce que je veux m’assurer que ceux qui ne m’auront jamais me désirent plus que tout, parfois sans raison. Mais je les hais. Et je me suis toujours promise de continuer à les haïr. Même s’il arrive que je tisse des semblants d’amitié avec certains, même si d’autres me comblent sur le plan physique, je suis supposée, au fond de moi, les détester. Je suis programmée pour ça. Cette petite peur cachée au creux de mon ventre lorsque je suis seule avec un homme, lorsque son corps écrase le mien, que ses bras enserrent ma taille, je sais qu’elle sera toujours là. Elle m’accompagne au quotidien, peut me dégoûter et me faire fuir, tout comme elle peut me procurer une adrénaline presque planante. J’ai du mal à me l’avouer, mais je sais que c’est vrai : il m’arrive de provoquer consciemment cette peur.
Ethan ne le réalise pas, mais je ne mens pas lorsque j’affirme avoir toujours eu peur de lui. Je crois… non, je sais, que mon penchant pour lui n’a jamais été seulement physique. J’ai toujours été attirée par son impulsivité. La sensation de danger qui m’a envahie lorsqu’il a serré ses doigts autour de mon cou, un an plus tôt, a été pour moi comme un shot d’adrénaline pure flambée de désir, et je ne suis pas prête d’oublier cette sensation aussi explosive qu’inouïe.
Et ça me fait peur. Une nouvelle peur. La peur de devenir définitivement accro, de vouloir tout faire pour goûter à nouveau à ce sentiment divin. La peur de ne plus pouvoir me défaire des émeraudes en colère qui me transpercent de part en part là, tout de suite.

Il se tient tout près. Presque malgré moi, j’inspire légèrement plus fort pour capter chaque fragrance de son odeur unique. Je perds mes yeux dans les siens, la gorge nouée.
Je crois que je suis déjà fichue.
Je pose une main sur sa poitrine, pour l’empêcher de faire un pas de trop. Probablement. Je frémis à ce contact. Je sens son cœur battre sous son T-shirt. Je ferme les yeux une seconde, pour retrouver un semblant de calme et de contrôle. Lorsque je les rouvre et rencontre à nouveau son regard, je suis déterminée. Je dois renoncer à Ethan Collins. Il est dangereux pour moi. Il me rend folle. On ne peut définitivement pas avoir une relation saine. C’est impossible.
Je laisse ma main retomber le long de mon corps. J’aimerais reculer mais ne m’en sens pas capable, parce que je me dis que c’est probablement la dernière fois que je me retrouve si près de lui. Au point où j’en suis autant en profiter encore un peu. Je soupire et déclare :

- Je ne sais pas ce que tu espères que je te dise, Ethan. Tu veux que je te dise ce qui se passe dans ma tête ? Tu veux vraiment me forcer à reconnaître que tu me rends complètement dingue ? Que même après un an, je suis pas fichue de rester dans la même pièce que toi sans me transformer en boule de nerfs ? C’est ça que tu veux entendre ? Eh bien surprise : c’est vrai ! Tu me terrorises comme personne, félicitations !

Emportée par mes paroles, j’ai reculé d’un pas et haussé le ton. J’ai les larmes aux yeux, mais je les chasse du revers de la main. Je suis tellement en colère contre moi-même, contre Ethan qui n’a pas été fichu de comprendre, et contre le destin pour m’avoir fait rencontrer cet homme qui a le don d’exacerber et de sublimer ma nature la plus profonde, celle que je voudrais laissée enfouie au fond de mon cœur.

- Je t’ai aimé, Ethan. Je t’ai aimé et c’était violent. Je suis pas faite pour ça. Je… ne veux pas que ça se reproduise. Je t’ai dit, je peux pas faire semblant avec toi. Alors il vaut mieux que tu restes loin de moi.

Cinq minutes plus tôt, je ne me serais pas crue capable de vider mon sac comme ça. Je ne me sens pas vraiment plus légère. Au contraire, je me sens terriblement mal, frappée de plein fouet par tout ce que j’avais gardé en moi jusqu’à présent. Il sait, maintenant. Mais ça n’a pas d’importance. Parce qu’il ne ressent pas la même chose. S’il a pu éprouver quoi que ce soit d’autre que de la haine à mon égard, il a probablement déjà tourné la page. Il voulait juste qu’on se réconcilie pour en finir avec cette ambiance de merde entre nous. Ou alors parce qu’il espérait qu’on recommence à coucher ensemble, tout au plus. Il doit me trouver ridicule.
C’est bel et bien terminé.

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Ethan Collins
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MessageSujet: Re: Is this real love, or is it just madness keeping us afloat? || Fanou   Lun 17 Aoû - 21:21

Ma colère s’estompe à l’instant où Fauve pose sa main sur ma poitrine. J’ai l’impression de retenir mon souffle, comme en proie à un suspens insoutenable. Comme s’il pouvait y avoir une suite à ce geste. Je sens ses doigts contre mon cœur qui palpite puissamment. Elle inspire, ferme les yeux. Je suis perdu. Bouleversé par un torrent d’émotions contradictoires et une incompréhension palpable. Mes yeux se noient dans le gris orageux des siens. J’en tremble. Je ne sais même pas ce que je veux entendre. Je ne sais pas. J’attends peut-être des mots qui ne sont jamais sortis de ma propre bouche. Des mots que je crève d’entendre depuis des années, tout en les fuyant comme la peste, incapable de supporter de les entendre. Je ne me comprends pas moi-même, je ne comprends pas ce qui se bouscule violement en moi en cet instant. Ce qui fait battre mon cœur si faible, ce qui m’empêche de détourner mes yeux des siens, ce qui me fait crever sous ses doigts hésitants.
Dis-moi que tu m’aimes, Fauve. Je t’en supplie.
Je suis perdu.

Et elle parle. Elle vide son sac, emportée par son élan. Elle continue de soutenir que je la rends folle et que je la terrorise.

- Je t’ai aimé, Ethan. Je t’ai aimé et c’était violent. Je suis pas faite pour ça. Je… ne veux pas que ça se reproduise. Je t’ai dit, je peux pas faire semblant avec toi. Alors il vaut mieux que tu restes loin de moi.

Je suis incapable de réfléchir de manière cohérente. De comprendre. De parler. De détourner le regard. Elle m’a aimé. Elle ne m’aime plus. Elle ne veut pas m’aimer. Elle en a peur, tout comme moi. Et on l’a fuit. Lâchement. Parce qu’il est plus facile de se voiler la face que d’admettre ce que l’on se refuse d’entendre. C’est simple. Je crois que c’est la première fois que je mène une conversation avec Fauve sans que nos mots ne dissimulent une prétention faussement arrogante en guise de façade. Au moins ce n’était pas douloureux.

- Tu sais quoi ? Tu as raison. Je vais rester loin de toi.

Je fais une pause. Je ne sais pas si j’ai envie d’en dire plus. D’analyser ce que elle vient de me dire. De me demander s’il ne sera pas encore plus pénible de m’éloigner d’elle définitivement que d’affronter son regard. Et tout se bouscule en moi. Ma bouche s’ouvre malgré moi et laisse échapper des mots qui me demandent une force incroyable.

- Mais moi je t’aimes toujours, je lâche doucement.

Mon cœur tambourine douloureusement contre mes côtes. Je voudrais l’embrasser, la prendre dans mes bras, enfouir mon visage dans son cou. Comme avant, lorsqu’on s’en foutait et que l’on ignorait ce qui pulsait en nous. Au lieu de quoi, je détourne la tête pour fuir la réponse de ses yeux. Une souffrance sourde se répand en moi. J’en crèverai. Je suis totalement déboussolé. Egaré sur une route sinueuse sur laquelle je n’ai jamais osé m’aventurer. Ni maître de mon corps, ni du cours de mes pensées. Il faut partir. Maintenant. Avant qu’elle ne parle. Avant que tout m’envahisse pour de bon. Avant que m’éloigner ne me cause trop de douleurs. Avant que les larmes qui montent dans mes yeux ne coulent.
Je hais ma faiblesse. Mon incapacité à me maîtriser, à maîtriser ce qui m’assaille. A respecter toutes les promesses que je m’étais faites pour éviter des peines semblables. C’est vrai, elle a raison. On est pas fait pour ça, ni elle ni moi. C’est trop violent.
Du coin de l’œil j’aperçois un groupe flou de cavaliers et j’entends les chevaux renâcler. Je reporte mon attention sur Fauve. Il ne faut pas qu’elle me réponde. Il ne faut plus qu’on parle. Je ne supporte plus d'affronter son regard. Je fais quelques pas en arrière, toujours face à elle, avant de faire définitivement volte-face pour me diriger probablement un peu trop vite vers les élèves de l’Académie qui viennent de mettre pieds à terre.  
C’est bel et bien terminé.

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